‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 230 sur 252 · SES DIFFICULTÉS SPÉCIALES CHEZ LA FEMME · texte numérisé non relu

SES DIFFICULTÉS SPÉCIALES CHEZ LA FEMME

gaires, non spécifiques, c'est-à-dire à être méconnus quant à leur véritable essence. — Parlerons-nous enfin du côté moral? Que de raisons, qui n'existent pas pour l'homme, engagent souvent la femme à dissimuler des antécédents vénériens ! Ces raisons, que nous ne comprenons ou n'apprécions guère, sont tellement puissantes, paraît-il, que certaines malades, de parti pris et avec un entêtement inexplicable, refusent souvent à leur médecin les renseignements qui peuvent l'éclairer. Sciemment elles induisent leur médecin en erreur, alors même que leur santé est en jeu. Elles mentent de la sorte à leurs dépens, en toute connaissance de cause, contrairement à tout ce qu'on pourrait croire, et cela parfois sans l'ombre d'un mobile sérieux. Je pourrais à ce sujet vous raconter les histoires les plus invraisemblables, les plus extraordinaires. Il faudrait véritablement la pénétration d'un Balzac pour analyser ce travers singulier du caractère féminin.

Somme toute, ne vous attendez pas, Messieurs, à ce qu'une femme, venant solliciter vos conseils sur un accident syphilitique, vous dise ce que vous dirait un homme : « Docteur, j'ai eu la syphilis; à telle époque, j'ai été affectée d'un chancre; à telle autre j'ai éprouvé tels ou tels symptômes, comme conséquences de ma maladie, etc.. » Tenez-vous pour heureux si, une fois sur vingt cas, vous obtenez d'une de vos clientes une semblable confession spontanée, et sachez bien ceci pour votre gouverne : Sauf exceptions rares, une femme n'avoue jamais la vérole, même à son médecin; elle la lui laisse deviner, si elle croit avoir intérêt à ce qu'il soit éclairé sur ce point; au cas contraire, elle la lui cache. Telle est la règle, tel est au moins le cas le plus commun. Aussi le plus souvent, pour arriver à connaître des antécédents qu'il a besoin de connaître, le médecin doit-il s'astreindre vis-à-vis de ses clientes à un interrogatoire minutieux, patient, savamment combiné, de façon à découvrir la maladie sans la nommer et sans paraître la chercher. L'habileté et la diplomatie ne sont pas inutiles en pareil cas. Plus d'une fois même le médecin, se heurtant à des dénégations obstinées, aura à décider par devers lui s'il ne doit pas passer outre et formuler quand même son diagnostic, avec le traitement qui en dérive, sans tenir compte d'allégations évidemment erronées ou mensongères.

Et je n'exagère rien, croyez-le. Cinquante fois par année, pour le moins, il nous arrive de recevoir ici des malades qui, affectées d'accidents syphilitiques secondaires ou tertiaires, nous disent Œ n'avoir jamais rien eu » au préalable. Ces femmes mentent-elles ? Quelquefois oui*. Mais le mensonge n'est pas le fait le plus commun, je crois, en pareil cas. Plus souvent, ces femmes pèchent par ignorance. Ou bien elles répondent sans trop comprendre ce qu'on leur demande, ou bien elles ont eu la vérole sans se rendre compte au juste de ce qu'elles avaient, sans le savoir même, ce qui n'est pas impossible, comme nous le verrons dans un instant.

Mais entrons dans les détails, car pas une question ne touche de plus près à la pratique que celle-ci; pas une n'intéresse plus directement le diagnostic.

Premier point. — Quand vous interrogerez une femme sur des antécédents syphilitiques, ne soyez pas, Messieurs, trop exigeants à Végard du chancre. De tous les comniémoratifs, en effet, c'est celui-ci qui, chez la femme, fait le plus habituellement défaut. Vous ne trouverez pas une malade sur cinquante, sur cent peut-être, qui vous accusera « le chancre » comme exorde de son mal. De cela vous savez le pourquoi. Inutile de vous répéter encore ici que le chancre est un accident bénin par essence qui, pour toutes sortes de raisons, passe souvent inaperçu, ou plus souvent encore reste méconnu quant à sa nature. Inutile de vous rappeler aussi que, pour la plupart des femmes, le terme de chancre comporte quelque chose d'effrayant, quelque chose d'analogue au cancer, à « l'ulcère » , etc. Elles se garderaient bien en conséquence de dénommer ainsi l'inoffensif bouton qui a servi de prélude à leur maladie. Pour toute femme l'accident initial de la syphilis est et n'est jamais rien autre qu'un simple « bouton ».

Conséquemment, Messieurs, vous ne retrouverez « le chancre »

1. Exemple : une de nos malades acluelles, enLianL ici il y a une huitaine de jours pour uneexostose tibiale, nous déclarait de la façon la plus positive et la plus véridiquc en apparence n'avoir «jamais eu de mauvais mal ». Reconnue par une de nos infirmières, il se trouva, renseignements pris à des sources authentiques, que cette malade si innocente était entrée déjà sept fois à Lourcine pour des accidents de vérole confirmée ! ! !

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