TEMPÉRATURE
Matin.
Soir.
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Encore une fois, Messieurs, j'appelle toute votre attention sur les cas de ce genre. Ces cas, en effet, nous présentent la syphilis sous un aspect tout spécial. Certes nous ne sommes pas accoutumés à envisager la vérole comme une affection pyrétique ; eh bien, il faut savoir qu'en certaines occasions elle peut être pyrétique et déterminer dans l'organisme des mouvements fébriles eomparables à ceux des inflammations, à ceux même des pyrexies.
m. Type vague, irrégulier. — Sous ce dernier chef se rangent toutes les formes déréglées de la fièvre syphilitique.
Ces formes sont assez communes. Elles sont de plus assez variées. Ainsi : tantôt des accès fébriles d'abord intermittents aboutissent plus tard à une fièvre continue; — tantôt inversement une fièvre continue dégénère en des accès intermittents (cela est plus rare); — tantôt des accès intermittents s'ajoutent d'une façon irrégulière à un fond fébrile continu. — Plus souvent encore
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«;o qu'on observe consiste en des poimées fébriles atypiques, tout à lail déréglées comme apparition, comme teneur et comme durée, se manifestant pendant quelques jours, puis se suspendant, puis se renouvelant à intervalles très variés sous des formes diverses et avec une évolution des plus capricieuses. Deux exemples.
Nous avions ici, ces mois derniers, une malade qui, dans le cours de la période secondaire, présenta d'abord des accès fébriles franchement périodiques, vespérins, survenant le soir vers six heures, et s'évanouissant vers minuit. Ces accès intermittents durèrent une quinzaine environ. Quelques semaines plus tard, de nouveaux accidents fébriles se manifestèrent, mais sous le type continu. Pendant cinq jours ils conservèrent nettement ce type. Finalement, il leur succéda de nouveaux accès périodiques, quotidiens, nocturnes, par lesquels se termina la scène.
Une autre de nos malades présenta, dans le cours d'une syphilis secondaire à manifestations nerveuses multiples, la série d'accidents fébriles que voici : d'abord, pendant un mois, accès intermittents, vespérins ou nocturnes; — en second lieu, six semaines plus tard, fièvre de forme continue paroxystique, laquelle dura une quinzaine environ; — dix jours plus tai'd, deux nouveaux accès de fièvre continue, le premier de trois jours et le second de quatre; — plus tard enfin, pendant un laps de deux mois, poussées fébriles irrégulières, atypiques, tantôt ne durant que l'espace d'une nuit, tantôt se prolongeant vingt-quatre ou quarantehuit heures. Nous étions fort surpris de la persistance de cette fièvre, qui paraissait rebelle à la médication spécifique, lorsque la malade, renvoyée de l'hôpital pour un fait d'indiscipline grave, se flatta d'avoir toujours déjoué la surveillance de la religieuse « en ne prenant aucun des remèdes qui lui avaient été prescrits ». — Ce dernier cas, Messieurs, est des plus curieux pour nous, en ce qu'il nous montre la longue durée que peuvent affecter les accidents fébriles de la syphilis alors qu'ils sont abandonnés sans traitement à leur évolution propre.
Cela dit sur les types variés que peut affecter la fièvre syphili-
POULS; — TEMPÉRATURE. 6aî
liqiio, revenons en quelques mots sur les symptômes qui la consliluont.
Oiiatrc symptômes, ou mieux quatre ordres de symptômes composent celte fièvre, à savoir : accélération du pouls; — élévation de la température; — malaise général, plus ou moins intense; — troubles sympathiques des diverses fonctions. Ces divers phénomènes— inutilede ledire — forment lefond de tout étalfébrile. Voyons quel degré, quel taux ils atteignent dans la fièvre syphilitique.
11 est positif que l'élévation de température et l'accélération du pouls qui accompagnent cette fièvre ne dépassent guère en général une moyenne peu élevée. Ainsi, d^ns la plupart des cas, 1° le pouls se tient entre 96 et 1 10; — 2" la température (axillaire) oscille entre o7°,5et 38",5 environ. Habituellement, donc, la fièvre syphilitique a pour caractère d'être modérée.
Mais, ce qui n'est pas moins vrai et ce qu'on a eu grand tort dfî nier, c'est que parfois les phénomènes fébriles de la syphilis atteignent un taux plus élevé. Il n'est pas rare d'abord que le pouls s'élève à 120, 125; — quelquefois il marque 130, 135, 140; — exceptionnellement je l'ai vu monter à 144, 148, 150. — Parallèlement aussi on observe chez nombre de malades des températures axillaires de 39°, — 39°,5, — 39",8 ; — plus rarement le lliermomètre atteint ou dépasse 40"; — en quelques occasions, seulement, j'ai trouvé jusqu'à 41", — 41'',3, — et même 41'',7.
Donc, il se peut que la fièvre syphilitique, loin d'être modérée, atteigne les proportions d'un état fébrile intense, de celui par exemple qui accompagne la phlegmasie d'un organe important ou qui caractérise une pyrexie.
Cependant, quelque intensité qu'elle affecte, la fièvre de la syphilis revêt toujours des caractères très différents de ceux d'une fièvre inflammatoire, angéioténique. Le visage, loin d'être injecté et vultueiix, reste le plus souvent chez nos malades pâle, décoloré. L'habitus exprime bien moins l'excitation que l'alanguisscment, la dépression, l'atonie. Le pouls n'est jamais ample, fort, développé; moyen au plus comme intensité, il est souvent faible, mou, dépressiblc. Plusieurs fois môme je l'ai trouvé remarquablement p 'lit et presque misérable.
Autre remarque digne d'un certain intérêt. La fièvre syphilitique n'a pas une teneur aussi uniforme que celle des autres fièvres continues. La chaleur fébrile est souvent entrecoupée soit de frissons, d'horripilations passagères, avec ou sans refroidissement des extrémités, soit encore de poussées sudorales, de sueurs générales ou partielles. Il est rare qu'on observe une semblable mobilité de phénomènes dans les fièvres vulgaires, non diathésiques.
Le malaise général, commun à toutes les fièvres, ne fait pas défaut dans la fièvre syphilitique. Chez presque tous les malades on observe un état plus ou moins accentué de courbature, de lassitude, de brisement, d'affaissement, de céphalalgie, etc. Parfois cependant ce malaise est moindre que ne le donnerait à supposer l'élévation de la température et du pouls. Il est même bon nombre de cas remarquables par un contraste évident entre ces derniers symptômes et l'habilus presque physiologique des malades. Certains sujets n'ont de la sorte, pour ainsi dire, que les symptômes fébriles de la fièvre syphilitique, en restant peu touchés — relativement du moins — dans leur état général.
Comme désordres sympathiques, enfin, ce qu'on observe assez habituellement consiste en ceci : troubles gastriques ; — langue grisâtre, mais grisâtre simplement, sans être blanche, étalée, saburrale; — diminution de l'appétit, ou même, plus rarement, inappétence absolue; — fréquence moindre des selles plutôt que constipation véritable; — troubles nerveux divers, variani beaucoup d'un sujet à un autre : insomnie; douleurs vagues; irritabilité, énervement, « agacement des nerfs », spasmes, vapeurs, etc.
Ici doit se placer une curieuse remarque. Je vous disais à l'instant, Messieurs, que les troubles généraux de la fièvre syphilititique sont quelquefois très peu accentués. Eh bien, il peut en être de même, plus spécialement encore, pour les troubles gastriques, qui, dans un certain nombre de cas, sont véritablement minimes, presque nuls. Quelques détails à ce propos ne seront pas sans intérêt.