OPHTALMIES SPÉCIFIQUES. - FORMES COMPLEXES
Inulile d'ajouter que le pronostic de raffection est subordonné à son siège. Les rétinites qui affectent la macula, par exemple, sont bien plus graves que celles qui sont localisées sur d'autres points.
Je viens d'étudier sous leurs formes simples les diverses lésions que la syphilis peut produire sur les membranes et les milieux de l'œil. Un point très essentiel me reste à vous signaler actuellement : c'est la tendance singulière que présenlenl ces lésions à se compliquer réciproquement, à se combiner, à se succéder, à s'ajouter en un mot les unes aux autres. C'est ainsi, par exemple, que l'iritis est l'réquemment suivie de rétinites exsudatives ou apoplectiques. Cette remarque, dont je dois la connaissance à M. de Wecker, se trouve pleinement confirmée par la pratique. Ainsi je donne mes soins aujourd'hui à un jeune homme qui, après avoir été atteint d'une double iritis, a été affecté consécutivement d'une rétinite de l'œil gauche. — D'autres fois c'est la choroïdite qui coïncide avec l'iritis {irido- choroïdite). — D'autres fois encore c'est la névrite optique qui ne tarde pas à se compliquer dephlegmasies de l'iris, de la choroïde, de la rétine, etc. — Plus souvent, et ceci d'une façon presque nécessaire, la choroïdite retentit sur la rétine et détermine une choro'ido-rétinite, etc., etc.
De la sorte, les lésions oculaires d'essence syphilitique se présentent souvent associées, combinées deux à deux, trois à trois. La multiplicité de ces localisations morbides dans un seul œil ou d'un œil à l'autre est même, au dire de certains auteurs, un signe important dont le diagnostic peut faire son profit. Il n'est guère, en effet, que la syphilis qui prodigue ainsi et dissémine à ce degré ses manifestations sur les membranes oculaires.
Je ne m'arrêterai pas. Messieurs, à vous décrire les diverses formes symptomatologiques qui peuvent résulter de ces associations morbides. Ce sont là des détails d'ophtalmologie pure, pour lesquels d'ailleurs je récuse ma compétence, et qui ne sauraient
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trouver ici leur place. Un seul de ces types complexes mérite de nous occuper spécialement, en raison de sa fréquence, de son excessive gravité et des lésions singulières auxquelles il aboutit. C'ei>t la choroïdo-rétinite, dont je vais vous dire quelques mots.
Vous savez déjà quels symptômes caractérisent la choroïdite spécifique, à l'époque où la choroïde seule est affectée : amblyopie progressive, brouillard, mouches volantes, scotomes, trouble et flocons du corps vitré, apparence nuageuse de la papille, exsudaischoroïdiens, etc. Si la maladie n'est pas enrayée dans sa marche par des traitements énergiques (et les traitements les plus énergiques n'y réussissent pas toujours complètement), elle ne tarde pas cà se propager à la rétine, voire à la papille optique. De nouveaux accidents s'ajoutent alors à ceux qui précèdent: photopsie; — photophobie; — cécité partielle des couleurs; — rétrécissement notable du champ visuel périphérique, tandis que la vision centrale se conserve relativement; — cécité nocturne (héméralopie) ; — puis, diminution toujours croissante de l'acuité visuelle, etc. Ce qui se produit alors, en effet, et ce dont témoigne l'ophtalmoscope, c'est la série des lésions suivantes :
Pour la choroïde : taches atrophiques se multipliant; — desti'uction du pigment clioroïdien, laissant à nu par places le tissu de la sclérotique ;
Pour la papille : diminution considérable des vaisseaux centraux, qui deviennent grêles, filiformes, et disparaissent même en quelques points de leur trajet;
Pour la rétine : exsudations disséminées ; — ramollissement progressif, atrophie; — puis, infiltration graduelle de la membrane par des amas pigmentaires, de couleur charbonneuse, qui forment sur le fond de l'œil des taches absolument noires, de disposition et d'étendue très variées. Tantôt ces taches semblent distribuées au hasard; tantôt elles forment des stries qui figurent en s'entrecroisant une sorte de filet; tantôt elles constituent des demi-cercles, des arcs de cercle, ou même des circonférences complètes, toutes configurations qu'on a justement comparées à la forme circinée des syphilides. J'ai eu l'occasion de voir, avec M. Galezowski, un cas dans lequel on distinguait sur le fond de l'œil trois anneaux presque complets, résultant de nombreuses