‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 37 sur 156 · OPÉRATION · texte numérisé non relu

OPÉRATION

la tumeur et à l’attirer en dehors de la plaie. Elle n’est plus alors en connexion qu’avec le péritoine par sa face profonde. A l’aide du bistouri, je détache ces adhérences péritonéales, en rasant de près la tumeur et m’efforçant de respecter autant que possible la séreuse. Malgré tous mes soins, elle se déchire, sur trois points, dans une étendue variable. Enfin la tumeur, complètement détachée de toutes ses connexions, peut être enlevée. Mais, pendant la dissection, deux petits lobes du volume d’une noix se sont isolés de la masse principale et sont restés adhérents à la face externe du péritoine. Je les enlève avec la portion de séreuse à laquelle ils sont attenants. Je réunis à l’aide de ciseaux toutes les ouvertures faites au péritoine, et j’obtiens ainsi une fente péritonéale de 15 à 16 centimètres de longueur, obliquement dirigée en haut et en dehors, dont les bords parfaitement réguliers peuvent être aisément mis en contact au moyen de vingt points de suture au catgut fin. 11 est intéressant, en effet, de noter que le péritoine avait subi une dilatation sacciforme si considérable, que, même après la résection d’une partie de son étendue, les deux lèvres de l’incision se juxtaposaient avec la plus grande facilité. C’est là une circonstance qui permettra, dans bon nombre de cas, l’occlusion de la fente péritonéale. Une seconde rangée de sutures au catgut est placée sur le plan musculoaponévrotique de l’abdomen; entre celle-ci et le péritoine sont interposés deux drains placés parallèllement l’un à l’autre. Une troisième suture au crin de Florence ferme l’incision cutanée. Le pansement est fait à la gaze iodoformée.

La pièce enlevée a été présentée à la Société de “Chirurgie dans la séance du 22 mai 1889. Notre collègue, M. Chaput, chirurgien des hôpitaux, a bien voulu en

pratiquer l’examen dans le laboratoire de M. Cornil. Je transcris ici la note qu’il m’a remise à ce sujet :

« La tumeur sectionnée à la scie présente les caractères d’un immense os spongieux, avec aréoles à parois d’apparence osseuse, contenant une moelle jaunâtre abondante. On constate, en plein tissu dur, deux gros îlots du volume d’un œuf de pigeon, ayant tous les caractères du cartilage hyalin, bien qu’avec un aspect fibrillaire et une fragilité anormale.

« Des coupes histologiques portant sur des fragments composés de tissu cartilagineux et de tissu ossiforme, après décalcification dans l’acide picrique au tiers, ont montré :

« Dans la zone cartilagineuse, la structure du cartilage hyalin. Les cellules cartilagineuses sont rangées sans aucun ordre. La plupart sont volumineuses et chargées de graisse; certaines même sont énormes. La zone ossiforme est composée de travées fortement colorées en rouge. Ces travées rappellent les travées osseuses, mais elles n’en ont pas les bords ondulés, à limites nettes, et ne possèdent pas dans leur intérieur d’ostéoplastes. En certains points où la coupe est plus line, on constate que les travées sont constituées par des fibrilles de tissu conjonctif; c’est donc bien de travées fibreuses qu’il s’agit. Dans les aréoles limitées par les travées existent des cellules adipeuses pour la plupart énormes. En certains points, on y observe des cellules cartilagineuses. En somme, il s’agit donc histologiquement d’un fibrome calcifié avec îlots de cartilage hyalin. »

Quant aux suites opératoires, elles ont été des plus simples. Il n’y a eu aucune menace du côté du péritoine ; à peine un peu d’élévation de la température. Le seul incident à noter, c’est la production d’un peu de

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