‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 51 sur 156 · FRACTURE SPONTANÉE DE LA CLAVICULE · texte numérisé non relu

FRACTURE SPONTANÉE DE LA CLAVICULE

dans un certain nombre d’observations. Mais ici une discussion doit intervenir. Nous devons, en effet, nous demander si c’est la fracture qui a été l’accident initial, ou bien si l’os a été primitivement atteint d’altération syphilitique, et, ainsi privé de résistance, s’est fracturé secondairement. Il n’est pas impossible, nous semblet-il, en étudiant soigneusement les antécédents du malade, de résoudre la question. En effet, immédiatement après sa chute, le malade s’est plaint uniquement du coude ; il n’a point accusé de douleurs dans l’épaule ; c’est au bout d’un mois seulement qu’il a commencé à souffrir de la région claviculaire. Il serait extraordinaire que, pendant un si long espace de temps, le malade ne se fût aperçu de rien, s’il avait eu une fracture de la clavicule. Il est beaucoup plus probable qu’il a eu d’abord, sous l’influence du traumatisme, une ostéopériostite syphilitique qui a affaibli la résistance de l’os, et préparé le terrain pour la fracture spontanée qui s’est produite le 18 ou 20 février, le jour où le malade a ressenti brusquement et sans cause apparente une violente douleur au niveau de la clavicule. Cette douleur a attiré l’attention du malade vers le point lésé, et lui a fait reconnaître la tumeur qui sans doute existait déjà auparavant. Bien que rares, ces faits de fractures spontanées de la clavicule chez des syphilitiques ont été signalés. A l’article Clavicule du Dictionnaire encyclopédique, vous trouverez noté un fait de Delpech relatif à un « jeune homme qui s’était brisé la clavicule gauche en faisant un léger mouvement du bras pour passer son gilet. Mais ce jeune homme était traité par Delpech pour des manifestations graves de la diathèse syphilitique ; il portait des caries et des gommes sur différents os, et son humérus droit s’était cassé deux fois pour

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des causes aussi légères que celle qui avait amené la fracture de la clavicule. » Plus loin, l’auteur de l’article, M. Polaillon, cite un fait du même genre qui lui est personnel. « Je me souviens, dit-il, d’avoir observé, en 1869, un homme qui, dans un effort pour soulever un morceau de marbre d’un poids peu considérable, s’était rompu la clavicule. Avant l’accident, il n’avait ressenti aucune douleur dans l’os; mais il avait eu la syphilis, et, depuis huit mois, il portait une petite tumeur indolente dans l’endroit de la cassure. » Dans le Centralblalt für Chirurgie de 1887, le Dr Fulda (1) rapporte un cas de fracture spontanée chez une femme de vingt-huit ans, ayant une gomme de la clavicule gauche ; la guérison eut lieu par le traitement spécifique. A propos de ce fait, l’auteur rappelle que Gurlt ne cite que six fractures spontanées dues à la syphilis; deux fois, il y avait des lésions locales de l’os. P. Bruns rapporte un cas de fracture spontanée à la suite d’ostéite gommeuse ; Holmes, un cas à la suite de carie syphilitique. Vous trouverez un certain nombre d’exemples de fractures de la clavicule chez des syphilitiques dans la thèse d’un de mes anciens élèves, le Dr Gellé (de Provins) (2).

Pour en revenir au malade actuel, quoi qu’il en soit de la discussion à laquelle nous venons de nous livrer, que la fracture ait été chez lui l’accident initial, ou qu’elle ne soit que secondaire, les considérations cliniques restent les mêmes. L’existence de la diathèse syphilitique domine chez lui la question du pronostic et celle du traitement.

Le pronostic est favorable ; en effet déjà une amélio-

(1) Fulda, Spontanfraktur der Clcivicula in Folge von ( iumma des Knochens (Centralbl. für Chir ., 1887, p. 691).

(2) Des fractures chez les syphilitiques , thèse de doct., Paris, 1884.

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