SES DIFFICULTÉS SPÉCIALES CHEZ LA FEMME
dans les commémoralifs féminins que d'une façon excessivement rare, absolument exceptionnelle.
Autre point. — Moins instruite que l'homme en fait de syphilis, comme je vous le disais à l'instant, la femme ne vous donnera jamais sur l'ensemble et sur l'évolution de sa maladie que des renseignements très incomplets, tronqués, diffus, désordonnés, obscurs, incohérents, etc. Vous aurez cent fois plus de mal chez une femme que chez un homme à reconstituer l'ensemble morbide qui constitue la syphilis. Cela est un fait dont témoigne ici l'observation de chaque jour.
Troisième point. — Ce qu'il ne faut jamais perdre de vue pour le diagnostic spécial que nous étudions en ce moment, c'est que la syphilis est susceptible de deux ordres de jihénomènes absolument distincts, à savoir : de phénomènes joropm et dephénomènes comm ims. J'appelle phénomènes propres ceux que la syphilis seule est capable de produire, tels que chancre induré, syphilides cutanées ou muqueuses, gommes, etc. J'entends par phénomènes communs ceux qui résultent indifféremment soit de la syphilis, soit de telle ou telle autre cause morbifique. De ce nombre, par exemple, sont : la céphalalgie, les douleurs rhumatoïdes, les névralgies, l'iritis, la fièvre, les paralysies, les palpitations, le tremblement, les troubles des règles, l'avortement, etc., etc. Or, si les accidents du premier groupe ne peuvent guère donner le change sur leur origine etleur nature, ceux du second tout au contraire offrent des difficultés diagnostiques bien plus sérieuses. Reconnaître ceux-ci comme symptômes n'est qu'une partie insignifiante de la tâcheà remplir. Reste à rattacher ces accidents communs à leur cause; reste à en déterminer le caractère, l'essence, à les diagnostiquer en un mol spécifiques on vulgaires. Cette seconde partie du diagnostic est à coup sûr la plus importante, ou, pour mieux dire, c'est là le vrai, le seul diagnostic à instituer, car de la nature du symptôme dérivent les indications Ihérapeutiques auxquelles il convient de satisfaire.
Tenez-vous en méfiance, Messieurs, vis-à-vis des manifestations communes de la syphilis. Ce sont elles qui sont les plus insidieuses et les plus faciles à méconnaître. Elles sont, par excellence, matière
à surprises et à erreurs dans la pratique. Et ces erreurs, contre lesquelles j'ai à cœur de vous prémunir, comment se commettentelles le plus souvent? De deux façons que voici : ou bien, connaissant les antécédents spécifiques dumalade,onn'en tientpascompte, et l'on passe outre pour aller à la recherche d'une cause étrangère; — ou bien, ce qui est plus fréquent, on ne se préoccupe pas assez des antécédents spécifiques du malade, et l'on accepte trop facilement comme explication du symptôme actuel telle ou telle étiologie banale. C'est ainsi, par exemple, que quantité de douleurs et surtout de névralgies syphilitiques sont journellement prises pour des névralgies communes, pour des douleurs rhumatismales, « nerveuses », accidentelles, etc. ; — c'est ainsi que la céphalée est souvent taxée de « migraine rebelle » ; — c'est ainsi que la fièvre syphilitique est le plus habituellement confondue avec des accidents fébriles vulgaires; — c'est ainsi de même que l'analgésie, le tremblement, l'ictère d'origine syphilitique, etc., n'ont été rapportés que récemment à leur cause réelle; — c'est ainsi que la spécificité de la choroïditeet des autres ophthalmies profondes reste fréquemment ignorée; — c'est ainsi que l'avortement déterminé par la syphilis est imputé presque invariablement à des raisons banales, illusoires, etc., etc. Et de même pour une foule d'autres accidents de même genre que je pourrais vous citer.
C'est que la syphilis, en effet, — je ne saurais trop insister sur ce point, — a toutes chances pour passer inaperçue, alors qu'elle s'accuse seulement par une lésion commune, par un trouble fonctionnel commun. En pareil cas on ne songe pas assez à elle; on l'oublie; on ne s'en préoccupe même pas. Et qu'arrive-t-il alors ? C'est que la raison étiologique, la nature vraie de cette lésion ou de ce trouble échappe au médecin. A qui la faute? Au médecin d'abord, assurément, qui n'apporte pas toujours une méthode et une rigueur suffisantes à la recherche des antécédents, à l'étiologie des symptômes. Aux malades ensuite, qui, dans bon nombre de cas, se faisant juges eux-mêmes de la question, croient superflu d'accuser leurs antécédents spécifiques ou les dissimulent au besoin.
Tel est. Messieurs, l'écueil de bien des diagnostics en syphilis, ne l'oubliez pas.