‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 73 sur 156 · DIAGNOSTIC AVEC LA PARALYSIE SATURNINE · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC AVEC LA PARALYSIE SATURNINE

du nerf radial dans la gouttière de torsion; mais, en l’absence de renseignements précis fournis par le malade, nous ne pouvons faire à cet égard que des suppositions. Déjà, une première fois, je me suis trouvé dans des conditions semblables chez un malade de la Pitié, en 1884. il s’agissait d’un homme de trente-neuf ans, exerçant la profession de charron, qui, dans la nuit du lundi 29 au mardi 30 septembre, s’était réveillé, vers deux heures du matin, avec un engourdissement de tout le membre supérieur droit. Ici encore, vous remarquez que, comme chez le malade d’aujourd’hui, et comme dans la plupart des observations, la paralysie radiale siégeait du côté droit. Depuis ce moment, l’impotence du membre avait persisté; il était impossible à cet homme de saisir un objet délicat avec les doigts de la main droite; il lui était impossible de travailler. Nous l’interrogeâmes avec soin sur les circonstances dans lesquelles s’était montrée sa paralysie. Il nous affirma que la fenêtre de sa chambre n’était point restée ouverte pendant son sommeil. Au moment où il s’était éveillé, son bras était étendu le long du corps. Mais il avait l’habitude de dormir avec les mains placées sous le derrière de la tête, et il est bien possible que, dans son sommeil, il eût comprimé, lui aussi, son nerf radial avec la tête appuyée sur le bras droit. Comme chez notre malade actuel, il n’y avait point d’atrophie musculaire; la contractilité électrique était conservée.

Ce malade me donna l’occasion de retracer dans une leçon les caractères différentiels entre la paralysie radiale par compression et la paralysie saturnine, en le comparant avec un autre malade qui était couché en même temps que lui dans nos salles, et qui présentait un exemple de paralysie radiale due à l’intoxication par le plomb. Ce

PARALYSIE RADIALE

second malade, jeune homme de vingt-six ans, avait depuis deux ans, quand nous l’examinâmes, des accidents de saturnisme. Il avait eu d’abord des coliques de plomb. Depuis un an il ressentait un engourdissement à la face palmaire de la main droite en travaillant. Peu à peu le membre s’était affaibli, le poignet s’était fléchi; enfin, deux mois avant son entrée à l’hôpital, l’impotence était devenue absolue. Ajoutons, pour compléter chez notre malade le tableau du saturnisme, que, dans les six dernières semaines, de nouvelles attaques de coliques de plomb et des arthralgies s’étaient montrées chez lui. Dans ce cas, la contractilité électrique des extenseurs et des radiaux était plus ou moins complètement abolie, tandis qu’elle était conservée dans le long supinateur, assez pour que ce muscle pût produire de légers mouvements de flexion de l’avant-bas sur le bras. Or, c’est là un caractère que l’on retrouve le plus habituellement dans la paralysie saturnine. Cette intégrité du muscle long supinateur a été donnée par Duchenne (de Boulogne) comme un signe différentiel entre la paralysie saturnine et les autres variétés de paralysie radiale.

Quant au pronostic, il est évidemment en rapport avec les résultats fournis par l’étude de la conlractililé faradique. Lorsque celle-ci est abolie, la dégénérescence des faisceaux musculaires ne permet guère d’attendre un résultat favorable. D’après cette considération, M. Panas établit, dans l’étude de la paralysie radiale par compression, trois degrés : « Je suis porté à croire, dit-il, que plus la paralysie tarde à se montrer ou à se compléter, plus elle respecte la contraction électrique directe des membres. De là, un pronostic éminemment favorable pour cet ordre de cas qui constituent le premier degré de la paralysie par compression du nerf. Le second degré,

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