‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 15 sur 252 · Gazette médicale de Lyon, 1866, p · texte numérisé non relu

Gazette médicale de Lyon, 1866, p

2, Observation de M. le professeur Hardy (Caséine des hôpitaux, 18G5, p. 445).

pas suirisamment se fait teter par une femme ; celle-ci, poi tant à la bouche des lésions syphilitiques, inocule un chancre au sein de la nourrice.

A ce propos je dois vous dire que cette pratique de la succion du sein par un adulte a été cause de contagions fréquentes et parfois même de véritables épidémies de syphilis. Voici comment. En province, et dans les campagnes spécialement, certaines femmes ont pour « profession » de dégorger le sein des nourrices ou de faire le mamelon des nouvelles accouchées. Que l'une de ces singulières praticiennes vienne à cire affectée de syphilis, elle ne manque pas de transmettre la contagion à un certain nombre de ses clientes; puis celles-ci, à leur tour, ignorant le mal dont elles sont atteintes, s'exposent à le communiquer à d'autres sujets ; ces derniers en infectent d'autres, et ainsi de suite. N'est-ce là, comme vous pourriez le croire, qu'un danger imaginaire, qu'une conjecture faite à plaisir? Eh bien, écoutez ceci :

« Dans une ville de province, à Condé, une femme prêtait son ministère, soit pour former par la succion le mamelon des nouvelles accouchées, soit pour dégorger leur sein d'une surabondance de lait... Cette femme vint à contracter la syphilis et fut affectée, entre autres accidents, d'ulcérations buccales... Mandée à cette époque près d'une dame récemment accouchée, qui était affectée d'une fissure au sein et dont les mamelles étaient distendues par une grande quantité de lait, elle exerça la succion sur elle plusieurs jours de suite. La fissure au sein ne tarda pas alors à se transformer en un ulcère rebelle, qui emporta le mamelon ; puis quelques semaines plus tard se manifestèrent des symptômes non douteux d'une syphilis plus avancée... Une autre dame qui, également affectée d'une fissure au sein, avait fait appeler la même femme pour se débarrasser de son lait, fut affectée d'ulcères aux mamelons et plus tard d'éruptions pustuleuses de la peau, d'ulcérations de la gorge, etc.. Mes doutes sur l'origine de ces deux infections s'étant changés en certitude par le rapprochement de ces deux faits, et sachant que cette femme était très répandue dans la ville et aux environs de Condé pour donner des soins aux nourrices, je crus devoir donner à la découverte que je venais de faire toute la publicité possible, afin de donner l'éveil auxper-

SOURCES DE LA CONTAGION. Al

sonnes qui s'en serviraient et à celles qui auraient pu la iaire appeler. Il était temps de prendre cette mesure; car j'avais à peine fait connaître tout ceci que huit nourrices se présentèrent presque au môme instant chez moi. Toutes avaient souffert que cette femme appliquât ses lèvres impures sur leurs seins, et toutes avaient été plus ou moins contagionnées. Appelé dans quelques maisons, je fus à même de voir que la contagion ne s'était pas arrêtée à la quantité de personnes que je viens d'indiquer. Je puis porter au nombre de douze ou quatorze les femmes qui ont été infectées par la succion des seins; six ou huit autres échappèrent à la contagion. »

Et ce n'est pas tout; car, ajoute le médecin auquel j'emprunte ce récit, « 4° presque toutes les femmes qui gagnèrent ainsi la syphilis la communiquèrent à leurs enfants; — 2° quelques-uns de ces enfants transmirent le mal, avant qu'il fût découvert, à des nourrices auxquelles on les avait confiés ; — 3° plusieurs de ces nourrices gâtèrent également leurs propres enfants à qui elles donnaientlesein concurremment avec le nourrisson infecté; — 4°bien plus, enfin, les enfants sains qui se servirent des vases que les nouveau-nés infectés touchèrent de leurs lèvres, contractèrent également cette dégoûtante maladie ^ » — Et notez encore que toutes ces syphilis d'origine non suspecte durent avoir très certainement bien d'autres ricochets qui restèrent ignorés du médecin témoin de cette petite épidémie.

De tels faits méritent d'être connus. Ils peuvent se présenter en pratique et dérouteraient certes, au grand détriment de la société, le médecin qui ignorerait la possibilité de contagions de cet ordre. J'ajoute, et vous n'en doutez pas, qu'ils présentent un haut intérêt médico-légal.

3° En troisième lieu, messieurs, la femme peut, comme 1 homme, recevoir la contagion à' intermédiaires inanimés, et cela dans des circonstances totalement étrangères à l'acte vénérien.

1. Extrait d'un mémoire trop peu connu du D' F. Bourgogne, ayant pour titre : Considérations générales sur la contagion de la maladie vénérienne des enfants trouvés à leurs nourrices, suivies de la relation d'une affection syphilitique communiquée à plusieurs femmes par la succion du sein, Lille, 1825.

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