DU CM ANC HE
dil'ficile à iiUroduii e dans le langaj^c, alors surLoul que ce vieux terme de chancre se rallache à LanL d'écrils anciens et modernes, à tant de travaux, à tant de débats. L'usage a implanté prol'ondémentce mot dans la science; d'illustres maîtres l'ont consacré; ne serait-ce qu'en leur souvenir, en leur honneur, conservons-le. Mais conservons-le, en nous disant bien ceci tout d'abord : c'est là un mot qui se dépouillera pour nous de son acception étymologique ou vulgaire; c'est là un mot qui perdra pour nous sa signification ancienne, banale, et qui n'aura d'autre sens que celui-ci : accident initial de la syphilis, lésion primitive de contamination syphilitique.
Cela entendu et convenu entre nous, abordons actuellement le sujet qui doit nous occuper aujourd'hui.
Si le chancre,, ainsi que je vous l'ai dit, constitue chez la femme comme chez l'homme la lésion initiale de la syphilis, il faut de toute nécessité qu'il s'observe sur la femme avec un certain degré de fréquence. Cela est évident, n'est-ce pas? Car-, en admettant même que, pour des raisons faciles à concevoir, bon nombre de femmes ne se décident à venir réclamer nos soins qu'à une époque plus ou moins avancée de leur mal, il doit forcément s'en trouver quantité d'autres qui, plus soigneuses de leur santé, moins pudiques ou plus souffrantes, accourent vers nous dès les premiers symptômes d'une contagion redoutée. S'il n'en était pas ainsi, si le chancre, d'une façon générale, restait à l'état de rareté dans le sexe féminin, s'il constituait ici, dans cet hôpital, un phénomène exceptionnel, cela seul pourrait éveiller quelques soupçons et donner à penser que la syphilis fait son éclosion chez la femme d'une autre façon que chez l'homme, c'est-à-direi^if^elle s'écarte chez elle de ces lois d'évolution à l'exposé desquelles j'ai consacré notre première conférence.
Or, messieurs, c'est une croyance commune que le chancre est rare, très rare chez la femme. C'est une opinion très répandue que dans cet hôpital, spécialement consacré, comme vous le savez, au traitement des vénériennes, le chancre ne s'observe que d'une façon exceptionnelle. Vous trouverez signalée par beaucoup
d'auteurs celte prétendue rareté du chancre féminin. Un de mes très estimes collègues me disait récemment n'avoir rencontré ici même que trois chancres syphilitiques dans le cours d'une année. Un élève de cet hôpital donnant, dans une thèse intéressante à divers titres S le relevé des observations recueillies dans le service de notre regrettable prédécesseur^ M. Legendre, pendant l'année 1852, parle seulement de cinq chancres « sûrement infectants » sur un total de 348 malades.
Trois chancres en une année, cinq chancres sur 348 malades, quelle infime proportion, messieurs! Pas n'est besoin de commentaires pour faire ressortir la signification de tels chiffres.
Et beaucoup d'entre vous, j'en suis certain, sont entrés ici avec celte opinion que le chancre était une lésion exceptionnelle dans cet hôpital. « On ne voit pas de chancres à Lourcine », dit-on. Cela se répète, cela s'imprime; c'est chose convenue actuellement. Or rien, messieurs, rien n'est plus faux ; rien n'est en opposition plus flagrante avec l'observation journalière. Je ne veux pas que vous sortiez d'ici avec ce préjugé dans l'esprit, et je ne réussirais pour aujourd'hui qu'à effacer de vos croyances cette étrange et regrettable erreur, que le résultat de cette conférence ne serait perdu ni pour vous ni pour moi.
Non seulement en effet le chancre n'est pas rare chez la femme en général et chez nos malades de Lourcine en particulier,'' mais il est, je puis dire, d'observation commune. Quelques chiffres vont vous convaincre.
Dans une période de deux années, 908 malades sont entrées dans nos salles pour des affections diverses, vénériennes presque toutes ^ Sur ce nombre 599 étaient amenées à l'hôpital par des manifestations syphilitiques.
1. Leroux, line Année à l'hôpital de Lourcine, thèse de Paris, 1855, page 22.
2. Voici le détail de la statistique à laquelle ces chiffres sont empruntés : Malades entrées dans nos salles pendant une période de deux années : 908.
Répartition par nature de symptômes :
Chancres simples
Chancres syphilitiques (sans manifestations secondaires)
Chancres probablement mixtes
Chancres de nature restée douteuse
Chancres syphilitiques et accidents secondaires
Accidents secondaires
53 malades.
Or ces 599 malades se sont présentées à nous avec les accidents suivants :
398 afTectées de lésions secondaires ; il — d'accidents tertiaires ;
10 — de syphilis latente, sans manifestations actuelles; 30 affectées d'accidents syphilitiques secondaires associés à des chancres simples, résultat d'une contagion ultérieure;
15 affectées d'accidents syphilitiques dont il n'a pas été possible de déterminer la nature primitive ou secondaire ;
Et 135 (135, notez bien ce chiffre) affectées soit d'accidents primitifs, de chancres, sans autres manifestations, soit de chancres associés à des manifestations consécutives. C'est-à-dire, en somme, que :
1° Sur un chiffre de 908 malades admises dans nos salles comme le hasard nous les présentait, nous en avons rencontré 135 affectées de chancres syphilitiques. — Proportion : un chancre sur 7 malades environ.
2" Sur un chiffre de 599 malades syphilitiques, nous en avons trouvé 135 affectées de chancres. — Proportion : un chancre sur 4 ou 5 malades syphilitiques.
Ces chiffres portent leur signification avec eux. Ils témoignent aussi péremptoirement que possible de la fréquence du chancre
Accidents tertiaires H malades.
Syphilis latente (sans accidents actuels) 10 —
Accidents syphilitiques dont il n'a pas été possible de déterminer la nature primitive ou secondaire 15 —
Accidents secondaires et chancres simples ultérieurs 30 —
Cas où la syphilis, bien que probable, est restée douteuse ... 11 —
Affections blennorrhagiques 82 —
Herpès 22 —
Ulcérations ou lésions diverses restées douteuses 18 —
Végétations 4^2 —
Adénite simple ^ —
Bubons chancreux 2 —
AITeetions utérines, vulvaires, vaginales, etc. (non vénériennes). 4-7 —
Lésions diverses, affections vulgaires 22 —
Total !)U8 —
.Fc dois dire qu'une autre statistique portant sur un total de cinq années nous a fourni des résultats presque ideatiques, dans lesquels toutefois la fréquence du chancre se trouve quelque peu abaissée (1 chancre sur 8 entrées à l'hôpital; 1 chancre sur 5 malades syphilitiques).
chez la femme dans la pratique nosocomiale. Ils sont donc en opposition formelle avec l'opinion gcnéralemenL répandue qui présente le chancre delà femme comme un accident d'observation exceptionnelle.
Mais ce n'est pas tout. De cette première statistique, recueillie à l'hôpital, permettez-moi d'en rapprocher une autre empruntée à la pratique pi'ivée.
Un médecin de mes intimes, qui s'occupe de ces matières et qui a l'habitude déconsigner en quelques notes tout ce qu'il observe, m'a remis les chiffres suivants qui résument, pour une certaine période, le relevé des cas qui se sont présentés à sa consultation particulière.
'171 femmes sont venues réclamer ses soins pour des affections syphilitiques ou des chancres simples. Or, d'après la nature de leurs accidents, ces malades pouvaient être exactement réparties de la façon suivante :
Accidents de syphilis secondaire 105 malades.
Accidents de sypliilis tertiaire 18 —
Chancres simples 6* —
Chancres de nature restée douteuse 3 —
Chancres syphilitiques ' 39 —
Total 171
C'est-à-dire, 39 chancres sur 162 femmes syphilitiques, ou, en chiffres ronds, 1 chancre sur 4 malades environ.
Remarquez, je vous prie, que cette seconde statistique reproduit presque exactement la proportion numérique que nous avait fournie la première. L'une confirme l'autre par conséquent.
Donc, messieurs, contrairement à ce qui se dit, à ce qui s'imprime, à ce qui s'est professé jusqu'à ce jour, le chancre est d'observation commime chez la femme. Si on l'a jugé rare, c'est ou bien
* Remarque incidente, curieuse à signaler, bien qu'elle soit étrangère au sujet qui nous occupe actuellement: le chancre simple ne figure dans cette statistique que pour 6 cas contre 162 qui reviennent à la syphilis. C'est qu'en effet, dans la clientèle de ville, le cliancre simple est mfuiiment moins fréquent que le chancre syphilitique. Trèscommun parmi les gens du i>euple, dans la basse classe, il devient do plus en plus rare à mesure qu'on s'élève dans l'échelle sociale. Je me suis expliqué ailleurs sur les raisons de cette différence. (Voy. Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. VII, p. 67).
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qu'on ne l'a pas rccherclié avec une attention suffisante, ou bien que tout en le recherchant on l'a méconnu.
Et sur ce point, messieurs, pas de compromis, pas de moyen terme. Entre certains médecins affirmant la rareté du chancre chez la femme, et moi affirmant au contraire la fréquence de cet accident, il n'est pas d'accord ou de rapprochement possible. Il faut qu'il y ait erreur d'un côté ou de l'autre. Ou ces médecins se trompent et méconnaissent le chancre sous les diverses formes qu'il peut revêtir; c'est ce dont je me permets de les accuser; — ou bien c'est moi qui m'abuse et qui vois le chancre là où il n'est pas. Le dilemme est formel. A vous et à l'avenir de juger si dans cette question la vérité est avec ou contre moi.
Où sièg-e le chancre chez la femme? Quelles localisations affcctet-il chez elle de préférence?
La réponse à~' cette question résulte des prémisses que nous avons posées. Puisque, en effet, le premier accident de la syphilis se produit toujours et invariablement au point même où le virus a pénétré dans l'organisme, le chancre qui constitue ce premier accident doit se manifester là, et là seulement, où s'est exercée la contagion.
Le siège du chancre est donc subordonné au mode suivant lequel se fait la contamination.
Conséquemment, voyons tout d'abord comment se produit la contagion chez la femme; cela nous conduira à déterminer par avance les localisations diverses dont le chancre est susceptible sur elle.
De qui et dans quelles conditions la femme reçoit-elle le contagium syphilitique? — Sur ce premier point, nous allons constater une différence importante entre les deux sexes.
L'homme ne lient guère la syphilis que de l'une des trois sources suivantes :
i" De la femme (c'est le cas habituel, presque général, celui qui se présente au moins 98 fois sur 100) ;
2" De r/io?}imc (c'est l'exception, la très-rare exception, disons-le à l'honneur des mœurs contemporaines) ;
SOURCES Dlî LA CONTAGION. 39
3° D'intermédiaires inanimés qui transmeUeiil le virus dans des conditions diverses. Inutile de vous rappeler à ce propos ces transmissions de la syphilis par des instruments malpropres, par des objets d'usage domestique, des cuillers, des pipes, des vêtements, des éponges, des ustensiles de travail (tels, par exemple, que la canne des souffleurs de verre), des jouets, voire par un rasoir ^ par une dragée passant de bouche en bouche% etc., etc. Parallèlement, la femme peut recevoir la syphilis : 1° De rhonime (c'est de même pour elle le cas de beaucoup le plus habituel);
2° De la femme (cela également est assez rare, mais moins rare assurément que la contagion d'homme k homme);
3° D'intermédiaires inertes seiTant de véhicule au virus.
Mais ce n'est pas tout. Il existe encore pour la femme une quatrième source de contagion, et cette source qui lui est propre, cette source active et féconde, c'est l'enfant, c'est le nourrisson.
Dans quelles conditions s'exercent sur la femme ces divers ordres de contagions? Quelques mots vont suffire à l'indiquer.
1° De l'homme, la femme reçoit la syphilis dans les rapports sexuels, ou, d'une façon plus générale, dans tous les contacts qui peuvent résulter du commerce vénérien, naturel ou déréglé.
3° De la femme, elle la reçoit dans des rapports ou des attouchements que je n'ai pas à dire. Rappelez-vous, comme exemple, le fait de M. Clerc relatif à cette femme qui tenait d'une compagne de prison un chancre labial. J'ai vu de même, sur nne jeune fille, un chancre digital dériver comme provenance d'accidents vulvaires syphilitiques développés sur une autre femme.
Mais en certains cas cette contagion de femme à femme reconnaît une origine tout autre et un processus très moral.
Les sages-femmes, par exemple, peuvent contracter la syphilis et la contractent même fréquemment, plus fréquemment qu'on ne le pense, en touchant ou en accouchant des femmes syphilitiques, ■l'ai déjà, pour ma part, observé nombre de contaminations de ce genre.
Autre mode de contagion : Une nourrice dont l'enfant ne tctte