LKURS SIÈGES DE PRÉDILECTION
qu'elles sont le plus communes. Elles se produisent là sous deux formes. Tantôt ce sont des périostoses assez larges, assez volumineuses, qui dessinent à la surface de l'os une tumeur aplatie, (le plusieurs centimètres de long et de large. Tantôt et plus souvent ce sont de petits mamelons granuleux et pisiibrmes, qui constituent autant de bosselures disséminées ou groupées. Parfois ces mamelons ne sont même pas appréciables à la vue, et il n'est alors que le toucher qui permette d'en percevoir le relief.
2° Au crâne, où elles se manifestent plus rarement, les périostoses occupent surtout la région frontale. Elles formentlàdepetits soulèvements arrondis, de l'étendue d'une pièce d'un franc environ, sur une hauteur de 2 à 3 millimètres. Il peut en exister plusieurs. J'en ai vu jusqu'à trois coïncidemment sur le frontal et le pariétal.
Une de nos malades actuelles présente un bel exemple de ce genre de lésions. La voici. Gettejeune femme a contracté la syphilis il y a cinq ou six mois, et elle est entrée ici, tout récemment, avec des syphihdes cutanées et muqueuses, de l'alopécie, de la céphalée, des adénopalhies multiples, etc. Depuis quelques jours il s'est développé sur son front, comme vous le voyez, deux périostoses, situées l'une au-dessus de l'autre, mesurant chacune comme diamètre l'étendued'une piècede deux francs, etformantun relief de 3 millimètres environ K Ces périostoses sont douloureuses spontanément, surtout la nuit; elles sont de plus extraordinairement sensibles au toucher. N'était la coloration intacte des téguments, ces deux lésions ressembleraient exactement à des bosses traumatiques du crâne, consécutives à une contusion. — Soumise au traitement spécifique, cette malade va déjà mieux; ses douleurs se sont calmées, et l'une des tumeurs commence à s'affaisser notablement. Dans une semaine ou deux, au maximum, il ne restera plus trace de ces lésions.
Ces bosses du front, comme les appellent nos malades, ne sont pas rares dans nos services. Il ne se passe guère de mois où nous n'en observions au moins un exemple.
3° Les périostoses sterno-costales sont peut-être un peu plus com-
1. Voir le dessin de cette lésion, conservé au musée de l'hôpital St-Louis. (Collection particulière.)
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muncs que les précédentes. — Celles duslei-num sont assez volumineuses, en général; celles des côtes sont au contraire minimes.
Comme exemple des premières, je vous montrerai cette pièce que j'ai fait mouler, il y a quelques années, sur une malade de mon service. Elle représente une périostose sternale, mesurant •comme base l'aire d'une pièce de 5 francs, et, comme relief au point le plus élevé, 4 ou 5 millimètres. Cette périostose était prodigieusement douloureuse, soit spontanément, soit surtout au toucher. Elle fut assez rebelle et récidiva quelques mois après une disparition première. — Vous voyez encore, sur cette même pièce, •que notre malade était aiïectéc coïncidemment d'une syphilide 4rythémateuse, d'une roséole typique; argument péremptoire à l'adresse des auteurs qui nient ces périostoses en tant qu'accidents ■de la période secondaire.
Sur les côtes, les périostoses secondaires se présentent sous forme de petites nodosités, de légères bosselures, dont le doigt apprécie facilement le relief et la dureté. Elles déterminent toujours •des douleurs assez vives, que l'on confond souvent avec des points de névralgie intercostale ou de pleurodynie; car, inappréciables même pour les malades, ces tubérosités costales ne se révèlent au médecin que s'il a le soin de pratiquer un examen local des plus minutieux, en promenant les doigts sur chacune des côtes. Je ne crains pas de vous le répéter, ce n'est qu'au prix d'une investigation des plus attentives qu'on arrive à découvrir ces petites, mais très intéressantes lésions.
III. Ostéalgies. — Enfin, Messieurs, dans un troisième ordre •de cas, la syphilis secondaire détermine vers le squelette des phénomènes douloureux dont il est impossible de définir la raison anatomique.
Ce que l'on constate est ceci : au niveau d'un os, une douleur ■circonscrite, superficielle, facilement limitable par le palper, qui provoque dans une certaine étendue de véritables angoisses. Mais avec cette douleur, n'en; aucun autre symptôme, nulle tuméfaction, nulle saillie; pas d'empâtement, pas de rougeur; surface de l'os absolument lisse et normale. La douleur, en un mot, est le seul signe appréciable; elle seule constitue l'élat morbide.
OSTÉALGIES. 523
En quoi consiste cette douleur? Quel tissu aiïecte-l-elle? Réside-l-elle dans l'os, dans le périoste ou ailleurs? Nous ne saurions le dire. Et, dans noire ignorance, force nous est bien de dénommer le symptôme parle symptôme, c'est-à-dire d'appeler cette douleur une ostéalgie.
Les ostéalgies sont très communes chez la lemme. On les observe sur un grand nombre de points, mais plus spécialement sur les portions du squelette qui se trouvent à nu sous la peau, telles que les extrémités des os longs (épicondyle, épitrochlée, apophyse styloïde du radius, tête du cubitus, condyles fémoraux, tubérosités tibiales, malléoles); ou bien encore sur les apophyses de quelques os plats (voûte acromiale, épine de l'omoplate, etc.).
Il est à remarquer aussi que ces ostéalgies se portent de préférence sur les points où abonde le tissu fibreux, où s'épanouissent des aponévroses, où s'insèrent des tendons, des ligaments, tels que par exemple les extrémités articulaires, les bords de l'omoplate, les apophyses épineuses des vertèbres, etc. De sorte qu'une question se présente :1e tissu fibreux n'a-t-il pas une part dans les douleurs que l'on constate en ces points, et, d'une façon plus générale encore, dans celles qui se produisent à la surface des os? De plus, le périoste lui-même n'étant qu'une dépendance, une forme histologique de ce tissu, peut-être ne serait-il pas irrationnel de rapporter également à une affection du système fibreux les périostites dont nous avons parlé précédemment. Ce n'est là, toutefois qu'une hypothèse sur laquelle nous sommes loin d'être fixés; attendons pour la juger des documents anatomiques qui nous font encorè défaut.
Aux affections du système osseux que nous venons de décrire se rattachent certaines souffrances fréquemment accusées par les syphilitiques. Pour ne parler que des plus communes, il en est trois que nous observons journellement ici chez nos malades, et que je doissignaler en conséquence à votre attention. Ces trois douleurs essentiellement syphilitiques sont :
1" la céphalée crânienne ;
2° la slernalfjie;