‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 51 sur 252 · SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEPTIÈME LEÇON

BIJBOIV SYmPTOniATIQIJE DV €HAX€RE

ADÉNOPATHIE PRIMITIVE.

Sommaire. — Le bubon n'est pas pour le chancre une complication; c'est un accident nécessaire, obligé, à la suite du chancre. Il fait partie intégrante du groupe de manifestations par lesquelles s'accuse l'infection syphilitique primitive. Fréquence clinique du bubon à la suite du chancre. — Statistique.

Siège. — Où se produit le bubon symptomatique du chancre? — Tableau synoptique des chancres de divers sièges et de leurs bubons correspondants. — Bubon du chancre utérin.

ÉPOQUE d'apparition HABITUELLE — Cours du second septénaire. — Forcément l'éclosion réelle du bubon doit être plus précoce, mais elle nous échappe cliniquemenl.

Symptômes. — Induction rationnelle sur l'importance et la gravité du bubon syphilitique. — Comment cette induction reçoit de la réalité clinique un démenti formel. — De toutes les adénopathics, celle du chancre infectant est ,ï coup sûr la plus bénigne. — Aussi reste-t-elle souvent ignorée, latente. — Caractéristique sommaire de cette adénopathie. — Développement moyen ou minime. — Indolence. — Caractère aphlegmasique. — Ganglions restant libres, mobiles, indépendants, distincts. — Deux autres attributs moins constants : 1° Dureté. Valeur moindre de ce signe. 2° Multiplicité des glandes affectées (bubon poiyganglionnuire). — Pléiade spécifique. — Caractères des ganglions qui composent la pléiade. — Ganglion direct ou anatomique de la pléiade. — Trois pièces anatomiques relatives au bubon symptomatique du chancre infectant. — Fait nouveau résultant de l'examen de ces trois pièces : le retentissement du chancre ne s'arrête pas au premier groupe ganglionnaire que rencontre le virus sur son passage. — Pléiades iliaques coïncidant avec les pléiades inguinales. — Importance sémiologique du bubon polyganglionnaire.

Évolution ultérieure : 1° Persistance du bubon syphilitique pendant un temps toujours assez long; 2° Résorption spontanée.

Un fait majeur résume et domine la symptomatologie de ce bubon : c'est le caractère aphlegmasique. — En dehors de complications éventuelles, le bubon du chancre syphilitique ne suppure jamais. — Statistiques à ce sujet. — Conclusion pratique : Quelle est la signification d'un bubon suppuré dans les coirimémoratifs d'un malade ? '

1^"* ADÉNOPAÏHIE PRIMITIVE.

Cas exceptionnels de suppurations ganglionnaires à la suite du chancre sypiiilitique. — Interprétation de ces faits. — Le buhon sypiiilitiquc n'est pas exempt des complications vulgaires qui peuvent retentir sur lui, non plus que des innuences diathésiques qui peuvent en modifier le caractère. — Quand ce bubon suppure, comment suppure-t-il ? — Peut-il jamais se convertir en abcès cliancreux? Variétks. — I. Différences de degré dans le volume du bubon.— Petits bubons, gros bubons. — II. Bubon douloureux, enllammé. — Résorption possible du bubon syphilitique devenu fluctuant. — III. Le bubon syphilitique n'est pas toujours polyganglionnaire. — IV. Bubnn polyganglionnaire à ganglions cohérents, agglomérés. — V. Dégénérescence strumeuse. — Bubon sypbilo-strumeux, ccrouellc syphilitique inguinale, etc..

Lymphangites symptomatiques du chancre infectant.

Traitiîment — Médications diverses proposées contre le bubon syphilitique. — Leurs succès infaillibles. — Résultats non moins favorables fournis par l'expeclation et l'hygiène. — Traitement des complications. Parallèle du bubon d'un sexe à l'autre.

Résumé. — Tout l'intérêt du bubon est dans les indications sémiologiques qu'il fournit. — Chez la femme surtout le bubon sert plus utilement le diagnostic que le chancre lui-même. — Du bubon comme témoin posthume du chancre. — Comment le bubon met fréquemment sur la voie de chancres méconnus, ignorés ou dissimulés.

Messieur.s,

Vous avez remarqué sans doute qu'en vous parlant, dans notre dernière réunion, des complications du chancre, je n'avais pas prononcé le nom du bubon. C'est qu'en effet le bubon — dont je me propose de vous entretenir aujourd'hui — n'est pas, à proprement parler, une complication du chancre. Il n'a rien d'éventuel dans sa production; son développement n'est pas livré au hasard. Loin de là; c'est au contraire un accident qui accompagne le chancre d'une façon nécessaire, qui fait partie intégrante et obligée de l'infection syphilitique primitive.

Le bubon constitue avec le chancre l'ensemble des accidents qui trahissent l'introduction du virus syphilitique dans l'organisme. C'est une manifestation fatale, comme l'a dit M. Ricord, A la suite du chancre. « Le bubon suit le chancre comme l'ombre suit le corps. »

Sur ce premier point — l'association du bubon au chancre comme symptôme intégrant de l'infection syphilitique primitive —

la science n'est plus à faire; elle est faite et fixée par de nombreux travaux. De l'aveu général, le bubon se produit à la suite du chancre d'une façon pour ainsi dire constante, et les cas dans lesquels il fait défaut sont infiniment rares, absolument exceptionnels. Jugez-en au surplus par les chiffres suivants :

Sur 265 malades {hommes)' affectés de chancres syphilitiques, 200 fois j'ai rencontré le bubon. Et, sur les cinq cas où il a échappé à mon observation, deux fois les malades offraient un embonpoint tel, qu'il était impossible aux doigts d'arriver Jusque sur les gan-

I. Voici le détail de ce relevé, fait sur 265 observations très soigneusement étudiées à ce point de vue spécial :

« Sur 265 cas de chancres indurés, suivis d'accidents non douteux de syphilis constitutionnelle, j'ai constaté :

229 fois l'adcnopathie classique que nous allons décrire, très nettement formulée ;

15 fois des adénopalhies médiocrement accusées, non douteuses, mais peu significatives au point de vue sémiologique ;

5 fois des adénopathies de développement moindre et sans valeur sémiologique véritable;

9 fois des adénopathies à dégénérescence strumeuse;

2 fois des bubons suppurés à la suite de phénomènes inflammatoires et de dégénérescence strumeuse.

Cinq fois seulement, sur 26.5 cas, le bubon lit défaut ou ne put être constaté. — Or, ces 5 cas sont curieux à analyser :

i° Dans run, le malade était affecté d'un chancre phagédénique de la verge, horrible, monstrueux; il ne présentait aucun développement ganglionnaire dans les régions inguinales. (C'est un fait d'observation que le chancre infectant phagédénique n'exerce parfois aucun retentissement sur les ganglions. M. Ricord a fait cette remarque, qui m'a frappé également plusieurs fois.)

2° Dans deux autres cas, les malades offraient un enibonpoint tel qu'il était fort difficile, pour ne pas dire impossible, d'explorer l'état des ganglions. Peut-être l'adénopathie s'était-elle développée et n'était-elle que masquée par la surabondance du tissu adipeux; en tout cas, elle ne put être constatée.

3° Le quatrième f lit est relatif à un jeune homme qui présentait sur la rainure glando-préputiale un chancre d'étendue moyenne, reposant sur un énorme noyau d'induration cartilagineuse. Je ne pus saisir dans les aines le moindre développement ganglionnaire.

4° Dans le dernier cas, au contraire, le début de l'infection se fit par deS érosions herpétiformes aussi limitées et aussi superficielles que possible, offrant à-peine à leur base un très léger degré de rénitence. Ces érosions, que je pris tout d'abord pour des herpès, ne s'accompagnaient d'aucun engorgement des ganglions; elles n'en devinrent pas moins l'origine d'une syphilis des mieux caractérisées.

Au total donc, sur 265 cas, j'ai rencontré 260 fois l'adénopathie. Cinq fois elle ne put être constatée, mais trois fois setilement elle fit défaut d'une façon certaine.

Cette proportion est assez significative pour n'avoir pas besoin de commentaires. II est peu de symptômes donnés en pathologie comme constants qui présentent un pareil degré de fréquence. »

{Nouveau Diclion. de médec. et de chirur. prniiques, article UrnoN, t. V, p. 774.)

156 ADÉNOPATIIIE PRIMITIVE.

glions. Dcdiiisant ces deux cas qui ne sauraient entrer en ligne de compte, il ne reste que trois cas sur 265 où le bubon ail fait défaut. Trois cas sur 2G5! Autant dire jamais, ou bien peu s'en faut.

En est-il de môme cbcz la femme? Oui. Deux de mes élèves, dans ces derniers jours, ont bien voulu dépouiller à ce sujet les observations recueillies dans mon service depuis six années, et ils sont arrivés aux résultats suivants :

Sur 223 cas de chancres syphilitiques (observés chez la femme), 220 fois le bubon a été constaté coïncidomment avec le chancre. — Trois fois seulement il a fait défaut.

De tels chiffres sont significatifs par eux-mêmes et ne réclament pas de commentaires. Il est peu de symptômes donnés en pathologie comme constants qui présentent un égal degré de fréquence.

On peut donc accepter comme démontrée cette proposition de mon ancien maître : Le bubon est le compagnon fidèle du chancre. Pas de chancre syphilit ique sans bubon .

Siège. — Où se produit le bubon symptomatique du chancre?

Réponse précise : là où se rendent les lymphatiques delà région affectée; dans les ganglions qui sont les aboutissants anatomiques de la partie où réside le chancre.

Et là seulement, rien que là, jamais ailleurs.

Ainsi, le chancre siège-t-il aux parties génitales, ce sont les ganglions de l'aine qui sont affectés ; et, coïncidemment, ceux de toute autre région, les glandes sous-maxillaires, par exemple, restent absolument indemnes; — le chancre affecte-t-il la bouche, ce sont les glandes sous-maxillaires qui se prennent ; et, coïncidemment, tous les autres ganglions, ceux de l'aine par exemple, restent intacts et indifférents.

Il est très important, au point de vue clinique et pratique, de préciser d'une façon exacte, anatomique, le siège du bubon par rapport aux différentes localisations que peut affecter le chancre. Le tableau suivant vous renseignera à ce propos :

Siège du chancre :

Chancres génitaux (c'cst-ù-dire chancres lies grandes lôvres, des petites Itvres, de la fourcl.ette, du méat uriiiairc, de l'urèthre, de l'entrée du vagin, etc.)

Chancres péri-génitaux (chancres du périnée,des régions génito-crurales, du mont de Vénus, de la cuisse, des fesses, etc.).

Chancres de l'anus, de la marge de l'anus.

Chancres des lèvres, du menton . .

Chancres de la langue

Chancres des paupières

Chancres des doigts

Chancres du bras

Chancres du sein

Chancres du col utérin

GE. 157 Bubon coruespondant:

Ganglions inguinaux.

Ganglions inguinaux.

Ganglions inguinaux.

Ganglions sous-maxillaires.

Ganglions sus-hyoïdiens.

Ganglion pré-auriculaire.

Ganglion cpitrochléen. — Ganglions

axillaires.

Ganglions axillaires.

Ganglions axillaires (quelquefois ganglions sous-pectoraux).

Ganglions pelviens (théoriquement). — En général, rien dans les aines. Exceptionnellement, bubon inguinal.

Pour nous, ici, le siège précis de deux bubons est particulièrement essentiel à déterminer.

1° Le chancre du sein fait son bubon clans Vaisselle. Parfois ce-, pendant on trouve, avec ce chancre, un ou plusieurs ganglions engorgés sous le grand pectoral, un peu en avant du creux axillaire.

2° Le chancre du col utérin doit faire théoriquement son bubon dans les ganglions pelviens. Mais ce bubon pelvien n'a jamais été constaté, et cela pour une bonne raison, parce qu'il n'est pas accessible, appréciable. Deux fois cependant, particularité curieuse, j'ai trouvé, coïncidemment avec le chancre du col, une adénopathie inguinale bien accusée. Cette adénopathie était-elle explicable par ce fait qu'un chancre aurait existé à la vulve et se serait évanoui assez hâtivement pour échapper à l'examen? Je ne le crois guère, et, hypothèse pour hypothèse, je préfère celle qui expliquerait ce bubon par une anastomose entre les lymphatiques du col et ceux de la partie antérieure du vagin, lesquels, comme vous le savez, ont pour aboutissants normaux les ganglions de l'aine.

Epoque d'apparition. — Quand se manifeste le bubon symplomalique du chancre?

158 ADÉNOPATHIE PRIMITIVE.

Quelqiiofois, dans les derniers jours du premier septénaire; bien plus souvent, dans le cours dii second septénaire qui suit l'apparition du chancre.

Notez toutefois qu'en fixant cette date à l'éclosion de l'adénopathie, nous exprimons simplement ce qu'il nous est possible de constater, c'est-à-dire l'époque où la lésion ganglionnaire devient appréciable au toucher. Il est possible, il est certain même que cette lésion débute plus tôt; car, bien évidemment, elle ne saurait être appréciable dès le premier instant où elle se produit. Mais quant à fixer le terme exact, le terme vrai où les ganglions commencent à être affectés par la maladie, nous ne saurions le faire, et pour cause, n'ayant sur ce point aucun renseignement nécroscopiquc.

Il se peut encore que les progrès de cette adénopathie soient assez lents pour qu'elle ne devienne bien manifeste que plus ou moins tardivement. Cela se voit en certains cas, mais cela est en somme assez rare pour qu'on puisse poser comme règle que le bubon suit de très près V apparition du chancre.

Symptômes. — En quoi consiste cette adénopathie? Par quels signes se caractérise-t-elle?

Raisonnant à priori, on serait tenté de croire que le bubon symptomatique du chancre infectant doit être une adénopathie sérieuse, importante comme volume, comme accidents, comme douleurs, comme complications possibles, etc. Car, à maladie grave correspondent rationnellement des manifestations graves. On serait tenté de croire, par exemple, que ce bubon doit être bien autrement sérieux que celui du chancre simple, affection mille fois moins redoutable que la syphilis, ou que celui d'un traumatisme, d'une brûlure, d'une inflammation légère. Or, il n'en est rien, et c'est précisément le contraire qui a lieu.

De toutes les adénopathies possibles, l'adénopathie symptomatique du chancre infectant est à coup sûr une des plus légères, une des moins importantes comme accidents, une des plus pauvres en complications; au total, une des plus bénignes, des plus inoffensives, des plus anodines, à ce point qu'elle peut passer complètement inaperçue. C'est même, en nombre de cas, un symptôme

Page 1