‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 86 sur 252 · Pièces no» l'Jl et · texte numérisé non relu

Pièces no» l'Jl et

PSORIASIS PALMAIRE ET PLANTAIRE. 29»

Lésion minime, direz-vous. — Oui, sans doute, lésion minime comme symptôme, mais lésion importante comme signification diagnostique. Car, d'une part, elle ne ressemble à aucune autre, et, d'autre part, elle ne se rencontre que dans la syphilis. Elle suffit donc par elle seule à attester la syphilis, elle constitue par elle seule un témoignage certain de vérole.

On l'appelle syphiUde granulée des ailes du nez.

Ce n'est pas toutefois (contrairement à ce que cette dénomination donnerait à supposer), ce n'est pas, dis-je, aux ailes du nez exclusivement que se produit cette petite lésion. On l'observe encore, mais d'une façon moins commune, au sillon raentonnier, et plus rarement au sillon auriculo-temporal.

YII. — Enfin, une dernière variété des plus communes et des plus importantes, dont il faut que je vous entretienne longuement, est celle qu'on appelle le psoriasis palmaire, le psoriasis plantaire.

En quoi consiste- t-elle?

Prenons un cas type, un cas de psoriasis palmaire (car à la main la lésion est mieux accentuée qu'au pied en général), et suivons-le dans tous les détails de son évolution.

A la paume de la main ou à la face palmaire des doigts (et là plus spécialement au niveau des plis articulaires) se manifestent tout d'abord de petites taches, rosées et plus tard rougeâtres, arrondies, du volume d'une tête d'épingle environ.

Ces taches s'élargissent peu à peu, acquièrent le diamètre d'une lentille, et deviennent très légèrement saillantes. Le toucher, plutôt que la vue, les fait reconnaître pour des papules. Sous la pression du doigt, en effet, elles offrent une certaine rénitence et donnent la sensation d'un épaississement circonscrit du derme. En certains cas même, leur rénitence est fortement accusée, au point qu'on les prendrait presque pour des grains de plomb enchâssés dans la peau.

Puis, au niveau de ces papules, l'épiderme commence à se soulever, à se détacher. Il ne se renouvelle bientôt plus que pour s'exfolier encore, de sorte que la surface de la lésion apparaît tantôt dénudée, avec une teinte d'un rouge sombre, et tantôt partiellement

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recouverte de débris épidermiques. — Au pourtour des papules dépouillées, cette cxfoliation se traduit par un liséré circonierenciel squameux, écaiileux môme parfois, résultant de la brisure de l'épiderme en ce point.

Quand la lésion a acquis son complet développement, la paume de la main et quelquefois aussi la face antérieure des doigts sont semées de papules squameuses, comparables comme étendue moyenne, soit à une lentille soit à une pièce de vingt centimes, généralement arrondies, plus ou moins rénitentes au toucher, à peine saillantes ou même absolument planes, sèches, âpres, rugueuses, et toujours bordées d'une collerette blanche d'épiderme soulevé. Gomme elles ne sont qu'incomplètement recouvertes d'écailles et de débris épidermiques, il est presque toujours possible d'apprécier la coloration propre de la lésion éruptive, coloration qui varie du rouge sombre au rouge pâle. Dans la forme la plus superficielle et la plus bénigne de l'affection, cette teinte est d'un rose grisâtre. Dans cette même forme, il n'est pas rare de voir les sillons normaux du derme s'accuser à la surface de la lésion par une série de hachures parallèles d'un blanc plâtreux.

Tels sont les caractères élémentaires et habituels qu'affecte le psoriasis palmaire syphilitique. — En quelques mots actuellement, signalons les modifications qu'il peut offrir.

1° Au lieu de se produire sous forme de papules lenticulaires isolées, la lésion s'étale parfois sur de larges surfaces et dessine sur la paume de la main des plaques irrégulières, plaques mesurant % 3 et même 4 centimètres de longueur sur une largeur également variable, et affectant volontiers une direction parallèle à celle des plis de la peau. Ces plaques sont sèches, rudes, dépouillées complètement de leur épiderme ou recouvertes par places de débris squameux, et teintées en rose sombre.

En certains cas relativement rares, la paume de la main se présente envahie sur une très grande étendue ou même presque en totalité par des plaques de ce genre.

C'est à cette variété de forme qu'on réserve le nom de psoriasis en nappe.

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2» Au lieu d'être disséminées au hasard dans la paume de la main ou sur la plante du pied, les papules.de psoriasis peuvent affecter les unes par rapport aux autres un mode de groupement méthodique. On les trouve alors disposées en arcades, en demi- «erclos, voire (mais cela est bien phis rare) constituant un cercle complet, lequel peut envahir toute la surface palmaire.

C'est là le Psoriaris circiné, qui comporte à son tour deux variétés :

l'une dans laquelle les papules restent indépendantes, ne se confondent pas ;

l'autre où les papules se réunissent, se fusionnent, de façon à constituer un ruban continu. — Il n'est pas rare que, dans cette dernière forme, le Iractus papuleux décrive une série d'arcades en s'étendant sur toute la face palmaire de la main ou toute la face plantaire du pied, qu'il déborde même parfois latéralement ^

Ce psoriasis circiné constitue une forme relativement tardive. Il ne s'observe guère que dans un âge de la diathèse bien plus avancé que celui où se produit le psoriasis à papules irrégulièrement disséminées.

3° Au toucher, les papules palmaires dites psoriasiques (et dites ainsi bien à tort, car elles n'ont avec le psoriasis vrai qu'une ressemblance très éloignée) offrent souvent une certaine rénitence, due au néoplasme intra-dermique. Cette rénitence est parfois assez accentuée pour donner à l'observateur la sensation d'une feuille de fort parchemin. En certains cas, elle s'accroît même encore jusqu'à se transformer — sans exagération — en une véritable durelé de corne. On croirait alors, en palpant la région, sentir comme un disque de corne, comme « une tête de clou » implantée dans l'épaisseur de la peau. D'où le nom de syphilide cornée imposé de vieille date à cette lésion.

La dureté singulière qui se manifeste en pareil cas résulte d'une double cause : 1" de l'infdtration de la peau par un néoplasme exubérant; 2° de la prolifération surabondante des couches épidermiques, lesquelles, s' accumulant et se stratifiant à la surface

1 . Voyez au musée de l'hôpital Saint-Louis plusieurs pièces de ce genre.

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du chorion, lui constituent une sorte de carapace très résistante.

Absolument indolente par elle-même, la sypliilide palmaire peut devenir agaçante et douloureuse sous l'inlluence de conditions qui lui sont étrangères. Parfois en effet, spécialement chez les sujets qui exercent une profession manuelle et qui ont la main calleuse, les papules ou les plaques psoriasiques se fendillent au niveau des plis de la main ou des plis articulaires des doigts. 11 se produit alors sur ces points de petites fissures qui, constamment entretenues par les mouvements, s'étendent et se creusent, se ferment et se rouvrent cent fois de suite, se bordent de stratifications épidermiques épaisses et cornées, puis finissent par dégénérer en de véritables crevasses des plus gênantes, souvent même très douloureuses, pouvant mesurer un, deux, trois, et jusqu'à quatre centimètres de longueur.

Au pied, la lésion se présente exactement sous la même forme, à quelques détails près qui sont les suivants :

Elle siège le plus habituellement à la partie moyenne de la plante du pied, quelquefois au niveau des orteils, bien plus rarement au talon.

Ses plaques restent longtemps à l'état de simples taches, qu'on aperçoit ou même qu'en certains cas on devine seulement, pour ainsi dire, à travers l'épaisseur des couches épidermiques. Elles sont beaucoup moins rouges, beaucoup plus pâles qu'à la main, d'un rose gris en général ou d'un rose légèrement jaunâtre. Il n'est pas rare que, sur le bord interne du pied, elles offrent une nuance jaunâtre assez particulière, comparable à celle du cuivre jaune.

L' exfoliation épidermique de ces plaques se fait par lambeaux plus épais qu'à la main, ce qui est tout naturel, vu l'épaisseur considérable de l'épiderme en cette région.

La lésion ne se complique que rarement à la plante du pied de ces fissures, de ces crevasses douloureuses qu'il est assez fréquent d'observer à la main; ce qui s'explique encore par une raison très simple, l'absence de mouvements d'opposition et d'abduction comparables à ceux de la surface palmaire. Ces crevasses, en revanche,

PSORIASIS PALMAIRE lîT PLANTAIRE. m

ne font presque jamais délauL lorsque l'afTeclion occupe la face inférieure des orteils.

Enfin, au niveau des orteils, le psoriasis squameux se convertit presque toujours en une lésion humide, érosive, sécrétante, ce qui est dû au contact réciproque des parties, à leur état de moiteur habituelle, aux frottements, etc.

Le psoriasis palmaire ou plantaire est une lésion assez persistante. Traité, il demande plusieurs semaines au moins pour guéi^r; non traité, il subsiste plusieurs mois, une année, ou même davantage. Sa durée d'ailleurs varie suivant sa forme ; elle est bien moindre pour les formes superficielles, qui ne font qu'effïeurer le derme, pour ainsi dire, que pour les formes profondes et cornées.

J'ai;fait encore cette remarque que je signale à votre attention : lorsque ce psoriasis se manifeste comme expression tardive d'une syphilis incomplètement traitée à son début (ce qu'on observe en nombre de cas), il est généralement bien plus rebelle que dans ses conditions normales d'apparition à une époque moyenne de la période secondaire. On le voit alors résister au traitement avec une opiniâtreté singulière, ou bien ne guérir que pour récidiver plusieurs fois de suite d'une façon parfois désespérante.

Ce psoriasis palmaire ou plantaire n'est en somme qu'une syphilicle papuleuse lenticulaire ou en nappe, avec quelques modifications de détail tenant à son siège. Ce qu'il présente de spécial, il le doit à sa localisation, laquelle est des plus curieuses. Non seulement, en effet, il ne s'observe sous cette forme qu'à la main, et au pied, mais de plus il ne se manifeste jamais que sur une région donnée du pied et de la main, à savoir :

la face palmaire de la main ;

la face platitaire du pied ;

et là seulement, exclusivement là. — Quant à la face dorsale des mêmes régions, cette forme particulière d'éruption ne s'y montre jamais. Pourquoi? Je l'ignore, et je ne saurais trouver à cela d'explication satisfaisante. Mais le fait est constant, indis-

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