‹ Leçons cliniques sur les affections chirurgicales de la vessie et de la prostate [electronic resource]Chapitre 107 sur 118 · TRENTE-TROISIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE-TROISIÈME LEÇON

DES PROSTATITES CHRONIQUES'

ciutrL'LThlrnf'"' «^h^onique. - Un cas de prostatite chronique, causes des troubles nerveux observés. - Historique de la question Des écoulemen s dus prostatiques. En distinguer le liquide def ^iandes de Cooper. Sécrétion normale de la prostate. Sécrétion pa?hoIoVque Sa consta a ion pendant a défécation, par la pression digitale de la proS2?e Caracîè attribues a 1 urine par quelques auteurs étrangers l^araclere^ Expose des symptômes fonctionnels ordinairement décrits. État de la miction de 1 éjaculation de la sensibilité régionale, des fonctions génitales! du Tystème

Pro^rt^'T^""'^"' '^"i^ Pe"^er de ces JescrStions

Prostatites chroniques sans symptômes fonctionnels et symptômes 3tip"e; sans les:ons prostatiques. Très grande importance de l4at névropZ le

Causes de la prostatue chronique. La blennorrhagie est presque la seu e Fré'quence des urethntes chroniques postérieures, souvent ignorées des malade' et pouvant donner, par suite de causes exceptionnelles variées, de la cvstite de la prostatue, de l'épididymite. e«d.c\sme

Dans le diagnostic, tenir peu de compte des symptômes fonctionnels- valeur de 1 écoulement observé dans certaines conditions; importance du toucher rectal.

Diagnostic différentiel avec la cystite, souvent concomitante comme l'uréthritc

postérieure; avec la spermatorrhée, la tuberculose. Gravité du pronostic plus en rapport avec l'état mental du malade qu'avec la

lésion prostatique.

Traitement: A, local (instillations de nitrate d'argent); B, général (de lëlal nerveux surtout).

Messieurs,

Le mot de prostatite chronique est un de ceux que vous entendrez le plus souvent prononcer par vos malades et

Leçon recueillie par M. le docteur Harimann.

LES PROSTATITES CHRONIQDES. lUJl

même, pourrais-je dire, par le médecin qui les soigne. Cette atTection est-elle aussi commune qu'on le dit? Les symptômes qu'on lui attribue sont-ils bien à elle? Quels sont les signes qui permettent d'établir d'une façon précise le diagnostic de prostatite chronique? Tels sont les différents points que je veux discuter avec vous. Nous laisserons, si vous le permettez, pour le moment, les opinions des auteurs qui ont écrit sur la question, pour nous en tenir aux données fournies par l'observation clinique.

Prenons donc un malade porteur de cette affection et voyons ce qu'il raconte.

Il y a quelque temps je recevais dans mon cabinet un homme de 38 ans, vigoureux, sobre, actif, n'ayant dans ses antécédents qu'une blennorrhagie, contractée en 1872 et suivie d'une cystite blennorrhagique; celle-ci, peu intense, se reproduisait facilement à la suite de dîners, sous l'influence du froid, etc.

Rien de spécial ne survint dans son état jusqu'en octobre dernier. A cette époque il remarqua qu'il était pris après chaque selle d'une sorte de contraction spasmodique dans le périnée, immédiatement suivie de l'émission d'un liquide opalin et légèrement verdâtre. Cet écoulement n'était pour ainsi dire pas accompagné de symptômes fonctionnels. Il n'y avait jamais eu de pesanteur à l'anus ; c'est tout au plus si, après le coït, il avait éprouvé un peu de douleur, lancinante parfois mais très légère, le long du canal, et quelquefois aussi de petits picotements dans la vessie.

Inquiet de l'écoulement nouveau dont il est atteint, notre malade pense à la prostatite chronique, qu'il connaît de réputation, cherche dans un livre classique ce qu'on en dit et lit avec frayeur que c'est une maladie grave, fort difficile à guérir, sinon 'incurable, exerçant presque toujours sur le moral des malades une influence désastreuse. Très ému, il vient aussitôt me demander conseil. Il est marié, père de famille; il supporte toutes les fatigues et en particulier celles de la voiture; sa santé générale est excellente; mais il serait

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le plus malheureux des hommes si son mal n'avait pas de remède ; il a peur de l'avenir.

Ainsi, avant d'être instruit par ses lectures, oe malade quoique inquiet, avait confiance dans sa santé et ses forces II était simplement préoccupé, comme le sont tous les hommes atteints d'une affection génitale. Il existe, en effet, en nous une sorte d'mstinct nous portant à attacher une importance particulière à tout ce qui se rapporte à ce qu'on pourrait appeler la génitalité. La nature a voulu que la conservation de 1 espèce restât assurée, même au prix de graves atteintes portées à l'état mental de ceux qui croient leur puissance génitale en péril. Et, de même que, dans les sociétés savante, rien n'excite plus l'attention que ce qui a trait aux questions afférentes à la génitalité, rien ne préoccupe plus obstinément 1 esprit de ceux qui se sentent ou se croient atteints de ce côté.

Il y a donc une grande part à faire à la maladie elle-même dans létat moral des malades. Mais, par le fait même de cette prédisposition à l'inquiétude excessive, à l'exagération avec laquelle sont envisagées les conséquences possibles du mal, ne voit-on pas de quel poids doivent peser sur ces esprits, déjà trop disposés à s'effrayer, des affirmations pronostiques du genre de celles que je viens de vous rappeler'? Vous venez de le voir par l'histoire de notre malade. Il est passé d'un vague état de préoccupation à l'angoisse-la plus grande. C'est à cause de l'exagération des descriptions classiques et de l'influence néfaste qu'elles ont sur le moral des malades que j'ai voulu faire avec vous l'étude de cette question, me plaçant en présence de la réalité et interprétant les faits avec les données cliniques.

L'observation m'a bien souvent montré que les malades, les plus accusés de lésions de la prostate, n'en avaient pas trace, et que ceux, qui en étaient atteints, ne présentaient à aucun degré le noir ensemble symptomatique dont la proslatite chronique serait fatalement entourée. Aussi suis-je arrivé à me convaincre qu'il y avait, dans cette histoire de la

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prostatite chronique, des erreurs d^interprétation et que c'était le devoir des cliniciens de les combattre. ' La prostatite chronique n'est pas connue depuis une époque bien lointaine. Au siècle dernier et même dans la première moitié de ce siècle, on ne la distinguait pas de l'hypertrophie sénile de la prostate. J.-L. Petit \ Éverard Home^ Chopart confondent ces affections. B. Brodie^ en 1 845 ne les distmgue pas. Bien plus, en 1860, Guerlain S dans sa thèse de doctorat, ne paraît pas encore bien fixé sur la nature exacte de la prostatite chronique et décrit une prostatorrhée senile qu il rattache à la prostatite.

Toutelois, dès le début de ce siècle, quelques auteurs tendaient à décrire une inflammation spéciale, chronique de la prostate, différente de la tuméfaction sénile. Lagneau l'étudie parmi les complications de la blennorrhagie Swediaur attire l'attention sur la blennorrhée de la prostate et la distingue de la spermatorrhée. En 1857, Hawkesworth Ledwich isole nettement l'inflammation subaigue de la prostate, « forme spéciale d'inflammation, particulière dans ses causes, ses symptômes, ses conséquences ». Bien que cet état soit intermédiaire à l'inflammation aiguë et à l'hypertrophie chronique, il n'a pour cet auteur de relation causale avec aucune de ces affections. Depuis la publication de ce mémoire, la prostatite chronique a eu son chapitre spécial dans tous les livres qui ont traité de la question. Parmi les publications les plus intéressantes sur ce sujet, nous cite-

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