FORME NERVEUSE DE LA SYPHILIS CHEZ LA FEMME
prenant d'ailleurs que la syphilis détermine de tels désordres, alors que nombre d'intoxications provoquent vers le système nerveux des phénomènes de môme nature ? Durée variable de ces troubles de sensibilité.
Si l'on me demandait, Messieurs, ce en quoi la syphilis de la femme diffère surtout de la syphilis de l'homme, je répondrais immcdialcment et sans hésitation : c'est à coup sûr par les troubles nerveux de la période secondaire. Cela est assez vous dire qu'entreprenant aujourd'hui l'histoire des aiïections nerveuses propres à cette période de la diathèse, je vais avoir à vous entretenir d'une série de phénomènes qui donnent à la syphilis de la femme une allure propre, une physionomie toute particulière.
Les troubles nerveux secondaires sont, en effet, cent fois plus fréquents, plus variés et plus intenses, chez la femme que chez l'homme. Sous ce rapport, une disparité complète et remarquable distingue un sexe de l'autre. Chez l'homme et surtout chez l'homme adulte, la syphilis n'éveille le plus souvent qu'une réaction minime ou légère vers le système nerveux. Au contraire, chez la femme, nature plus impressionnable, elle crée un état de souffrance générale de ce système ; elle détermine vers ce système une perturbation profonde, parfois même un désarroi véritable dans toutes les fonctions qui lui sont dévolues ; elle engendre, en un mot, d'une façon provisoire, une véritable diathèse nerveuse, à manifestations multiples et variées.
De ces prémisses, toutefois, n'allez pas conclure que chez toutes les femmes, invariablement, l'infection secondaire se traduise par un cortège obligatoire d'accidents nerveux. Cela serait une erreur. A ce point de vue, il existe une grande inégalité entre nos malades. Les unes (pour un bon tiers environ), celles qui, par leur habitus, leur tempérament, se rappi^ochent le plus delà constitution masculine, échappent presque complètement à cette influence névropathique de la diathèse, ou ne la subissent que d'une façon superficielle, légère, presque insignifiante. D'autres, déjà plus femmes (si je puis ainsi parler), ressentent une atteinte plus vive dans leurs fonctions nerveuses et présentent des troubles plus ou moins nombreux,plus ou moins accentués, de ces diverses fonctions. D'autres,
enfin, ont leur système nerveux violemment ébranlé par la maladie clsontaldigées d'une série incroyable, d'une nuée de ces désordres spéciaux qui vont nous occuper aujourd'hui.
Cette disparité, cette inégalité de phénomènes d'un sujet à un autre, trouve assurément ses causes, en partie du moins, dans les prédispositions individuelles, dans la constitution, le tempérament, l'excitabilité variable du système nerveux chez les différents malades, etc.; mais il s'en faut qu'elle soit toujours explicable par des raisons de ce genre, et bien souvent nous ne faisons que la constater sans pouvoir en pénétrer le secret.
La syphilis. Messieurs, à la période où nous l'éludions, ne se borne pas à déterminer chez la femme tels ou tels accidents spéciaux du système encéphalo-rachidien. Elle fait plus que cela, en nombre de cas; elle engendre un état de souffrance générale de ce système; elle imprime à ce système une disposition morbide particulière; elle le constitue dans un état d'excitation permanente; elle crée — je répète le mot à dessein — une sorte de dialhèse nerveuse, toujours en éveil, toujours prête à entrer en action et à se révéler par quelques troubles. Cette disposition, cet éréthisme morbide de l'appareil sensitivo-moleur, est ce qu'on a justement appelé le nervosisme secondaire.
C'est sous l'influence de cet état spécial qu'il est commun de voir surgir chez la femme, à la période secondaire, un nombre plus ou moins considérable, souvent même une véritable pléiade d'accidents nerveux, intéressant tout à la fois et les centres encéphalo-rachidiens, et les nerfs proprement dits, et le système ganglionnaire. C'est ce nervosisme diatlicsique qui non seulement détermine, pendant le stade secondaire, une série de troubles propres à la maladie, mais qui de plus excite une tendance manifeste, soit au réveil d'anciennes névroses éteintes, soit à l'exaspération de névroses assoupies ou modérées, soit même à l'éclosion de névroses qui n'existaient qu'en germe, en puissance dans l'économie, sous forme de simple prédisposition.
La syphilis, en un mot, est pour les manifestations nerveuses de tout genre une immense opportunité morbide. C'est un champ ouvert, c'est une occasion merveilleusement propice au dévelop-