‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 52 sur 252 · CARACTÉRISTIQUE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

CARACTÉRISTIQUE GÉNÉRALE

latent dont les malades n'ont pas conscience. — Et si cela est vrai pour l'homme, cela est encore plus vrai pour la femme. La plupart des femmes qui entrent ici avec un bubon symptomalique, avec le bubon que nous allons décrire, ne savent môme pas qu'elles sont affectées d'un bubon ; ou, si elles le savent, elles ne s'en inquiètent guère, parce que d'une part cet accident leur paraît « peu de chose », parce que d'autre part il ne leur cause aucune douleur. C'est ce dont vous rendra compte l'exposé qui va suivre.

La caractéristique du bubon symptomatique du chancre infectant peut se formuler de la façon que voici : une intumescence ganglionnaire, minime ou moyenne comme développement, indolente et aphlegmasique, souvent dure, très habituellement polyganglionnaire, évoluant avec lenteur et se terminant par résolution spontanée.

Léoitimons les différents termes de cette définition.

\° « Ce bubon, avons-nous dit, est une intumescence ganglionnaire. » — Gela va de soi. Au voisinage du chancre, les ganglions qui lui coif espondent se présentent gonflés, augmentés de volume, hypertrophiés, tuméfiés en un mot.

2° « C'est une intumescence ganglionnaire minime ou moyenne comme développement. » — Règle presque générale, en effet, les ganglions affectés par le chancre ne sont guère que doublés ou triplés de volume. Ils offrent les dimensions d'une noisette, d'une olive, d'une demi-noix au plus, mais c'est tout. Il est rare qu'ils atteignent un développement plus considérable.

Or, à ce point de vue, constatons une différence frappante entre le bubon symptomatique du chancre et les bubons d'un autre ordre, tels par exemple que :

Vadénite simple, qui, dans l'aine, prend habituellement le volume d'une noix, voire d'un œuf ou d'un citron ;

Vadénite du chancre mou, laquelle affecte des proportions au moins égales à celles de l'adénite purement inflammatoire;

Le bubon du cawcer, souvent considérable, surtout relativement;

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Le bubon strimeux, qui constitue communément dans l'aine des tumeurs énormes occupant toute la région inguinale et même la fosse iliaque;

Le bubon de Vaclénie, susceptible de proportions colossales, etc.

Donc, par l'exiguïté seule ou les proportions moyennes de son développement, le bubon du chancre sypliilitique se différencie de nombre d'autres variétés de bubons,

3° « C'est un bubon indolent. » — Autre caractère d'une importance clinique majeure. Ce bubon se produit, se développe et se termine sans douleur. D'abord il n'est pas sensible spontanément; il ne donne lieu à aucun élancement, à aucune gêne, ni dans les mouvements, ni dans la marche. En second lieu, il n'est même pas sensible au palper, à l'exploration, à la pression.

Sous ce rapport, voyez encore. Messieurs, quelle différence sépare ce bubon, et de l'adénite simple, et de l'adénite du chancre mou, lesquelles, toutes deux, éveillent des douleurs spontanées, lesquelles, toutes deux, sont singulièrement sensibles dans la marche, dans les mouvements, au palper, etc., et pour lesquelles, en somme, la douleur constitue un élément essentiel, caractéristique, constant.

Je ne veux pas dire assurément que cette indolence soit un attribut pathognomonique de la variété d'adénopathie que nous étudions en ce moment. Il est en effet d'autres bubons indolents (exemples : celui du cancroïde, celui du cancer, celui de l'adénie, celui même de la scrofule dans sa première période). Mais ce caractère n'est pas moins précieux, précieux en l'espèce surtout, car c'est un des signes les plus importants pour le diagnostic différentiel du chancre infectant et du chancre simple. — Nous aurons, du reste, à revenir en détail sur ce point.

C'est à coup sûr cette indolence remarquable qui explique comment le bubon du chancre syphilitique passe souvent inaperçu des malades. N'étant pas senti, il reste ignoré en bon nombre de cas. De cela voulez-vous la preuve? Demandez aux femmes qui se présentent ici avec un chancre si elles ont un bubon : huit fois sur dix elles vous répondront négativement. Palpez alors les aines,

OARACTÈUE A l' Il L E G M A S 1 U U E. ICI

et VOUS trouverez infailliblement l'adénopathie, « compagne fidèle du chancre infectant ». — Donc les femmes n'ont pas notion, en général, du bubon qu'elles portent. — Est-ce assez dire s'il faut se méfier de leurs assertions et explorer les régions où l'on doit trouver l'adénopathie ?

4° « C'est un bubon aphlegmasirjue, j c'est-à-dire absolument dépourvu de phénomènes inflammatoires.

Déjoà l'indolence dont nous venons de parler témoigne de l'absence de phénomènes inflammatoires, puisque la douleur est un des signes les plus constants de l'inflammation. Mais le processus aphlegmasique de la lésion s'accuse encore par d'autres caractères négatifs que voici.

D'abord, les téguments qui recouvrent les ganglions engorgés ne présentent ni chaleur, ni rougeur. Jamais ils n'offrent, sauf complications, cette teinte rouge ou rosée qu'on observe dans l'adénite inflammatoire ou dans le bubon du chancre simple. Rien, absolument rien, extérieurement, ne trahit le bubon syphilitique.

En second lieu, la tuméfaction est strictement limitée aux glandes qui constituent le bubon. Comprenez bien ceci : Lorsqu'une glande s'enflamme, elle ne tarde pas à s'entourer d'un engorgement diffus de voisinage. Déplus, si cette glande est superficielle, la peau qui la recouvre lui adhère bientôt par l'intermédiaire du tissu cellulaire phlegmasié et semble faire corps avec elle, s'immobiliser sur elle. Et, enfin, si plusieurs glandes viennent à être affectées de la sorte simultanément, on les voit se souder ensemble et se fondre en une seule masse qu'englobe l'empâtement circonvoisin. — Or, rien de semblable ne se produit dans le bubon symptomatique du chancre infectant. D'abord, le ganglion tuméfié ne s'entoure pas d'une abnosphère d'engorgement périphérique; les tissus ambiants restent à son voisinage ce qu'ils étaient au préalable, ce qu'ils sont normalement. De plus, ce ganglion ne contracte, ni avec les parties qui l'entourent, ni avec la peau qui le recouvre, aucune adhérence morbide; il glisse librement sur ces parties, et la peau glisse librement sur lui. 11 reste donc indépendant, mobile. — Et, en troisième lieu, lorsque plusieurs glandes de la même région s'engorgent côte à côte sous l'influence

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du chancre, ces glandes, au lieu de se souder ensemble, de se réunir en un seul bloc, restent distinctes les unes des autres et composent autant de peiiles iiomeitrs isolées, qui Tigurcnt sous la peau comme les grains d'un chapelet.

Donc, en somme, le bubon syphilitique est une adcnopathie qui se développe à froid, sans le moindre signe de réaction locale.

Proportions minimes ou moyennes, indolence absolue, absence complète de tout phénomène inflammatoire, tels sont. Messieurs, les caractères les plus constants, les plus essentiels et les plus généraux du bubon qui se produit à la suite du chancre syphilitique.

Mais ce n'est pas tout. Deux autres caractères donnent encore à ce bubon une physionomie spéciale et méritent d'être soigneusement consignés ici. J'ai dû toutefois, dans cette description, les reléguer au second plan pour la double raison suivante : parce que l'un deux n'est pas toujours facilement appréciable, et parce que l'auti-e, bien que très-habituel et très-significatif, ne se produit pas également avec les adénopathies de tout siège. Ce qui va suivre vous expliquera plus clairement ma pensée.

1° Le bubon symptomatique du chancre infectant est souvent remarquable par sa dureté. Prenez entre les doigts la glande affectée, vous la trouverez en général dure, et dure à la façon de l'assise du chancre induré. Ce que vous sentirez sera, sinon toujours, du moins assez communément, une rénitence sui generis, sèche, élastique, chondroïde, rappelant tout à fait l'induration chancreuse. « On croirait, a dit M. Ricord, l'induration chancreuse transportée dans un ganglion, »

Mais il s'en faut que dans tous les cas on perçoive bien distinctement cette rénitence spéciale. De plus, alors même que le bubon syphilitique est c/iir, il ne se dislingue en somme des autres bubons durs que par une dilTérence de degré, différence qu'il n'est pas toujours facile d'apprécier sûrement. De sorte qu'en définitive ce signe n'a qu'une valeur séméiologiquc très-inférieure à celle des piécédents. On l'a beaucoup trop exalté, suivant moi.

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