KYSTE HYDATIQUE DU BRAS
pourrait s’expliquer par une compression légère du nerf radial ; en tout cas, il n’y a jamais eu trace de paralysie.
Aujourd’hui on constate l’existence d’une tumeur arrondie, siégeant sur le bord externe et à la partie inférieure du bras, au niveau du sillon séparant le muscle long supinateur du brachial antérieur. Sa limite inférieure répond à un travers de doigt au-dessus de l’épicondyle; par en haut, elle remonte jusqu’à l’extrémité inférieure de la gouttière de torsion. Elle soulève la peau et forme une bosselure dont le relief, très sensible dans l’extension de l’avant-bras, s’atténue beaucoup pendant la flexion. La peau est d’ailleurs parfaitement normale ; elle n’a aucune adhérence à la tumeur sous-jacente. Celle-ci cependant n’est pas complètement libre. Lorsqu’on la palpe, après avoir fléchi l’avant-bras, on constate qu’elle adhère dans la profondeur où elle paraît se rattacher à l’aponévrose. La tumeur est molle et même fluctuante; lorsqu’on la presse légèrement entre les doigts, on lui reconnaît une surface lobulée.
Tels étaient les caractères présentés par cette tumeur. Nous rappelons qu’elle avait mis cinq ans à se développer. Elle notait point douloureuse; elle ne s’accompagnait d’aucun engorgement ganglionnaire, d’aucune trace de cachexie générale ; la malade était très bien portante. En un mot, nous ne trouvions là aucun des caractères attribués d’ordinaire aux tumeurs malignes. Nous ne pouvions davantage penser à un abcès froid, bien que la tumeur fût fluctuante, à cause du long espace de temps qu’elle avait mis à se développer. Mais il est, parmi les tumeurs bénignes, un néoplasme dont les caractères répondent bien à ceux que nous avions sous les yeux; ce néoplasme, c’est le lipome. Ne sait-on pas, en effet, que
les lipomes sont parfois si fluctuants qu’ils ont pu en imposer bien souvent pour des tumeurs liquides? Et puis, le lipome est lobulé comme la tumeur que nous avions sous les yeux. Un début remontant à cinq années, l’absence de douleurs, ce sont encore là des caractères qui appartiennent bien au lipome. Il est enfin une dernière circonstance qui acheva de nous tromper ; la malade racontait en effet que, quelque temps auparavant, elle était allée à l’hôpital Beauj on, et que là, on lui avait pratiqué une ponction exploratrice qui n’avait donné issue à aucun liquide.
Le jeudi 21 février, nous fîmes l’ablation de la tumeur; mais, au lieu d’un lipome, nous rencontrâmes un kyste demi-transparent, fortement tendu, et qui, dans la profondeur, adhérait au muscle long supinateur. Ce kyste incisé renfermait dans son intérieur un grand nombre de vésicules hydatiques. Nous n’avons rien à dire des suites opératoires qui furent fort simples ; la malade guérie quitta l’hôpital le 13 mars.
Telle est notre première observation: si nous cherchons à nous rendre compte des causes de notre erreur, nous voyons que la lobulation que nous percevions à la surface de la tumeur n’était autre que celle du tissu adipeux sous-cutané que nous tendions à la surface du kyste. Nous aurions dû faire une plus large part à la fluctuation qui était très nette ; nous aurions dû surtout, étant donné que nous n’avions pas une conviction bien arrêtée, et que nous acceptions le diagnostic de lipome faute de pouvoir lui en substituer un plus satisfaisant, nous aurions dû mettre en pratique une règle générale en clinique, et recourir à tous les moyens de diagnostic qui sont à notre disposition. Peut-être une seconde ponction exploratrice, plus fructueuse que celle qui avait été faite