‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 215 sur 252 · TROUBLES DE NUTRITION · texte numérisé non relu

TROUBLES DE NUTRITION

venait à être confirmé par d'autres faits semblables % nous devrions modifier le pronostic qui précède et admettre que l'ictère secondaire eet parfois susceptible de dégénérer en ictère malin.

Quelle est la raison de cet ictère ? Les interprétations sont toujours ce qui manque le moins. Pour les uns, cet ictère serait l'effet d'une «intoxication retentissant sur le foie ». Pour d'autres, il serait le résultat d'une congestion hépatique, laquelle reconnaîtrait ellemême pour point de départ de prétendues « poussées éruptives se produisant sur l'eslomac et le duodénum, coïncidemment aux éruptions cutanées ». (On a même parlé d'une roséole des conduits biliaires !) Pour d'autres encore cet ictère dériverait d'une cause toute physique, à savoir, la compression des conduits biliaires par des ganglions spécifiquement hypertrophiés. D'autres enfin l'ont attribué à un pur effet moral, « à la terreur que certaines gens ont de la vérole », etc. Inutile de discuter ces diverses hypothèses. Supposition pour supposition, je préfère croire, pour ma part, que le foie est inlluencé par la syphilis au même titre que tout autre organe del'économie, et que l'action exercée sur lui par la diathèse se traduit par un trouble de la sécrétion biliaire. Mais ne nous égarons pas davantage dans le champ de l'inconnu et avouons en définitive que la cause intime, le mécanisme organique de l'ictère secondaire, nous échappe encore absolument.

Les divers accidents que vient de nous offrir le système digestif ne sauraient évidemment se produire sans entraîner à leur suite, comme conséquence naturelle, des troubles plus ou moins intenses

1. On a bien cité quelques cas d'ictère grave, d'atrophie aiguë du foie, survenus dans la période secondaire. Mais ces observations, je dois le dire, ne sont pas absolument probantes. Je viens de les relire en détail, et j'avoue qu'aucune d'elles ne m'a paru .suffisante à démontrer la connexion de ces ictères malins avec la sypliilis secondaire. — Je suis loin de nier cette connexion (j'aurais môme plutôt tendance à l'admettre, d'après le cas que j'ai observé) ; je dis simplement qu'elle n'est pas encore scientifiquement établie.

En certains cas exceptionnels et d'un ordre tout particulier, on a vu des lésions hépa-

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de la mUrilion. C'csL en effet ce qui a lieu. Les fondions assimilatrices se trouvant en souffrance, l'équilibre est bientôt rompu, si je puis ainsi parler, entre les recettes et les dépenses de l'organisme. Celles-ci ne sont plus compensées parcelles-là. La réparation devient insuffisante, et de là résulte un ensemble de phénomènes que vous avez déjà pressentis, à savoir : amaigrissement plus ou moins notable ; — perte de poids du corps ; — diminution des forces; — modification du teint, qui pâlit, qui perd son éclat ; — alanguissement et appauvrissement général de l'économie ; — atonie fonctionnelle de tous les systèmes ; — suppression des règles ; — chute des cheveux, etc. ; — bref, décadence vitale, altération de la santé, et, à un degré supérieur encore, imminence de dépérissement.

Ces troubles de nutrition, qui comportent tous les degrés, depuis les plus légers jusqu'aux plus graves, s'observent très fréquemment chez la femme, bien plus fréquemment que chez l'homme. Ils sont communs surtout chez les toutes jeunes femmes, qui prennent la vérole à peine nubiles, à peine formées, chez celles de tempérament lymphatique, de constitution atonique et molle, chez celles dont la santé est déjà débilitée par une mauvaise hygiène, par une nourriture insuffisante, par l'irrégularité des habitudes, le défaut de sommeil, les excès, la débauche, etc.

Or, sachez-le bien, Messieurs, ce sont les troubles de nutrition quirendent lavérole particulièrement grave chez certaines femmes, grave d'abord par elle-même, par ses dangers propres,- grave aussi par ses conséquences indirectes. D'une part, en effet, l'organisme détérioré, épuisé par la vérole, se défend moins contre elle; d'autre part, il résiste moins soit aux maladies étrangères qui viennent l'assaiUir incidemment, soit aux germes morbides qu'il contient en puissance. C'est ainsi que, chez les sujets débilités par la diathèse, certaines affections intercurrentes revêtent parfois une gravité spéciale. C'est ainsi que, pour ces mêmes sujets, la vérole

tiques plus ou moins graves se produire dans la période secondaire ou du moins coïncider, comme début, avec des manifestations d'ordre secondaire. Ces lésions seront mieux à leur place, je pense, dans l'étude de la sypliilis iiépalique tertiaire. Je ne fais donc que les signaler ici, me réservant d'en parler tout au long dans la série de conférences qui feront suile à celles-ci.

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sert parfois, si je pais ainsi parler, d'embranchemcnL à la scrofule, à la cliloro-anémie, à la tuberculose, au nervosisme, à la dartre, aux états cachectiques, aux dégénérescences morbides de tout genre. J'ai déjà longuement insisté sur ce point de vue si intéressant, si essentiel en pratique, dans l'une de nos précédentes réunions je ne fais plus que vous le rappeler aujourd'hui.

La débilitation syphilitique, résultant de troubles apportés par la diathèse dans les fonctions assimilatrices, n'est habituellement que transitoire. Elle dure plusieurs mois en moyenne, puis s'évanouit. L'appétit renaît alors, les digestions se rétablissent, le teint se ranime, l'amaigrissement se répare, les forces reprennent leur taux normal. Bref, c'est un orage passé, après lequel l'économie revient à son état antérieur.

Mais en d'autres cas, qui sont loin d'être rares chez la femme, les choses ne se passent pas aussi heureusement. L'atonie nutritive se prolonge, et se prolonge pendant un laps de temps souvent considérable, huit, dix, douze, quinze mois, voire parfois davantage. De là résulte, bien entendu, un amaigrissement marqué, un affaiblissement excessif, un état de langueur continue, une détérioration véritable de l'organisme. En général, alors, ces troubles nutritifs se montrent singulièrement rebelles, et l'on n'arrive que difficilement à les modifier. On a beau mettre en œuvre les agents les mieux éprouvés de la médication tonique, souvent on ne parvient pas de longtemps à reconstituer les malades affectées de la sorte, à les relever de l'espèce de dépression vitale que leur a imprimée la diathèse.

Aussi, très positivement, la vérole aboutit-elle en nombre de cas à ruiner la santé de certaines femmes, et cela pour plusieurs années. Il est des malades que, sans exagération, elle change du tout au tout, qu'elle transfigure, qu'elle étiole, qu'elle vieillit avant l'âge. — Exemple : Je donne mes soins depuis longtemps à une jeune femme qui, il y a cinq ans environ, contracta la syphilis. L'accident initial fut un tout petit chancre qui guérit en trois semaines. Plus tard, se développèrent quelques syphilides cutanées et

i. Voy. neuvième leçon, p. 252 et suivantes.

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