‹ Lecons cliniques sur les maladies abdominales et sur l'emploi interne des eaux mineralesChapitre 4 sur 15 · INTRODUCTION V · texte numérisé non relu

INTRODUCTION V

tendu dans les réactions nombreuses et diverses qu'il imprime aux états morbides; avec le malade, c'est-àdire — comme l'affirmait mon vénéré et regretté maître, Noël Guéneau de Mussy — avec « un organisme qui souffre et qui combat, apportant dans cette lutte ses aptitudes individuelles, originelles ou acquises. » Il ne faut pas oublier, en un mot, que si la pathologie est la science des maladies, la clinique doit rester toujours la connaissance de la maladie et du malade. Et cette connaissance complète ne se trouve pas toujours dans un tube à expériences, sous le champ du microscope, ou dans un bouillon de culture.

Ce sont là, si je ne me trompe, les principes immuables qui ont toujours dirigé le professeur Zakharineà la recherche de la vérité. Telle est aussi sa méthode d'enseignement qu'il a suivie et adoptée, depuis qu'il a formé à son profond esprit clinique, à son talent admirable d'observation, à ses qualités de thérapeute accompli, plusieurs générations médicales de son pays.

Ces leçons adressées à des étudiants seront profitables non seulement aux praticiens, mais aussi aux maîtres qui ont reçu ou accepté la grande mission d'enseigner et qui eux-mêmes ont encore besoin d'apprendre quelque chose sur le livre toujours

VI INTRODUCUION

largement ouvert de la clinique. Car l'étude de la médecine ne connaît pas de limites, puisqu'elle est éternellement à la poursuite de l'inaccessible audelà.

Les savants de laboratoire — qui ne sont pas toujours des médecins — verront sans doute dans ces leçons des développements inutiles pour eux, ils prononceront peut-être dédaigneusement le nom d'archaïsme médical, ils penseront encore que le diagnostic d'une maladie peut se faire avec plus de célérité, sinon avec plus d'exactitude...

Pour leur répondre, le professeur Zakharine me permettra de placer de nouveau sous leurs yeux, les passages suivants que j'écrivais en 1889 dans la leçon d'introduction de mon livre sur a les maladies du cœur et des vaisseaux » :

En France, malgré l'orientation étrangère qu'on imprime à notre science, malgré la passagère faveur dont jouit la médecine de laboratoire, malgré cet état d'instabilité thérapeutique où nous jettent des innovations hâtives, sans frein et sans contrôle, il y a encore de bons esprits qui n'ont pas renié la science d'observation, hier encore notre gloire, et notre force demain ; il y en a qui, tout en étant de leur temps, s'obstinent à rester de leur pays ; il en

IJNTROIDUCTION VII

est qui tout en reconnaissant les services rendus à la clinique par la physiologie, la chimie et la bactériologie, ne veulent pas asservir la clinique à la bactériologie, à la chimie et à la physiologie; il en est enfin qui répètent volontiers et mettent en pratique ces belles paroles de Claude Bernard :

« Il ne faut pas subordonnner la pathologie à la physiologie. C'est l'inverse qu^il faut faire, llfautposer d'abord le problème médical tel qu'il est donné par l'observation de la maladie, puis chercher à fournir l'explication physiologique. Agir autrement, ce serait s'exposer à perdre le malade de vue et à défigurer la maladie. »

Si les leçons du professeur Zakharine sont toujours très favorablement accueillies en France, et obtiennent le succès qu'on peut leur prédire à l'avance, c'est parce qu'il ne s'est jamais éloigné de cette ligne de conduite, c'est parce qu'il est non seulement un grand clinicien, un observateur de premier ordre, mais aussi parce qu'il est un véritable praticien, c'est-à-dire « la personnification la plus complète et la plus élevée de l'art médical ».

Henri Hughard.

Pour éviter des malentendQS, il est nécessaire d'expliquer comment je comprends la valeur des leçons cliniques imprimées.

Les leçons cliniques imprimées poursuivent les mêmes buts que la clinique elle-même, buts expliqués en détail dans mon Exposé de V enseignement clinique (1) ; elles doivent par conséquent avoir les mêmes qualités que la clinique.

Les leçons cliniques imprimées, aussi bien que le chapitre d'un traité de pathologie et de thérapeutique parlant d'une certaine maladie, ont tous les deux pour objet l'individu atteint de cette maladie ; mais alors que l'exposé systématique procède de la définition de la maladie à la représentation abstraite de son image, la clinique procèdede l'image rencontréedelamaladieàladéterminationde cette dernière, détermination concrète, avec toutes les particularités du cas et, d'ordinaire, avec toutes ses complications

Page 1