‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 229 sur 252 · ENSEMBLE MORBIDE; — ÉVOLUTION SPÉCIALE · texte numérisé non relu

ENSEMBLE MORBIDE; — ÉVOLUTION SPÉCIALE

Si cet accident est bien réellement syphilitique, soyez sûrs que d'autres manifestations l'ouL précédé ou l'accompagnent. Ces autres manifestations, cherchez-les; cherchez-les dans le présent, ne les cherchez pas moins dans le passé. Voyez d'abord si votre malade ne présente pas actuellement quelque autre symptôme de même nature. Voyez ensuite, par un interrogatoire rétrospectif, si d'autres accidents de môme ordre n'ont pas préludé à l'accident que vous avez sous les yeux. Efforcez-vous, en un mot, de reconstitue)' la maladie dam son ensemble, dans son évolution naturelle.CdLV, je vous le répète encore, cet ensemble et cette évolution seront pour votre diagnostic des témoignages bien aulrement significatifs, bien autrement certains, que le meilleur symptôme actuel dont vous puissiez disposer.

Cela posé en principe, voyons l'application en pratique.

Serez-vous toujours assez heureux pour pouvoir, à propos d'un symptôme qui se présente à votre examen, reconstituer toute la maladie, et diagnostiquer la vérole par l'ensemble de ses manifestations? Toujours'? Non certes. Mais souvent, très souvent? Oui, sans aucun doute, oui.

Chez Yhomme, d'abord, dans la plupart des cas vous arriverez à remonter la série morbide. Dans la plupart des cas, ai-je dit; précisons davantage. Dix-huit ou dix-neuf fois sur vingt, en moyenne, vous pourrez facilement, par un examen minutieux et par les données anamnestiques, reconnaître après coup les diverses étapes de la maladie et instituer le diagnostic de la syphilis sur les bases que je viens de vous signaler comme les plus sûres. L'homme, en effet, pour toutes sortes de raisons, renseigne mille fois mieux le médecin sur ses antécédents spécifiques que ne le fait jamais la femme. D'abord il n'a, sauf exceptions rares, aucun intérêt à dissimulation, à réticences. Puis il peut mieux et il sait mieux s'observer que la femme. Plus qu'elle encore il est au fait de la'ivérole, de ses accidents, de ses dangers; plus qu'elle il la redoute, et cherche à s'en protéger. Aussi le cas usuel est-il celui-ci, dans le sexe masculin : consultés par un malade sur une manifestation syphilitique secondaire ou tertiaire, vous apprendrez

immédiatement de lui que d'autres accidents ont précédé le symptôme actuel. « A telle époque, vous dira le malade, j'ai eu ceci, puis cela, puis cela encore, et à telle autre époque, antérieurement, j'ai été affecté d'un chancre, etc. )^ — Aidé de tels renseignements, le diagnostic de la vérole devient en général (je ne dis pas toujours , tant s'en faut) assez facile et assez sûr chez l'homme.

Chez la femme, les choses se présentent tout différemment, et les difficultés sont bien autres, je dois vous en prévenir.

Ne parlons pas ici, bien entendu, des cas où les malades arrivent vers le médecin toutes couvertes d'accidents, affectées de symptômes multiples qui se servent de répondants réciproques. Ces cas sont tellement évidents, tellement faciles, qu'ils s'imposent aux moins experts et ne sauraient éveiller de doutes. N'ayons en vue que l'ordre de faits réellement susceptibles de donner lieu à quelque embarras diagnostique, ceux, par exemple, où les malades se présentent avec un accident isolé ou avec quelques accidents d'aspect peu significatif. Eh bien, en pareille occurrence. Messieurs, attendez-vous, chez la femme, à des difficultés que bien plus rarement vous rencontrerez chez l'homme. Et pourquoi? Le voici.

D'abord, la femme vous éclairera bien moins que l'homme sur ses antécédents, et cela même sans mauvais vouloir, sans arrièrepensée de dissimulation. C'est qu'en effet elle est bien plus ignorante que l'homme de la pathologie vénérienne et bien moins attentive à la vérole, si je puis ainsi parler. Elle est moins bien renseignée que lui, soit parles conversations, soit parles lectures, sur les symptômes et les conséquences de la maladie; elle s'inquiète moins que lui de la vérole, elle l'observe moins, elle s'en traite moins. Et la preuve, c'est que la syphilophobie, cette variété de vésanie si fréquente chez l'homme, ne s'observe jamais ou presque jamais dans le sexe féminin. — De plus, la femme n'a pas les mêmes facilités que nous pour s'examiner; certaines lésions génitales peuvent passer inaperçues chez elle. — D'autre part, les phénomènes syphilitiques dont elle est affectée le plus souvent (tels, par exemple, que les troubles nerveux) sont de nature, pour un certain nombre au moins, à être confondus avec des accidents vul-

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