AMAIGRISSEMENT MUSCULAIRE
nière opinion; mais il est impossible, comme vous le concevez sans peine, de rien affirmer d'absolu à ce sujet.
IV. Amaigrissement musculaire. — Il n'est pas rare, lorsque la sypbilis prend une forme tant soit peu sérieuse, que le système musculaire soit affecté dans sa substance. Il maigrit alors; il maigrit comme h la suite d'une affection aiguë, comme dans le cours d'une maladie clironiquc. Et cet amaigrissement, cela va sans dire, entraîne toujours à sa suite comme conséquence nécessaire un degré proportionnel d'affaiblissement. Le muscle peut bien être affaibli sans maigrir (c'est là le phénomène que nous avons étudié précédemment) ; mais il ne saurait maigrir sans perdre une partie de sa puissance.
L'amaigrissement musculaire d'origine syphilitique se rencontre chez la femme bien plus fréquemment que chez l'homme, et je n'ai qu'à vous répétera son propos ce que je vous disais tout à l'heure relativement aux phénomènes de débilitation. On l'observe surtout chez les femmes jeunes, délicates, lymphatiques, nerveuses, dont la constitution est vivement impressionnée par la diallièse, et plus spécialement encore dans les cas où la maladie, affectant dès la période secondaire ce que j'appelle la forme splanchnique, exerce sur l'économie une double influence dépressive et dénutritive. Il est hors de doute que, dans ces conditions, le système musculaire participe souvent à la dénutrition générale.
Le phénomène est très simple en soi. Cliniquement il ne s'accuse que par ceci : une diminution de volume de la masse musculaire, et une diminution corrélative des forces. Toujours il coïncide avec un amaigrissement bien plus appréciable du tissu cellulo-adipeux.
Il comporte différents degrés. Léger, il passe inaperçu. Plus accentué, il ne manque pas d'éveiller l'attention des malades, qui se plaignent au médecin de « maigrir et de perdre leurs forces ». Si l'on a affaire à un sujet inconnu, il n'est guère possible de se rendre un compte exact de l'amaigrissement subi par le système musculaire; mais sur un sujet connu, dont on a eu l'occasion de
constater la musculature à l'état de santé, il est facile d'apprécier comparativement le déchet subi parles muscles. On constate alors que les chairs sont devenues plus molles, plus flasques, que certains reliefs se sont efl'acés ou amoindris, etc. Ces difl'érences sont surtout notables au niveau des grosses masses musculaires, aux mollets, à l'épaule, à la cuisse, au bras, à l'avant-bras. —A un degré supérieur, le phénomène devient bien plus frappant et saute aux yeux, si je puis ainsi dire. Je donne mes soins actuellement à une jeune femme qui, grasse et bien musclée avant de contracter la syphilis, a prodigieusement maigri sous l'influence de la diathèse, et cela en dépit d'une hygiène des plus confortables, en dépit de toutes les médications toniques. Elle a maigri à ce point qu'elle « n'ose plus se décolleter ». Certes, une fièvre typhoïde ou la première période d'une phthisie pulmonaire ne l'eût pas étiolée davantage.
Enfin, à un degré extrême, ce n'est plus seulement de l'amaigrissement qu'on observe, c'est de l'émaciation, c'est du marasme, c'est une véritable phthisie musculaire. Dans la cachexie syphilitique, dont j'aurai l'occasion de vous entretenir plus tard, les membres et le tronc sont absolument décharnés. Les muscles sont grêles, petits, sans relief, et l'autopsie montre qu'en elfet ils ont subi une atrophie réelle, considérable.
V. Tremblement. — En dernier lieu, il est un autre phénomène des plus intéressants — celui-ci fort peu connu — que détermine parfois la syphilis sur le système musculaire et que je dois signaler à votre attention; c'est le tremblement ^
Le tremblement est une manifestation assez rare de syphilis secondaire. Toutefois, lorsqu'on observe sur un public nombreux et dans des services spéciaux, il ne laisse pas de se présenter de temps à autre. Depuis quatre années, j'ai pu en recueillir ici une trentaine de cas ^
El tout d'abord, pas d'équivoque en l'espèce. Messieurs. Ce que
1. Voir un consciencieux travail publié sur ce sujet par un de mes élèves, le docteur M. Aparicio (Elude sur le Irembleinent syphilitique. Thèse de Paris, 187"2.)
2. J'en compte plus d'uuc centaine d'observations actuellement.
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je vais VOUS décrire comme tremblement de la période secondaire n'olTre aucun rapport avec le tremblement qui, à une époque bien plus reculée de la diatlièse, peut résulter des lésions tertiaires de l'axe encéplialo-racliidien'. Ce dernier a son origine dans des altérations graves descentres nerveux; il coïncide presquenécessairoment avec des paralysies, des troubles intellectuels, des symptômes cérébraux divers. Tout autre est le tremblement secondaire. €elui-ci constitue à lui seul toute l'affection. Il ne comporte, ni comme origine une désorganisation cérébrale, ni comme phénomènes associés des accidents sérieux. C'est un simple trouble fonctionnel, isolé, essentiellement temporaire, nécessairement bénin.
Ce tremblement, je le répète encore pouréviter toute confusion, ■est une manifestation secondaire. C'est même une manifestation secondaire assez précoce, je crois, à en juger du moins par les cas que j'ai pu observer jusqu'à ce jour. Toutes les malades sur lesquelles je l'ai rencontré (sauf une seule) ne comptaient pas plus de trois à neuf mois d'infection.
Immédiatement j'ajouterai que c'est là surtout un symptôme de syphilis féminine. A une seule exception près, toutes les observations que j'en ai recueillies, soit à l'hôpital, soit en ville, sont relatives à des femmes.
Le tremblement secondaire consiste simplement en une agitalion convulsive de certaines parties du corps sous forme de rapides secousses, résultant d'une série alternative de contractions €t de relâchements musculaires.
Il se produit d'une façon assez brusque, sans être précédé d'aucun phénomène qui l'annonce. Du jour au lendemain les malades s'aperçoivent, non sans étonnement, que leurs mains tremblent. Je dis « leurs mains », parce que le tremblement débute toujours par les membres supérieurs. Jamais il n'affecte du premier coup les membres abdominaux.
Il est toujours partiel. Dans aucun cas'je ne l'ai vu se généraliser.
\. Voir mes Leçons sur la syphilis du cerveau, Pans, 1879.