VINGT-QUATRIÈME LEÇON
DÉFORMATION DE L’AVANT-BRAS DROIT CONSÉCUTIVE A UNE FRACTURE DES DEUX OS — OSTÉOTOMIE
La cause de la difformité et de l'impotence fonctionnelle peut être le déplacement des fragments. — Dans les fractures compliquées de plaie, les tendons fléchisseurs, le nerf médian, peuvent être englobés dans la cicatrice. — Raideurs articulaires ; règles pour les éviter. — Pour les déformations consécutives, deux méthodes de traitement : l’ostéoclasie et l’ostéotomie; cette dernière mérite la préférence. — Il faut parfois y joindre la libération des tendons compris dans la cicatrice, ou même, suivant la méthode de Lesser, la résection de la tête cubitale, en cas de soudure des deux os.
Le malade dont je veux vous parler aujourd’hui et que je vais tout à l’heure opérer devant vous, présente une difformité de l’avant-bras droit, consécutive à une fracture des deux os de l’avant-bras à leur partie inférieure.
C’est un homme de trente-sept ans, entré à l’Hôtel- Dieu le 9 mars, et couché salle Saint-Landry, n° 12. — Il y a sept mois bientôt (le 27 août dernier), le malade, qui est peintre en bâtiments, tomba de la hauteur d’un deuxième étage. Dans sa chute, il se fit des lésions multiples et graves : d’abord, une fracture du bassin à droite, fracture répondant probablement à la variété connue sous le nom de double verticale, avec un trait de fracture en avant, et un en arrière, près de l’articulation sacro-iliaque. La guérison se fit avec un raccourcissement de 2 centimètres, portant sur le membre inférieur droit, raccourcissement dû à une légère ascension
HISTOIRE CLINIQUE. 333
de la moitié du bassin fracturé. Cette fracture du bassin, je ne la rappelle que pour mémoire, ainsi qu’une plaie du front sans importance, dont on voit aujourd’hui la cicatrice, et j’arrive à la fracture de l’avant-bras droit, que nous allons étudier avec quelques détails.
La fracture était compliquée de plaie, le fragment supérieur du cubitus avait perforé la peau et faisait saillie à l’extérieur; il existait,, en oulre, une petite plaie à la partie interne du poignet, et l’on peut voir aujourd’hui la trace de ces lésions sous la forme de deux cicatrices transversales. On fit la réduction de la fracture, et le membre, pansé antiseptiquement, fut placé dans un appareil plâtré. La guérison survint au bout de deux mois, et le malade fut envoyé à Yincennes. Il y resta huit jours environ ; mais, pendant ce séjour, la consolidation ne parut pas satisfaisante, car on remit le bras dans un appareil plâtré, qui, du reste, ne resta que quarante-huit heures en place et ne put produire aucun résultat utile. Le blessé quitta Yincennes en novembre; et, depuis lors, il resta chez lui, incapable de tout travail, par suite de la difformité et des douleurs qui déterminaient une impuissance complète du membre. Enfin, dimanche dernier, 3 mars, cet homme fît, dans la rue, une nouvelle chute sur le poignet droit, qui amena une exagération des douleurs, de l’impotence fonctionnelle et de la difformité.
Actuellement on remarque, au premier examen, une déformation considérable de l’extrémité inférieure de l’avant-bras. La main, le poignet et toute la partie inférieure de l’avant-bras sont portés sur le côté radial. A l’union du quart inférieur avec les trois quarts supérieurs de l’avant-bras, il y a une inflexion des deux os telle, qu’ils forment un angle obtus ouvert en dehors, à
sommet dirigé en dedans. Ce sommet répond à une grosse saillie, siégeant sur la face interne du cubitus,, saillie qui s’est exagérée depuis la dernière chute, probablement à la suite d’un certain degré d’ostéo-périostite.
Les rapports des deux os de l’avant-bras sont très altérés ; normalement, l’apophyse styloïde du radiusr comme vous le savez, descend un peu plus bas que celle du cubitus. Chez notre malade, elle est beaucoup audessus de cette dernière ; le cubitus paraît remonté, et est, en réalité, plus court qu’à l’état normal, d’un centimètre. A droite, du sommet de l’olécrane à l’apophyse styloïde du cubitus, on mesure 26 centimètres ; à gauche,. 27 centimètres.
Une question très difficile à résoudre est celle de savoir si, actuellement, il y a une solution de continuité de l’extrémité inférieure du radius; s’il s’est de nouveau fracturé dans la chute récente. Je ne puis donner de réponse absolue. Il m’a semblé, à un certain moment, qu’il y avait de la mobilité anormale et peut-être une légère crépitation; puis, dans d’autres explorations, je n’ai plus retrouvé ces signes, ce qui tient peut-être à ce que les contractions musculaires immobilisent les fragments.
La main est demi-fléchie, dans une position intermédiaire entre l’extension et la flexion complète ; les mouvements de pronation et de supination sont très limités. Le malade ne peut fermer les doigts ; et cette gêne des doigts tient surtout à des raideurs articulaires au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes et phalangiennes. Sous l’influence du traumatisme et de l’immobilisation, ces articulations ont été atteintes, et il s’y produit encore aujourd’hui des craquements, quand on,