CHLORO-ANÉMIE SECONDAIRE
laisser place à d'autres troubles qui faisaient défaut chez la première. C'est qu'il existe en effet de grandes variétés dans le mode d'influence que la syphilis exerce sur les divers sujets; et la chloroanémie est loin de rendre compte de tous les troubles observés.
Quelque variée toutefois que puisse être cette influence, on parvient par une analyse méthodique à dégager deux types principaux sous lesquels elle s'accuse.
D'après moi, la femme touchée par la syphilis dans son état général se présente le plus habituellement sous l'un ou l'autre des deux aspects suivants : la chloroanémie ; — VasUmiie.
Précisons.
La première forme, la chloroanémie, est celle que tout le monde admet. Beaucoup de femmes syphilitiques, à la période secondaire, deviennent manifestement chloroanémiques. Ce qu'on observe alors se résume en ces divers symptômes : décoloration de la peau et des muqueuses; — face pâle, terne, plombée, un peu jaunâtre; — faiblesse générale, alanguissement, incapacité d'accomplir sans fatigue le travail habituel; — amaigrissement léger; — palpitations, surtout dans la marche, l'exercice, l'ascension des escaliers, etc.; — tous phénomènes habituels de l'anémie, auxquels correspondent des signes stéthoscopiques plus ou moins accentués, à savoir: souffle cardiaque doux, au premier temps et à la base; souffle vasculaire, intermittent ou continu avec redoublement, offrant même parfois un timbre musical (bruit de mouche, sifflement modulé).
A ces phénomènes essentiels et primordiaux s'ajoutent encore le plus souvent, comme dans l'état chloroanémique, soit des troubles divers des fonctions digestives (appétit diminué ou capricieux, gastralgie, dyspepsie, etc.), soit des désordres multiples et variés du système nerveux: névralgies diverses, viscéralgies, susceptibilité nerveuse exagérée, étourdissements, vertiges, éblouissements, etc., etc..
Vous reconnaissez là. Messieurs, cette forme d'état général qu'on trouve partout décrite sous le nom de chloroanémie dia- Ihésique, syphiliiique.
Ce type est très commun, ici et ailleurs. Mais ce n'est pas là le
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type unique, exclusif, sous lequel se présente la femme sypliililique. 11 en est un autre, peut-être aussi fréquent,' qui, pour ne se trouver ni dénomme ni décrit nulle part, n'en est pas moins réel et cliniquement vrai. Celui-ci, je l'appelle asthénie ou langueur syphilitique.
11 diffère du premier en ce qu'avec des symptômes analogues ou môme plus accentués, il ne paraît pas résulter de cette altération particulière du sang qui constitue l'anémie. D'une façon sommaire, en effet, ce qu'on observe dans cette seconde forme d'état général consiste en une sorte de langueur et de dépression profonde de l'économie, sans le faciès, sans les signes de la cléglobulisation chloroanémique.
D'une part, Messieurs, ces malades en langueur que je vais vous décrire ne se présentent nullement — au moins dans le type pur qui nous occupe — avec l'extérieur habituel des femmes anémiques. Leur teint n'est que légèrement modifié; quelques-unes conservent même un aspect assez satisfaisant; elles « payent de mine », comme elles le disent. D'autre part, l'auscultation ne révèle sur elles aucun souffle au cœur ni dans les vaisseaux. Rien n'autorise donc, ni l'habitus extérieur, ni les signes physiques, à considérer ces femmes comme affectées d'anémie.
Et cependant elles se plaignent d'une /"a 1 6 ^esse générale, d'un accahlement singulier dont elles ne peuvent elles-mêmes s'expliquer la cause, voire quelquefois d'un anéantissement véritable. Elles ont été forcées de renoncer à leurs occupations journalières, de quitter leur travail habituel dont elles n'étaient plus capables; elles sont, disent-elles, « toujours fatiguées, même sans avoir rien fait». A l'hôpital, nous les voyons garder le lit la plus grande partie de la journée. Leur fait-on reproche d'une semblable inertie, elles répondent qu'elles n'en sont pas coupables, qu'elles se sentent les jambes brisées, les membres engourdis, courbaturés et « moulus ». Se lèvent-elles, elles ne marchent qu'avec peine, lentement, lourdement, à la façon des malades en convalescence; debout, elles éprouvent aussitôt le besoin de s'asseoir, et elles accusent le sentiment d'une défaillance prochaine dès qu'elles veulent se contraindre à faire quelque exercice. Enfin, si comme contrôle on vient à apprécier leurs forces au dynanomètre, on constate une