‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 78 sur 252 · TROUBLES GÉNÉRAUX DE LA PÉRIODE SECONDAIRE · texte numérisé non relu

TROUBLES GÉNÉRAUX DE LA PÉRIODE SECONDAIRE

elle Stimule OU éveille souvent les manifestations*; — à propos même du rhumaiisme, etc. Mais la preuve me semble laite, et il serait superflu, je pense, d'ajouter de nouveaux exemples à ceux que j'ai déjà produits.

Je me restreins donc, et je termine cet exposé en le résumant par cet aphorisme déduit d'une des plus vastes expériences médicales, aphorisme dont chaque jour j'apprécie de plus en plus la vérité clinique :

(S La vérole, nous disait mon ancien maître, M. Ricord, est un hranle-has dans l'économie, un branle-bas susceptible d'exciter tous les vices organiques, d'éveiller toutes les diathèses en puissance. Aussi la vérole devient-elle souvent le point de départ de phénomènes ou d'accidents qui, comme nature, lui sont absolument étrangers. »

C'est à ce point de vue. Messieurs, que l'état général de la syphilis est surtout intéressant à connaître pour le médecin.

Quand on formule le pronostic de cette maladie, on ne tient compte, en général, que de ses accidents propres. C'est une faute; car, à côté de ces accidents, il est d'autres dangers indirects auxquels expose la maladie. C'est une faute, car ces accidents indirects sont parfois bien plus graves que ceux qui résultent directement et spécifiquement de la dialhèse.

plosion d'affections d'autre nature ou qu'elles leur fassent place. On voit assez souvent, par exemple, un psoriasis dartreux naître ou ti)ut au moins reparaître sous l'influence d'une poussée syphilitique, etc.. »

M. Razin va uième plus loin; il croit que la sypiiilis favorise le développement des affections para.iitairen. D'après lui, « le végétal parasite croît et se multiplie avec une grande rapidité sur un terrain syphilitique ». {Leçons sur la syphilis et les suplUlides, Paris, 1866.)

1. Ce qui précède no s'applique pas moins à l'herpès. J'ai vu souvent des sujets, qui n'avaient jamais été affectés d'Iicrpès, devenir herpétiques à l'occasion de la syphilis. Je ne veux pas dire que la syphilis crée de toutes pièces cl engendre l'herpès; je crois seulement qu'elle en favorise, qu'elle en détci-ininc la manifestation.

Dans un travail des plus intéressants, M. le docteur N. Gueneau de Mussy a exprimé la même opinion. « La syphilis, dit-il, peut être la cause occasionnelle des manifestations horpéti(|ues. OllRS-ci succèdent assez souvent à la vérole; et, comme je le di-sais à l'Iiépital de Lourcine, la vérole est un fuuiicr qui favorise l'éclosion de tous les germes diathésiqiies. « (Ilerpélismc utérin, in Archives génér. de médecine, 1871, t. II.)

Les manileslàtions propres de la dialhôse, en effet, sont le plus souvent peu sérieuses; ou, sont-elles, sérieuses à un degré quelconque, nous avons un recours contre elles; nous avons des remèdes, des médications qui en viennent à bout, sinon toujours, du moins le plus habituellement; tandis que, contre les conséquences indirectes de la diathèse, telles que la scrofule ou la tuberculose, nous sommes bien moins puissants, si ce n'est parfois complètement désarmés.

La conclusion de tout ceci, Messieurs, c'est que la vérole n'est pas seulement grave comme maladie, mais aussi comme cause morbifique; et la conséquence pratique qui en dérive, c'est qu'il faut traiter la vérole non pas seulement pour elle-même, mais en prévision des dangers indirects auxquels elle expose.

rOURNlER

X"", Xr" ET XII"'' LEÇONS.

SYPHILIDES CUTAIVÉES.

SOMMAIRE. — Éruptions spécifiques de la peau ou syphilides. -- A quelle période de la diathcsese manifestent ces éruptions? — Syphilides précoces, intermédiaires, tardives.

— Hiérarchie chronologique à laquelle sont assujettis ces accidents. — Caractères dilTércnts des syphilides suivant la période à laquelle elles appartiennent.

Les syphilides forment un groupe naturel de dermatoses. — Comme tout groupe, comme toute famille pathologique, elles présentent un certain ensemble de caractères communs. — Quels sont ces caractères? — Trois principaux, majeurs : I» Éruptions apyrétiqucs, alTectant une allure froide; aphlegmasique, et une évolution lente, parfois voisine de la chronicité; — 2° Éruptions indolentes et u(4amment aprurigineuses; — 3° Éruptions toutes justiciables du mercure. — Autres caractères moins généraux, mineurs : 1° Tendance fréquente au polymorphisme; — 2° Coloration spéciale (teinte jambon, teinte cuivrée); — 3° Tendance à la forme cerclée, soit comme configuration de l'élément éruptif, soit comme mode de groupement des lésions éruplives.

Infinie variété de formes qu'affectent les sypiiilides. — Nécessité d'assujettir ces lormes multiples à une classification méthodique. — Obscurités et anarchie introduites dans cette étude par des classifications successives, variées, complexes et méticuleuses. — Urgence d'un retour à une méthode plus simple et plus pratique.

Classification praiigue des syphilides. — Huit groupes, dont sept peuvent être appliqués à la période secondaire.

Premier type : Type éhythémateux. — Trois espèces : 1° Roséole. — Espèce la plus commune et la plus précoce. — Caractéristique objective de l'éruption. — Distribution, confluence, etc. — Évolution, durée. — Récidives. — Roséole de retour. . Triple caractère qui la différencie en général de la roséole de première apparition.

— Diagnostic différentiel de la roséole. — 2° Roséole orliée. — Espèce très voisine de la précédente, dont la distingue une simple particularité. — 3° Roséole circinée. — Forme tardive, relativement. — Configuration toute spéciale. — Exemple rare d'une roséole annulaire à anneaux gigantesques.

Second groupe : Type papuleux. — Groupe le plus riche et le plus important. — Variétés multiples, dérivant toutes d'un élément commun, Isxpaptile. — Qu'est-ce que la papule ? — Comment les modifications ultérieures que subit cette papule arrivent à constituer des modes éruptifs très différents.

I et II. — Sijphilidepapuleuse et syphiVide papulo-squameuse. — Association habituelle de ces deux formes éruptivcs. — Sous-espèces : l°Syphilide à petites papules ou pa-

SYPIIILIDES CUTANÉES.

pulo-granuleuse. — C;iractéristique.— Évolution. — Syphilide papuleusc ponctuée. 2» Sypliilidc à grandes papules (S. lentieulaireou nummulaire). — Forme très com- ,,„un,.. — Ses caraelcres. — Étendue, configuration, couleur, etc. — Confluence. — Localisations habituelles. — Évolution. — 3" Sypiiilidc papuieuse en nappe.

Quelques variétés de ces formes primordiales : Syphilido psoriasiforme (psoriasis syphilitique). — Sypiiilidc papuieuse à papules rudimenlaires. — Papules cupulifomes. — Syphilide papuieuse circinée. — Syphilide granulée des ailes du nez, du etc. — Psoriasis palmaire et plantaire. — Caractéristique, évolution de

cettç^Brnière variété. — Psoriasis lenticulaire, psoriasis en nappe. — Psoriasis •corné»- Crevasses palmaires. — llésislance particulière de cette forme de syphilide, alors tfu'clle se montre comme expression tardive do la diathèse. — Particularité de siège propre à cette syphilide; signification diagnostique qu'elle comporte. lU. Syphilide papuln-érosive (plaques muqueuses de la peau). IV. Syphilide papulo-croûteuse. — Deux éléments : une papule; — une croûte surmontant cette papule.- — En quoi cette syphilide diffère-t-elle des syphilides puslulo-crustacées, et pourquoi doit-elle en être soigneusement distinguée?

Troisième groupe : Type squameux. — Type très rare, exceptionnel, contesté môme par certains auteurs. — Syphilide pilyriasi forme.

Quatrième groupe : Type vésiculeux. — Une seule variété importante et assez •commune chez la femme : Syphilide herpétifonne. — Deux attributs caractéris- •tiques : 1° ténuité des éléments éruptifs ; — 2° Confluence excessive de ces élémçnts.

Cinquième groupe : Type pustuleux. — Syphilides pustulo-crustacées. — Formes nombreuses. — Caractères communs à toutes les formes ; 1° début par une pustule; — ïJ" croûte succédant à cette pustule; — • 3" sous cette croûte, érosion ou ulcération du derme.

Trois sous-espèces : I. Syphilide acnéiforme. — II. Syphilide iinpétigineuse. — Deux formes : 1° Impétigo superficiel, érosif; — 2° Impétigo rodens. — Gravité spéciale de cette dernièfe forme. — III. Syphilide ecthymateuse. — Deux formes : 1° Ecthyma superficiel. — Forme commune, précoce et bénigne. — Ses caractères. — Son association fréquente à d'autres types éruptifs. — Ses localisations habituelles. 2" Eclhyma profond. Forme rare, tardive et sérieuse — Ses caractères. — Pustule initiale. — Croûte étagée. — Aréole. — Ulcération. — Macule et cicatrice consécutives. — Siège. — Durée. — Tendance aux récidives. — Ecthyma phagédénique serpigineux. — Gravité de l'ecthyma profond : 1° comme lésion; — 2° comme indice pronostique au point de vue de la diathèse.

Sixième groupe : Type bulleux. — Rupia. — A un seul détail près bulle initiale) identité parfaite de celte syphilide avec l'ecthyma profond.

Septième groupe : Type maculeux. — Syphilide pigmentaire, éphéliqiie ou maculeuse. — Type presque exclusivement spécial au sexe féminin. — Localisation singulière de cette syphilide sur le cou. — Caractéristique. — Taches pigmentaires, hyperchromiques. — Apparence vitiligineuse des portions de peau enlacées par ces taches. — Deux particularités : 1» durée très longue de la lésion; — 2° résistance à tous les agents thérapeutiques. — Diagnostic différentiel.

Tr.MTEMENT. — L'art peut agir sur les syphilides. — De quelle façon? — 1° D'une façon curative ; — 2° D'une façon préventive, en supprimant ou en atténuant les manifestations cutanées. — Trouble apporté par le traitement spécifique dans l'ordonnance et l'évolution des syphilides. — C'est le mercure qui, de tous les agents thérapeutiques, exerce l'influence la plus active sur cet ordre d'accidents. — Seul, il suffit au traitement de la plupart des syphilides, notamment des syphilides précoces ou intermédiaires. — Secours efficace qu'il reçoit de l'iodure de potassium pour le traitement des syphilides tardives.

Traitement local des syphilides. — Est-il indispensable ou môme utile dans tous les cas? — Inutilité d'un traitement topique contre les syphilides d'un certain ordre.

SYPHILIDES CUTANÉES.

— Du bain de vapeur contre les sypliilides ; ses avantages et ses inconvénients. — Traitement topique du psoriasis palmaire et plantaire. — Nécessité d'une médication locale contre les sypliilides ulcéreuses. — Succès presque constants fournis par la méthode occlusive. — Effets très inégaux et très incertains d'autres agents topiques. — Que faire en certains cas rebelles où rien ne réussit? — Un beau succès de M. Ricord.

Diagnostic gknkual des svphilides. — Le diagnostic de l'espèce, du genre, de la variété d'une sypliilide n'a qu'un intérêt médiocre en pratique. — Ce qui importe seulement, ce qui est indispensable, c'est de reconnaître la nature syphilitique d'unie éruption. — Sur quelles bases doit être institué ce diagnostic? — 1" Sur les caractères objectifs delà lésion; — 2° Sur les accidents spécifiques concomitants ; — 'à" Sur la notion des antécédents. — La syphilis est un ensemble, une évolution pathologique, une série d'accidents, dont les uns peuvent et doivent servir de témoignages aux autres.

Coup d'œil d'ensemble sur les sypliilides de la période secondaire. — Inégalité et variété de ces accidents chez les différents sujets. — Des syphilis « en dehors », à accidents cutanés multiples. — Des syphilis pauvres en manifestations cutanées. — Hiérarchie chronologique des diverses sypliilides secondaires. — Trois groupes : Sypliilides précoces, syphilidcs intermédiaires, syphilides tardives. — Dérogations rares à cet ordre habituel d'évolution.

,1e VOUS disais, Messieurs, dans notre dernière réunion, que les premiers accidents par lesquels s'annonce la période secondaire consistent le plus habituellement en des lésions diverses du système cutané ou muqueux. Tout naturellement, donc, c'est par cet ordre d'accidents que nous devons inaugurer l'étude des manifestations secondaires de la vérole.

De tous les symptômes syphilitiques, ceux qui affectent la peau et" les muqueuses sont à coup sûr les plus communs. Sous une forme ou sous une autre, ils se produisent presque fatalement sur tous les malades. C'est assez dire quel intérêt nous avons à les connaître.

Les accidents que détermine la syphilis sur la peau ou sur les muqueuses portent le nom de syphilides.

Les syphilides se partagent naturellement en deux grands groupes :

1° Syphilides de la peau, ou sypliilides cutanées, ou syphilides proprement dites; 'i" Sypliilides du tégument muqueux ou syphilides muqueuses. Les syphilides cutanées nous occuperont tout d'abord.

SYPUILIDES CUTANÉES.

Les syphilides en Lances diffèrent peu d'un sexe à l'autre. A quelques nuances près et réserve faite pour une forme particulière, elles sont même presque identiques chez la femme et chez l'homme. Gela me permettra d'être assez bref sur ce genre d'accidents, puisque j'ai spécialement en vue dans ces conférences l'élude de la syphilis chez la femme.

Les syphilides se produisant à des périodes, à des âges très variés de la maladie. On peut dire même qu'elles se produisent à tout âge de la diathèse. Nous les voyons, en effet, se manifester tantôt au début même de la période secondaire, après quelques tîcmaines d'infection, tantôt dans les premiers mois ou les premières années, tantôt enfin à échéance très reculée, 5, 10, 15, 20, -30 ans après la contamination. Aussi certains auteurs, se plaçant .à un point de vue purement chronologique, ont-ils proposé de diviser ces accidents en trois groupes de la façon suivante : syphilides précoces, syphilides intermédiaires, syphilides tardives'.

N'allez pas croire toutefois que, susceptibles de se manifester :à des périodes très variées de la maladie, les syphilides se développent indidéremment à toute période sous la même forme, avec les mêmes caractères objectifs. Bien loin de là! D'une part, en •effet, elles sont très multiples et très différentes comme lésions, comme symptômes, comme physionomie. Et, d'autre part, elles sont soumises dans leur apparition, dans leur succession, à une

1. Telle est, par exemple, la classification adoptée par M. Hardy. D'après cet éminent professeur, les manifestations cutanées de la vérole pourraient être réparties en trois groupes, de la façon suivante :

« 1° Syphilides précoces, se produisant de trois semiaines (?) à huit ou dix mois après l'accident primitif;

« 2° Syphilides intermédiaires, se produisant de six mois à un ou deux ans après l'accident primitif;

(( 3° Syphilides tardives, se produisant de deux ans à dix, quinze, trente ans après. » Leçons sur la scrofule et les scrofulides, et sur la sijphdis et les syphilides. Paris, mi).

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certaine méthode, à une certaine ordonnance chronologique. Chacune a son heure, si je puis ainsi parler, dans l'évolution de la maladie; chacune vient en son temps. Telle est appelée à se produire dans les premiers mois de l'infection et n'aurait garde de se manifester plus tard; telle autre appartient déjà à un stade plus reculé de la diathèse et n'apparaît qu'à cette période, jamais plus tôt; telle autre enfin vient à l'arrière, pour ainsi dire, cl marque une phase lointaine, un âge avancé de la diathèse. De la sorte, si le hasard venait à placer devant vous trois sujets syphilitiques affectés de syphilides et ayant gagné leur maladie à des époques différentes, l'un par exemple depuis quelques semaines, l'autre il y a quinze ou vingt mois, le dernier il y a dix ou vingt ans, les accidents que vous constateriez à la peau chez ces trois sujets seraient d'aspect très dissemblahle, de physionomie très opposée. Le premier, je suppose, ne présenterait que de simples taches d'érythème, tandis que vous trouveriez sur le second des lésions croûteuses, et sur le troisième de véritables ulcères destructeurs et profonds. C'est qu'en effet. Messieurs, les lésions cutanées de la vérole sont toujours harmonisées dans leurs formes avec Vâge de la maladie.

Je puis préciser davantage, et, pour vous donner dès ce préambule une idée générale des lésions qui vont s'offrir à notre étude, je vous dirai que, dans cette évolution méthodique de la diathèse, ce sont presque invariablement les manifestations les plus superficielles et les plus légères qui coïncident avec les premiers temps de la maladie ; — que les plus profondes, au contraire, les plus redoutables, les plus graves, sont celles qui apparaissent au dernier plan; — et qu'entre celles-ci et celles-là figurent comme intermédiaires chronologiquement des lésions également intermédiaires comme forme et gravité.

Aux premiers temps de la maladie répondent les lésions bénignes, qui ne font qu'effleurer la peau; — à la période moyenne les lésions qui déjà pénètrent plus avant, sans être encore destructives ; — au stade ultime les lésions profondes, qui creusent, qui ulcèrent, qui perforent.

Il semble i-ait donc (mais ceci n'est qu'une façon de parler) que

la syphilis, à mesure qu'elle vieillit, pénètre plus avant dans la peau pour y porter des atteintes de plus en plus profondes.

A cette considération je puis même encore en adjoindre une autre, non moins importante, non moins caractéristique. La voici :

Plus la syphilis est jeune, plus elle tend à donner à ses manifestations cutanées une extension, une expansion considérable à la surface des téguments; — et plus elle est âgée, plus elle affecte inversement pour caractère de concentrer, de circonscrire ses lésions cutanées à une région limitée de l'enveloppe tégumentaire. En d'autres termes, les syphilides précoces sont remarquables par la dissémination, voire en certains cas par la généralisation de leurs éléments éruptifs sur toute la surface du corps; — et les syphilides tardives, au contraire, ont pour habitude de se concentrer, de se limiter en une région plus ou moins circonscrite des téguments,

■ Telles se présentent, envisagées au point de vue de leurs caractères les plus généraux et de leur évolution réciproque, les différentes manifestations de la syphilis sur le système cutané.

Les syphilides forment un groupe naturel de dermatoses.

Or, il en . est de ce groupe comme de ce qu'on appelle une famille en science, en botanique par exemple. C'est dire que les espèces pathologiques qui le composent présentent toutes un ensemble de caractères communs, qui non seulement les rapprochent les unes des autres en leur imprimant une certaine ressemblance réciproque, une véritable allure de parenté, mais qui de plus les différencient d'une façon non moins frappante d'autres types morbides de dermatoses d'un autre genre.

Vous exposer en détail ces caractères, et les opposer k ceux des affections cutanées non syphilitiques, serait dépasser les limites de cet enseignement et soulever des questions de dermatologie

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comparée qu'il n'entre pas dans mon programme de discuter ici. En quelques mots toutefois, avanl d'aborder la description spéciale des sypliilides je vais essayer de vous en formuler la caractéristique générale, basée sui* les seules considérations auxquelles se rattache un intérêt pratique pour le diagnostic différentiel de ces lésions.

I. — Les syphilides sont des éruptions apyrétiques, affectant une allure froide, aphlegmasïque, et une évolution lente, parfois voisine de la chronicité.

Ce seul caractère les différencie déjà de toutelaclasse des exanthèmes aigus et fébriles, des fièvres éruptives notamment, dont le propre est de se développer avec fièvre, de s'accompagner d'un cortège de phénomènes inflammatoires et d'évoluer avec rapidité, c'est-à-dire d'être à la fois fébriles, aiguës el passagères.

Il est bien vrai que quelques syphilides (celles notamment des premiers temps de la période secondaire) se développent parfois avec un certain appareil fébrile. Mais, d'une part, cela est assez rare; et, d'autre part, la fièvre qu'on observe en ces conditions n'est en rien comparable à celle des pyrexies éruptives, à celle, par exemple, qui accompagne la variole* ou la scarlatine. D'abord cette fièvre n'est pas nécessaire, fatale; elle ne fait pas partie intégrante du processus morbide; et la preuve, c'est qu'elle n'y prend place qu'exceptionnellement. Puis, au lieu d'aiîecfer avec l'érup-

^. 11 est des cas cependant où la coïncidence d'un état fébrile vivement accentué avec le développement d'une syphilide a pu donner le change et faire croire à l'invasion d'une pyrexie.

Telle est une observation que je dois à mon distingué collègue et ami le docteur Millard, observation se résumant en ceci : Un malade arVive à l'hôpital avec une fièvre assez intense et divers symptômes généraux qui font soupçonner tout d'abord l'invasion d'une fièvTe typhoide. Le surlendemain, apparition sur tout le corps de petites taches rosées, multiples, légèrement saillantes. On croit à une variole. Puis ces taches se développent el aboutisscni à constituer une splendide syphilide papuleuse, en même temps que la fièvre et les symptômes généraux se dissipent.

Ce fait est assurément des plus curieux, puisqu'il a pu conduire coup sur coup à une double erreur un médecin aussi attentif, aussi sagacc, aussi éminent que le docleur Millard.

Je pourrais citer encore d'autres cas analogues, soit empruntés à diverses sources, soit observés par moi. Mais j'ai liAtc d'ajouter que les faits de ce genre sont absolument rares. 11 faut les connaître, pour n'être pas pris au dépourvu quand on les rencontre; niais il faut aussi ne les considérer que pour ce qu'ils sont en réalité, à savoir de curieuses exceptions.

CARAC/rRRES GÉNÉRAUX. 265

lion des rapports définis et consl.ants, elle csl au contraire essenliellcment irrégiilièrc, irréguiière comme apparition, comme teneur et comme durée; tantôt préludant à l'cxantliùme, tantôt se développant avec lui, tantôt même lui succédant comme un épipliénomcne; se produisant déplus sous des formes qui n'ontriende fixe; n'observant aucune marche déterminée; ne rappelant en un mot par aucun caractère l'évolution méthodique et compassée du cycle fébrile propre aux fièvres éruptives. A tous ces titres, donc, cette fièvre se présente moins comme un symptôme lié à une éruption que comme un phénomène surajouté à un ensemble pathologique qui ne le comporte pas, comme un accident ayant son indépendance propre et évoluant pour son compte personnel, si je puis ainsi parler, sans rapport avec l'exanthème contemporain.

La fièvre d'ailleurs, je vous le répète, que l'on pourrait considérer comme symptomatique des exanthèmes de la vérole ne s'observe que dans un nombre de cas très limité, quatre ou cinq fois sur cent environ, d'après mes relevés. Elle constitue donc l'exception, tandis que le fait habituel, le fait infiniment le plus commun, c'est le développement apyrétique des syphilides.

Ecloses sans fièvre, les syphilides restent absolument apyrétiques à leur période d'état, à l'époque de leur complet épanouissement. Pendant toute leur durée elles demeurent exemptes de tout phénomène inflammatoire, de toute réaction ; et en cela elles se rapprochent des véritables dermatoses, des affections cutanées proprement dites.

Comme ces dernières, de plus, elles évoluent lentement, chroniquemenl même en certains cas. Elles peuvent ainsi subsister sans modifications plusieurs semaines, plusieurs mois, voire pour quelques-unes, alors qu'elles sont laissées sans traitement, plusieurs années. — Cette persistance, cette durée les différencie encore des pyrexies éruptives et des pseudo-exanthèmes fébriles, dont l'évolution spontanée est toujours rapide et l'existence relativement éphémère.

II. — Les syphilides sont des éruptions essentiellement indolentes et notamment aprurigineuses.

Par elles-mêmes et en dehors de toute complication, les der-

5'°° SVl'UILIDES CUTANÉES.

maloses syphilitiques n'éveillent aucune douleur, à ce point qu'en maintes occasions, alors qu'elles siègent sur des parties non découvertes, elles échappent à l'attention des malades, elles restent ignorées.

Plus spécialement encore il importe de noter qu'elles ne s'accompagnent jamais, ou presque jamais, de ce phénomène si fréquent et si essentiel en dermatologie, le prurit, la démangeaison. Elles sont, comme on dit en langage technique, aprurigiiieuses^.

Ces deux signes, le dernier surtout, distinguent les syphilides de nombre d'affections cutanées vulgaires qui s'accompagnent dans leur développement ou de douleurs ou de prurit. Ils ont donc une véritable importance séméiologique.

III. — Les syphilides sont toutes justiciables du mercure qui exerce sur elles une action curative indéniable.

Cette influence du mercure sur les lésions cutanées de la vérole n'est plus à démontrer. Dès la fin du xv' siècle elle avait frappé les premiers observateurs du mal français; et depuis lors quatre siècles d'expérience l'ont pleinement confirmée.

En 'cela encore les syphilides se distinguent des autres dermatoses, sur lesquelles l'usage interne du mercure n'exerce aucune action.

A ces trois caractères majeurs des syphilides nous devons encore en ajouter quelques autres qui, moins généraux et moins distinctifs, ne laissent pas cependant de comporter un intérêt diagnostique sérieux et d'imprimer aux éruptions véroliques une physionomie particulière. Ceux-ci (caractères mineurs, pour continuer le parallèle) peuvent être formulés de la façon suivante :

I, — Les syphilides de la période secondaire affectent une tendance marquée au polymorphisme.

1. Faisons toutefois une réserve pour certaines syphilides des parties velues, telles que le crâne, l'aisselle, la région slernalc, la face antérieure des jambes, etc. Il n'est pas rare qu'en ces points les syphilides éveillent un certain prurit, mais prurit toujours assez léger et le plus souvent peu durable. — J'ai observé de même que certains exanthèmes secondaires s'accompagnent parfois d'une ardeur légère à la peau, au moment môme de leur effloroscence, de leur éclosion. Cela toutefois est peu commun.

Enfin il est positif que certaines syphilides de forme papideuse ou licliétioïde se présentent quelquefois avec un caractère prurigineux. C'est là un fait particulier dont il faut tenir un compte sérieux pour le diagnostic.

En d'autres termes, les syphilides secondaires sont assez souvent composées d'éléments éruptifs différents. C'est ainsi qu'au milieu de taches érythémateuses constituant une roséole vous trouverez fréquemment quelques papules disséminées; — c'est ainsi qu'à côté de papules squameuses ou psoriasiformes vous observerez souvent des pustules ou des lésions croûteuses; — c'est ainsi de môme que, sur bon nombre de malades, vous constaterez une association plus complexe encore d'éléments éruptil's divers, à savoir de taches, de papules sèches, de papules humides, de squames, de vésicules, de pustulettes, de pustules, de croûtelles, de croûtes, etc.'. Ce mélange déformes éruptives multiples, de lésions anatomiques différentes, constitue ce qu'on appelle en langage dermatologique le polymorphisme.

Or, par un contraste dont le diagnostic fait un utile profit, un très grand nombre de dermatoses vulgaires (j'entends non syphilitiques) dérivent d'un élément éruptif unique. Dans un érythème simple, par exemple, vous ne trouverez que de l'éry thème et rien autre. Dans une affection squameuse, vésiculeuse ou pustuleuse, vous ne rencontrerez que des squames, des vésicules ou des pustules, sans coïncidence d'autres lésions. De même et plus encoredans les lièvres éruptives l'élément éruptif reste unique, pur de tout mélange, identique avec lui-même sur toute l'étendue des téguments.

Vous comprenez sans peine qu'en opposition avec cette unicité de formes éruptives le polymorphisme habituel des syphilides secondaires fournisse au clinicien des indications séméiologiques précieuses à consulter, et parfois même imprime aux exanthèmes de la vérole une physionomie toute spéciale, un aspect des plus caractéristiques.

N'exagérons rien toutefois et établissons cette double réserve : d'une part, les syphilides sont loin d'être toutes et toujours polymorphes ; — d'autre part, certaines dermatoses vulgaires (ne serait-

1. Il est même assez rare qu'une éruption sypliilitique non traitée reste ce qu'elle était d'abord. Au bout d'un certain temps elle se modifie, elle se transforme. Une roséole par exemple, abandonnée à elle-même, ne tarde pus à se compliquer de papules, de papules squameuses, de papules croùleuses, d'ecthyma plat, etc. — Cette remarque toutefois ne s'applique qu'aux exanthèmes précoces de la vérole, les éruptions tardives étant bien plus fidèles à leurs caractères anatomiques originels.

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ce que la gale, par exemple) présentent une tendance non moins marquée à la nmltiplicité des formes éruptives, — Le polymorphisme n'est donc pas pathognomonique de la vérole; il est seulement plus commun dans les sypliilides que dans toute autre classe de dermatoses.

II. — Les si/phUides se caractérisent assez fréquemment par une coloration d'un genre tout spécial, presque pathognomonique.

Cette coloration (dite teinte syphilitique par certains auteurs, tant elle est considérée par eux comme essentielle et spécifique) comporte deux nuances que l'on confond à tort généralement :

1° Une teinte d'un rouge sombre, d'un rouge brun, très exactement identique à celle de la coupe du maigre de jambon. Elle est connue sous le nom de teinte jambon de Fallope, parce que c'est Fallope qui le premier la signala à l'attention' ;

2" Une teinte moins foncée, d'un rouge mêlé de jaune, assez heureusement comparée par Swédiaur à la couleur du cuivre (du cuivre rouge, s'entend), et rappelant à l'œil en effet le ton de la vieille batterie de cuisine, bien polie, soigneusement entretenue. C'est la teinte dite cuivrée.

Il s'en faut de beaucoup certes que toutes les syphilides présentent la teinte jambon ou la teinte cuivrée. D'autre part, cette coloration se rencontre parfois sur des exanthèmes non spécifiques. Elle n'en est pas moins intéressante pour cela, car elle peut, en certains cas où elle s'accentue d'une façon bien nette, fournir au diagnostic une très utile donnée.

III. — Enfin, les syphilides se caractérisent encore assez fréquemment par une tendance à la forme cerclée ou à un dérivé de celte forme {demi-cercle, arc de cercle, croissant, segments de circonférence, etc.).

Cette tendance s'accuse soit dans l'élément éruptif, soit dans le mode de groupement des divers éléments éruptifs les uns par rapport aux autres. Ainsi :

1. « ... Veluti porcinœ carnis salitœ color ». (Giib. Fallopii De morbo galUco Iractatus, cap. XCII.)

CARACTÈRliS GÉNÉRAUX. 269

'1» Très IVcqiiemmonl les lésions élémentaires des syphilides oiïrent une forme arrondie, circulaire. Citons comme exemple la papule syphilitique, dont le contour figure presque invariablement une circonférence régulière, si régulière môme parfois qu'on la dirait faite au compas.

2° De même, lorsque plusieurs lésions élémentaires se produisent sur une région, elles se distribuent assez volontiers les unes par rapport aux autres de façon à figurer soit une couronne, soit plus souvent une cii'conférence incomplète, soit un arc de cercle ■plus ou moins étendu, soit encore plusieurs arcs de cercle réunis bout à bout en forme d'arcades.

Cette prédilection des syphilides pour la forme cerclée ou pour un dérivé quelconque de celle forme est à coup sûr des plus frappantes. Malheureusement, pas plus que le polymorphisme, pas plus que la coloration cuivrée, elle ne constitue un signe pathognomonique de la vérole. La configuration circulaire en elTet se rencontre dans certaines affections cutanées non spécifiques (comme le psoriasis, les érythèmes circinés, l'herpès circiné), etc.

Tels sont, Messieurs, d'une façon très abrégée et très succincte, les caractères généraux des syphilides. Abordons actuellement l'étude spéciale de ces lésions.

Les syphilides sont extraordinairement variées comme formes, et l'on peut dire sans exagération qu'on y voit figurer à peu près tous les types élémentaires des dermatoses, toutes les lésions anatomiques qui constituent les affections cutanées vulgaires. Aussi de longue date a-t-on obéi à la nécessité de diviser et de catégoriser ces éruptions multiples et disparates, de distinguer entre elles un certain nombre d'espèces, de genres, de variétés, etc., de les assujettir en un mot à une classification, à une nomenclature scientifique. Or, on n'a que trop sacrifié à ce besoin, et l'on a si bien fait, on a tellement multiplié les types, les sous-types, les ordres et les sous-ordres, elc, qu'on a chargé de difficultés et d'obscurités inextricables cette partie de la science. De plus, chaque classification nouvelle ayant imposé aux espèces qu'elle différenciait sa tci-minologic propre, il est arrivé que l'anarchie s'est

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inlroduilc jusque dans les dénominations mêmes de ces lésions. Bref, on a si bien fait que l'étude des syphilidescsl devenue, pour rélève comme pour le médecin, aussi ardue, aussi ingrate, aussi laborieuse que possible, alors que tout au contraire il n'est pas de branche de la dermatologie qui soit plus précise, mieux accessible et plus attrayante.

Trop de science, a-t-ondit, nuit parfois à la pratique; c'est le cas ici. Il serait donc bien temps d'en finir avec ce luxe inutile de classifications méticuleuses, et de présenter ce qui est simple en somme sous une l'orme simple. Sans trop de peine, je crois, on pourrait arriver à ce dernier résultat, et tel sera le but de mes efforts dans l'exposé qui va suivre.

Pour ma part, il me semble qu'au point de vue pratique les formes multiples des syphilides peuvent être spécifiées et réparties en huit groupes naturels de la façon suivante :

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