TROUBLES DE L'ÉTAT GÉNÉRAL
diminution considérable de leur puissance musculaire, l'instrument ne marquant plus que 25, 20, 18, 44, 10 et même 6 kilogrammes, alors que sur une femme jeune, de taille et de force moyennes, il s'élève habituellement à 30, 35 et au delà.
Ce qu'on constate donc chez ces malades, c'est une faiblesse extraordinaire, une asthénie profonde, telle qu'on n'en observe guère de plus marquée à la suite des hémorragies abondantes ou dans la convalescence des fièvres graves.
Puis à cela se joignent encore, vers les principaux appareils, des troubles morbides divers, attestant Vasthénie spéciale de chaque système en particulier, à savoir : battements du cœur faibles et sourds; — pouls sans force, dépressible; — respiration pénible, se faisant par soupirs et avec une gêne manifeste; — étouffements passagers; — fonctions digestives languissantes; inappétence ; digestions lourdes, lentes et difficiles; souvent même nausées et vomissements, comme si l'estomac n'avait plus la force de digérer; et enfin constipation, probablement par atonie de l'intestin.
Du côté du système nerveux, même état de dépression : sensibilité souvent obtuse et comme engourdie; — fatigue des yeux, obnubilations passagères; — en quelques cas, paresse de fouie; — intelligence même notablement déprimée; lecture devenue pénible; inaptitude à un travail intellectuel un peu prolongé; engourdissement, sorte de torpeur du cerveau, bref véritable asthénie cérébrale.
11 n'est pas jusqu'au grand sympathique qui ne partage aussi quelquefois cette dépression générale, et qui ne traduise sa souffrance spéciale par des phénomènes singuliers, tels que les suivants : sueurs générales, comme dans les grands états adynamiques ; sueurs locales des extrémités, rappelant ce qu'on observe dans les expériences de Cl. Bernard sur la section des rameaux sympathiques; — sensation de refroidissement général; — refroidissements partiels et algidité des extrémités, témoignant soit d'une résistance moindre aux abaissements de température, soit d'une activité moindre de calorification.
En un mot, ce qu'on observe dans ces cas, c'est à la fois un état de langueur générale et de dépression spéciale de toutes les
fonctions, état d'asthénie au moins égal à celui de la déglobulisalion portée à ses limites extrêmes ou à celui de la convalescence des maladies graves, état d'asthénie témoignant au plus haut point d'une vitalité amoindrie et déprimée.
Rappelez-vous bien, Messieurs, ce type spécial de la femme syphilitique; il est très réel, très clinique, je vouslerépète. Sivous vouliez me permettre de le caractériser d'un mot trivial qui le résumerait assez exactement, je vous dirais : c'est le type de la femme accablée, éreinlée par la syphilis, de la femme syphilitique qui est à bout de forces et qui « n'en peut plus ».
Ce type, comme vous le voyez, est très distinct cliniquement de la chloroanémie. Si j'ai réussi à vous le présenter sous son véritable aspect, tel que je le conçois et tel que je l'ai observé, vous devez être persuadés actuellement qu'il a son cachet propre, son allure particulière, son individualité pathologique; que, vaguement confondu jusqu'à ce jour avec l'anémie syphilitique, il doit en être distingué ; qu'il mérite en conséquence d'être décrit à part, sous le nom de langueur ou d'asthénie syphilitique
Est-ce à dire, maintenant, que ces deux formes d'état général, chloroanémie et asthénie, s'excluent l'une l'autre et doivent s'observer isolément? Bien loin de là. Elles s'associent au contraire le plus souvent, et se donnent la main pour constituer ce qu'on pourrait appeler la chloroasthénie syphilitique, état mixte où se trouvent combinés les symptômes propres à chacun de ces types morbides.
Les différents troubles qui constituent l'asthénie ou la chloroanémie syphilitique comportent des degrés divers.- Assez souvent ils ne sont que faiblement accentués. Ainsi, nombre de femmes ne deviennent anémiques ou asthéniques par le fait de la syphilis que d'une façon légère. D'autres fois ces accidents sont plus accusés, et ils créent alors un véritable état morbide. Quelquefois enfin, et cela n'est pas très rare, ils atteignent un haut degré d'intensité et troublent la santé d'une façon menaçante.
1. V. Loubat (J-B.), De quelques phénomènes nerveux pouvant survenir chez, la femme dans la période secondaire de la syphilis, Paris. 1877. — Lebcuf (L.), Z)e l'asthénie syphilitique, Paris, 1879.
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C'est dans ce dernier cas siirloul qu'ils peuvent donner le change et prendre le masque d'une plitisie imminente.
El, en eflet, représentez-vous bien, Messieurs, cette femme syphilitique que je viens de vous dépeindre, jeune, surpri.Ne tout à coup par des symptômes de débilitation, pâlissant, maigrissant, perdant son appétit et ses forces, s'étiolant d'une façon rapide, affectée même de temps à autre (phénomènes fréquents dans la syphilis secondaire) de sueurs nocturnes et d'accès de fièvre vcspérins. Qne soupçonneriez-vous en face d'un tel ensemble de symptômes? Quelle maladie redoutcriez-vous? La phtisie pulmonaire, bien évidemment. C'est à ce diagnostic, en effet, ou plutôt c'est à cette appréhension que tout médecin serait naturellement conduit. Bien des fois, pour notre part, dans de telles conditions, nous avons cru certaines de nos malades sur la pente de la tuberculose, surtout si quelque toux, quelque bronchite incidente venait à se mettre de la partie. Bien des fois nous avons ausculté anxieusement ces malades, cherchant dans leur poitrine l'explication de semblables phénomènes. Puis, après un certain temps, no? soupçons tombaient d'eux-mêmes, tous ces symptômes s'évanouissant; ce n'était pas la phtisie qui était en cause, c'était la syphilis seule qui avait déterminé d'une façon passagère ces troubles menaçants.
C'est qu'en effet, Messieurs, la chloroanémie et l'asthénie syphilitiques ne sont que des états temporaires. Ne croyez pas que la femme syphilitique doive s'offrir à vous sous l'un ou l'autre de ces aspects pendant toute la durée de la période secondaire. Ces troubles généraux n'ont qu'un temps. Ils durent quelques mois, une année au plus, rarement davantage; puis, sauf exception, ils disparaissent, ils s'évanouissent, spécialement si l'on intervient à temps par une médication appropriée.
Mais, pour n'être que temporaires, ces troubles de l'état général n'en sont pas moins graves, et c'est là un point sur lequel je sollicite votre attention. Comment et de quelle façon cette débilitation syphiliiique peut-elle devenir gravel Voilà ce qu'il importe au médecin de bien savoir.
D'une part, cette débilitation peut être grave, d'abord par elle-
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même. Car, en s' exagérant, elle peut aboutir à cet élat si redoutable connu sous le nom de cachexie syphilitique. Mais ce n'est là que son moindre danger, car cette cachexie est rare, exceptionnelle, même chez la femme. Vous n'en trouverez que quelques cas épars dans la science; pour ma part, je n'en ai observé que trois ou quatre depuis que je suis ici.
Mais d'autre part, cette débilitation est surtout grave ipar ses conséquences indirectes. Ce qui la rend réellement dangereuse, c'est qu'en raison des troubles fonctionnels qu'elle détermine, de la dépression qu'elle produit sur l'organisme, elle diminue la résistance de l'individu aux causes morbifiques qui peuvent l'atteindre, ouvre la porte aux susceptibilités morbides, et peut de la sorte exciter ou favoriser le développement de certaines diathèses. Je m'explique.
Supposez d'abord qu'une maladie incidente, sérieuse, surprenne les malades dans cet état de débilitation; croyez-vous que l'économie ainsi déprimée soit bien disposée pour soutenir la lutte? Le supposer seulement serait absurde.
Cet élément mystérieux qu'on appelle la malignité des maladies a certainement sa cause et ses racines, en partie du moins, dans certaines dispositions acquises de l'organisme, dans sa vitalité préalablement affaiblie, dans sa résistance moindre aux agents morbifiques. Eh bien, nul doute que la syphilis ne soit en quelques occasions une soitrce de wîtï%wîié, en raison de l'action dépressive qu'elle exerce sur l'économie. Nul doute que si, chez les- syphilitiques, certaines maladies simples deviennent graves parfois, cette gravité, cette malignité ne dérive, au moins en certains cas, de l'atteinte préalablement portée à l'économie par le poison syphilitique. Plusieurs fois déjà, pour ma part, j'ai cru remarquer d'une façon peu douteuse cette influence défavorable, je dirai même pernicieuse, de la diathèse sur l'évolution de certaines maladies intercurrentes. Ce n'est là, il est vrai'et vous le comprenez de reste, qu'un fait non susceptible d'une démonstration exacte, positive, car il est impossible de déterminer sûrement le pronostic d'une maladie quelconque dans un cas particulier ; ce n'est là qu'une impression, j'y consens; mais je crois qu'en l'espèce cette impression ne m'a pas trompé.