‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 33 sur 252 · ÉVOLUTION TERMINALE · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION TERMINALE

Ce fond s'élève, devient en général quelque peu proéminent et comme légèrement papuleux.

Bientôt les bords de^la lésion sont envahis par une fine cicatrice, qui constitue d'abord à la circonférence du chancre une sorte de collerette grisâtre. Cette cicatrice s'étend de jour en jour en suivant une marche centripète, à mesure que l'érosion se rétrécit d'autant; finalement, elle se complète, et cela d'une façon toujours assez rapide, très rapide même dans la plupart des cas.

En même temps que se produit le travail de cicatrisation, l'induration chancreuse subit en général une régression parallèle. Elle se réduit comme volume et s'assouplit comme consistance. Elle tend évidemment à se résorber. Peu à peu en effet elle semble fondre sur place, ne donnant plus aux doigts que la sensation d'un noyau pâteux; puis elle finit par s'effacer et disparaître complètement.

Il s'en faut toutefois que le retrait, la résorption de l'induration chancreuse marche d'un pas égal à celui du processus cicatriciel. Généralement, le chancre se cicatrise en laissant après lui ce qu'on appelle une induration persistante, laquelle lui survit un certain temps. — Un exemple entre mille. Voici une femme qui est entrée ici il y a quelques semaines pour un chancre induré du sein; ce chancre s'est fermé il y a une douzaine de jours. ,0r, explorez la cicatrice, vous la trouverez encore sous-tendue par une lamelle parcheminée très résistante, élastique, d'une dureté cartilagineuse. 11 est probable, il est môme certain, que cette induration ne disparaîtra pas avant plusieurs semaines.

La survie de l'induration, à la suite de la cicatrisation du chancre, est très variable comme durée. Tantôt elle ne dépasse pas quelques jours ; souvent, le plus souvent, elle atteint 2, 3, 4, 5 semaines; quelquefois elle se prolonge plusieurs mois. — Naturellement elle est proportionnelle au développement acquis par le néoplasme qui constitue l'induration. C'est ainsi que les indurations volumineuses, les gros calus chancreux sont généralement longs à se résoudre, tandis que les indurations minces, lamelleuses, parcheminées ou foliacées, se dissipent d'une façon infiniment plus rapide. Ces dernières en particufier n'ont souvent qu'une

durée éphémère, et peuvent même s'elTacor (cela, il est vrai, n'est qu'une exception rare) avant que la cicatrisation du chancre se soit accomplie.

Toutes choses égales d'ailleurs, la survie de l'induration à la suite de la cicatrisation du chancre est généralement moindre chez la femme que chez l'homme. Est-ce là le résultat d'une influence sexuelle? Je ne saurais le dire. Cela toutefois me paraît être plutôt la conséquence d'un fait que je vous signalerai bientôt, à savoir que chez la femme les indurations en surface, dites lamelleuscs, sont plus communes, plus habituelles que les indurations à noyau, dites hémisphériques ou profondes.

Yoilà le chancre cicatrisé. Cicatrisé, laisse-t-il après lui ^une cicatrice, un stigmate permanent, comme fait un traumatisme, comme fait une pustule de variole, une brûlure, un eclhyraa, etc.?

Eh bien, non, messieurs. Règle presque générale, le chancre sj'philitique ne laisse pas trace de son passage; quarante-cinq fois sur cinquante, d'après mes notes, il disparaît entièrement, absolument, sans cicatrice, sans macule consécutive. Une tache rougeâtre lui succède naturellement dans les premiers temps qui suivent le travail cicatriciel; mais au delà cette tache s'atténue, s'efface et disparaît complètement. Elle disparaît même d'une façon si complète et si rapide en bien des cas qu'un mois, voire une quinzaine après la cicatrisation, il est impossible de retrouver l'emplacement occupé par le chancre. — Un exemple : la malade que je vous présente en ce moment a eu un chancre à la vulve il y a quelques semaines, et ce chancre est fermé depuis une vingtaine de jours; dites aujourd'hui où il a siégé; je défie ceux d'entre vous qui ont les meilleurs yeux de trouver le moindre stigmate de la lésion.

C'est qu'en effet, messieurs, ainsi que je l'ai déjà signalé plusieurs fois, le chancre de la femme — et je puis dire le chancre syphilitique en général — n'est le plus habituellement qu'une érosion, une érosion qui intéresse à peine les couches les plus superficielles du derme et leur permet de se réparer intégralemciK , sans déperdition de substance, partant sans cicatrice. C'est qu'eu effet, alors même qu'il est ou semble être ulcéreux, l'entamure

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