‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 72 sur 156 · DES PRÉTENDUES PARALYSIES A FRIGORE · texte numérisé non relu

DES PRÉTENDUES PARALYSIES A FRIGORE

d’une paralysie produite par le froid, que celle-ci eût toujours 1res exactement la même limitation. Et d’ailleurs, si le froid devait être mis en cause, on ne voit pas pourquoi le nerf radial serait atteint, de préférence à tout autre nerf. Toutefois Vulpian, demeuré partisan de l’origine rhumatismale ou a frigore des paralysies auxquelles nous faisons allusion en ce moment, s’efforça de trouver, dans l’étude de la contractilité électrique, un signe différentiel entre la paralysie a frigore et la paralysie par compression (1). Pour lui, la contractilité faradique était conservée dans la paralysie a frigore , tandis qu’elle est abolie dans les paralysies par compression. Il est vrai que ce savant physiologiste, avec sa loyauté habituelle, revint plus tard sur sa première opinion. En 1882, en effet, il présenta à l’Académie de médecine une malade de son service atteinte de paralysie radiale produite par la compression prolongée exercée par les béquilles. Or, chez cette malade, les symptômes étaient identiques à ceux qu’on trouve dans les paralysies dites a frigore , c’est-à-dire que la contractilité électrique était conservée. De l’étude de ce fait, M. Vulpian conclut que le signe différentiel qu’il avait cru pouvoir tirer autrefois de l’examen comparé de la contractilité faradique dans les deux cas ne saurait être conservé; il se rallie donc à l’opinion de M. Panas, et considère comme étant attribuables à la compression l’immense majorité des cas de paralysies radiales dites autrefois paralysies o, frigore (2). Depuis lors, l’étude de cette question a été reprise par notre collègue, M. Joffroy(3), qui, par une

(1) Soc. de biologie, 1873.

(2) Vulpian, Bull. Ac. de médecine, 7 mars 1882, p. 211.

(3) Joffroy, Gazhebd. demed. et dechir., 16 mai 1884, n° 20.

PARALYSIE RADIALE

analyse soigneuse d’un cas paraissant tout d’abord favorable à la paralysie rhumatismale, a démontré qu’il s’agissait là encore d’une compression. Le malade avait été atteint de sa paralysie après avoir porté sur les épaules pendant quelque temps un crochet pesamment chargé. Il était impossible a priori de trouver dans la position prise par le malade une cause de compression. Les bretelles destinées à soutenir le crochet et passant dans la cavité axillaire ne pouvaient comprimer le nerf radial, comme M. Joffroy s’en est assuré par des recherches sur le cadavre, entreprises aveq le concours de M. Farabeuf. Mais, en interrogeant de nouveau le malade, on apprit de lui que cet homme, courbé sous le poids de sa charge, avait les bras croisés au devant de la poitrine, et les doigts de la main gauche imprimés fortement sur le bord externe de l’humérus du côté droit. Or, il est facile de s’assurer que, dans cette attitude, l’extrémité des doigts vient comprimer le nerf radial superficiellement placé dans la gouttière de torsion. Ce fait intéressant méritait de vous être rapporté; il est de nature à vous montrer combien les investigations cliniques doivent être multipliées et conduites avec un soin minutieux, avant qu’on soit en droit d’affirmer que la compresssion n’a joué aucun rôle dans un cas donné.

Pour en revenir à notre malade actuel, l’étiologie laisse beaucoup à désirer. Toutefois l’influence du froid ne paraît pas pouvoir être incriminée. Les circonstances dans lesquelles s’est montrée chez lui la paralysie sont celles que l’on rencontre dans la plupart des observations. Il est bien probable que le malade, pendant le sommeil lourd qui a suivi l’ivresse, a appuyé sa tête contre son bras droit, et a ainsi déterminé la compression

Page 1