TRENTE-DEUXIÈME LEÇON
DU PIED BOT
Définition. — Division en pied bot acquis et congénital. — Du pied bot congénital. — Caractères anatomo-pathologiques ; obliquité exagérée de la tète et du col de l’astragale. — Symptômes; enroulement du pied sur son bord interne. — Traitement; il doit être commencé le plus tôt possible. — Manipulations; appareils de maintien; gouttières en gutta-percha de Giraldès. — Ténotomie adjuvante. — Nécessité d’un traitement tonsécutif. — Dans les pieds bots invétérés, redressement brusque. — Ténotomie. — Redressement immédiat après la ténotomie. — Ténotomie à ciel ouvert.
Le mot de pied bot , expression empruntée au vieux français, caractérise la difformité consistant en une attitude vicieuse et permanente du pied sur la jambe, telle que le pied ne repose plus sur le sol par ses points d’appui normaux.
La première division que l’on doive établir au début de l’étude de cette difformité, c’est celle qui classe les pieds bots en congénitaux et acquis , suivant qu’ils existaient au moment de la naissance, ou qu’ils ne se sont produits que plus tard, sous une influence pathologique.
Mais que le pied bot soit congénital ou acquis, les dénominations qui sont employées pour caractériser les différentes attitudes vicieuses prises par le pied restent les mêmes.
On donne le nom de pied bot équin à celui dans lequel le talon est élevé au-dessus du sol, sa face plantaire regardant en arrière; l’expression de pied bot talus sert
CLASSIFICATION DES PIEDS BOTS. 4o7
à caractériser la déformation inverse, c’est-à-dire celle dans laquelle le talon abaissé repose sur le sol, tandis que la face plantaire relevée est dirigée en haut et en avant.
Le pied bot varus e st celui dans lequel la face plantaire est tournée en dedans, le bord interne du pied relevé, et le bord externe abaissé reposant sur le sol. Dans le pied bot valgus , au contraire, la face plantaire regarde en dehors, et c’est le bord interne du pied qui est abaissé. Du reste, les difformités caractérisées par les noms précédents ne sont pas les seules qui puissent exister. Deux des attitudes vicieuses que nous venons de signaler peuvent s’associer entre elles pour produire de nouvelles variétés. Mais ces associations ne se font pas au hasard; c’est ainsi que l’équin s’unit le plus habituellement au varus, tandis que le valgus se montre le plus souvent associé au talus, pour constituer les difformités connues sous les noms de varus équin , talus valgus. La difformité dont le sens prédomine est citée la première; -c’est ainsi qu’on dit varus équin ou équin varus , suivant que l’équinisme ou le varus est prédominant.
Il est à noter qu’une relation marquée existe entre le sens de la déviation, et son origine acquise ou congénitale. Les pieds bots acquis appartiennent le plus souvent aux variétés équin ou valgus ; le pied bot congénital, au contraire, n’est presque jamais un pied bot équin pur; c’est le plus souvent un varus équin, ou un varus.
En outre, les considérations pronostiques et thérapeutiques applicables à ces deux grandes classes de pieds bots, déjà si diverses par leur origine, sont essentiellement différentes : Il y a donc lieu d’étudier à part : A, le pied bot congénital; B, le pied bot acquis.
DU PIED BOT CONGÉNITAL
A. — Du PIED BOT CONGÉNITAL.
L’équin pur est tout à fait exceptionnel, avons-nous dit, parmi les pieds bots congénitaux; il en est de même du talus. On rencontre plus souvent le valgus, ou le laïus associé au valgus, constituant le talus valgus .
Mais la forme la plus fréquente, c’est le varus, soit seul, soit combiné à l’équin. C’est cette dernière forme, le varus équin, que nous aurons surtout en vue dans notre description. D’après un travail récent de William Parker., le pied bot varus équin représente à lui seul 90 à 95 pour 100 de tous les pieds bots congénitaux (1).
Nous n’avons point à entrer ici dans l’étiologie et la pathogénie de l’affection, questions qui sont du domaine de la pathologie et n’intéressent pas directement la clinique; mais nous devons vous signaler les principales altérations anatomo-pathologiques, et, en particulier, celles qui portent sur le système osseux, parce qu’elles sont importantes à connaître au point de vue thérapeutique.
Le varus équin peut se montrer dès les premiers mois de la vie embryonnaire. 11 est caractérisé par une adduction avec rotation de la plante du pied en dedans, et un degré plus ou moins marqué d’extension du pied sur la jambe. Par suite de cette attitude, les os du tarse présentent dans leur forme et dans leurs rapports des altérations plus ou moins prononcées. L’astragale est le plus souvent et le plus profondément touché ; il est subluxé en avant sur les os de la jambe ; sa face postérieure est considérablement atrophiée; mais les modifications les plus
(1) Britishmed. Assoc. Congrès de Glasgow, 1888.