‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 46 sur 252 · Leçons sur le chancre, 2'' ûilit.; Paris · texte numérisé non relu

Leçons sur le chancre, 2'' ûilit.; Paris

soil une hypertrophie générale du col avec dureté, soit une induration partielle de cet organe.

Cela posé, suivons le chancre dans son évolution ultérieure. Ici va se présenter une particularité des plus curieuses, des plus intéressantes cliniquement, et sur laquelle — chose assez rare en syphiliographie — sont tombés d'accord tous les observateurs qui ont étudié cette lésion.

Je ne saurais certes vous dire ce que dure le chancre utérin, et cela pour la bonne raison qu'il ne m'a jamais été donné d'assister à sa naissance, de le suivre dans toute son évolution. Mais ce que je puis vous affirmer et ce que je dois signaler à votre attention, c'est que ce chancre, même spo7itanémenl, se modifie, se répare et se cicatrise avec une rapidité extraordinaire. Il se modifie parfois d'un jour à l'autre au point de n'être plus reconnaissable. Vous le découvrez aujourd'hui, je suppose, avec l'ensemble des caractères que je, viens de tracer, avec son enduit pseudo-membraneux, avec son aspect de papule couenneuse, avec sa teinte gris lardacé, etc. Quelques jours plus tard vous venez à le rechercher ; c'en est fait, changement à vue; tous les attributs précédents se sont effacés : plus de couenne, plus de papule, plus de coloration lardacée; le chancre, en tant que caractères objectifs, a disparu, et ce que vous trouvez à sa place, c'est une érosion, une érosion rougeâtre, superficielle, n'offrant plus aucun signe distinctif, absolument simple et innocente d'aspect, absolument identique avec les érosions les plus communes et les plus vulgaires. Si bien qu'à ce second examen il vous serait impossible (impossible, je maintiens le mot) de croire que, il y a quelques jours seulement, un chancre a existé là ; si bien que tout autre observateur, voyaut cette érosion pour la première fois, la prendrait pour la lésion la plus inoffensive du monde, la moins spécifique, la moins contagieuse, la moins chancreuse, etc. Et je n'exagère rien, croyez-le. La plupart de nos observations témoignent de cette brusque ou rajnde transformation spontanée du chancre utérin. Cinq fois elle s'est opérée sous nos yeux, de la façon la plus inattendue, dans un laps de temps variable de huit à deux jours. Nos notes d'hôpital attestent ce fait avec une naïveté signifiralive ; permettez-moi de

VOUS on citer une au hasard : « Aujourd'hui, 4 avril, nous ne trouvons plus trace du chancre, qui cependant, il y a quatre jours, était encore gris, lardacé et couenneux; nous ne voyons plus qu'une plaie simple, plate, rougo, sans enduit ; nous verrions celle plaie pour la première fois qu'elle ne nous paraîlraU pas suspecle; nous la prendrions pour une érosion catarrliale ou inflammatoire du col, etc . »

Eh bien, ce fait. Messieurs, n'est pas seulement remarquable comme détail de syraptomatologie ; il est très intéressant et très important à deux autres points de vue, au point de vue doctrinal et au point de vue pratique. Comment? Vous allez me comprendre.

Supposez qu'au lieu d'arriver à temps pour surprendre le chancre utérin avec l'ensemble des caractères qui peuvent le faire reconnaître, vous ne l'observiez qu'à l'époque où il est modifié, où il a perdu ses caractères distinctifs. Que trouverez-vous alors sur le col ? Une plaie qui vous semblera simple, qui ne vous inspirera aucun soupçon, aucune crainte. Donc, première conséquence ; ne jugeant pas cette plaie syphilitique, la croyant inoffensive, comme elle le paraît d'aspect, vous pourrez ne pas interdire les rapports, et vous permettrez ainsi à la malade de transmettre une contagion redoutable. Voilà pour la pratique, et je vous laisse juges de la gravité du fait. — Venons à la doctrine. A l'époque où paraîtront les manifestations secondaires, quelle filiation donnerez-vous à la maladie? Quelle origine lui assignerez-vous, son accident initial étant resté méconnu ? L'occasion sera belle ici pour faire intervenir la syphilis d'emblée. Et, en effet, croyez-moi, Messieurs, le chancre utérin, ignoré ou mécoiinu, a défrayé plus d'une fois la fausse doctrine de la vérole d'emblée, de la vérole faisant soi-disant son exorde par des manifestations générales.

Mais laissons cela et poursuivons notre sujet. — Une fois modifié d'aspect, le chancre du col n'est plus, comme vous venez de le voir, qu'une érosion sans caractères, qu'une plaie simple^ d'apparence tout au moins. Arrivéàcette période, il se répare en général assez rapidement, puisse cicatrise. Parfois cependant je l'ai vu rester stationnaire, sous forme d'érosion rougeâtre, pendant un

certain temps. — La cicati isaliori faite, reste une rougeur locale, qui bientôt disparaît, et tout est fini. Tout est fini, car la lésion ne laisse après elle ni cicatrice, ni stigmate. Dans tous les casque j'ai observés, la muqueuse du col est restée intacte à la suite du chancre. Une seule fois j'ai constaté sur elle une très légère dépression blanchâtre, inodulaire d'aspect. Ce stigmate a-t-il été persistant? Je l'ignore, la malade ayant quitté prématurément nos salles.

Conséquence naturelle de ce qui précède : si telle est la tendance du chancre utérin à se modifier et à se réparer spontanément, il est peu de chose à faire pour en obtenir la guérison. En effet. Messieurs, ce chancre guérit seul, et on peut l'abandonner à son évolution propre. C'est ce que nous avons fait en certains cas, nous bornant à prescrire quelques injections, quelques soins de propreté, et tout a marché le mieux du monde. La thérapeutique est donc ici et doit être des plus simples, puisqu'a la rigueur l'expectation et l'hygiène suffisent amplement. Par excès de prudence cependant, nous avons coutume de panser le col avec une poudre isolante (telle que le tan, l'oxyde de zinc, le sous-nitrate de bismuth, etc.), poudre qu'on maintient en contact avec la plaie à l'aide d'un tampon d'ouate. Il est bon encore, si la cicatrisation paraît languir (chose assez rare), de l'activer par quelques attouchements légers au nitrate d'argent. Mais, à cela près, toute intervention plus active est vraiment superflue.

Enfin, Messieurs, pour compléter cette revue des chancres spéciaux à la femme ou plus communs chez elle que dans notre sexe, il me reste à vous parler du chancre de Vanus.

Pour celui-ci, deux variétés de siège assez distinctes, à savoir :

QAvàncYQ péri-anal, situé sur la marge de l'anus ;

Chancre intra-anal, ou chancre anal proprement dit, occupant l'orifice même de l'anus.

L Le chancre péri-anal se présente parfois avec la configuralion habituelle de l'accident primitif, c'est-à-dire sous la forme d'une lésion étalée, arrondie ou ovalaire. Remarquons simplement que dans ce cas il affecte fréquemment l'aspect d'une papule légèrement ulcéreuse. — D'autres fois, et plus souvent il offre

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