PATHOGÉNIE
exagère les mouvements. La mobilité est conservée dans l’articulation radio-carpienne, mais elle y est. moins grande qu’à l’état normal. La sensibilité est complètement intacte dans toutes les parties de la main, ce qui indique l’intégrité du nerf médian. îl arrive, en effet, quelquefois que le nerf médian est englobé par le cal ou comprimé par lui, il survient alors des douleurs, de la parésie et des troubles trophiques ; on n’observe ici rien de semblable.
Nous n’avons point à discuter le diagnostic qui s’impose; la déformation est évidente. Ce que nous devons surtout étudier, ce sont les causes qui ont pu la produire et les moyens d’y remédier.
Les fractures de l’extrémité inférieure du radius, compliquées ou non de fractures du cubitus, peuvent amener la difformité et l’impotence fonctionnelle par plusieurs mécanismes différents.
En premier lieu, ces accidents peuvent être causés par le déplacement des fragments. Ce déplacement est presque toujours celui que nous voyons ici, c’est-à-dire qu’il se produit à la fois dans le sens transversal et dans le sens antéro-postérieur, la main étant portée sur le bord radial de l’avant-bras, en même temps que les fragments forment entre eux un angle ouvert en arrière. Ces déformations peuvent tenir à un défaut d’appareil ou à la complication de la fracture. Dans le cas particulier qui nous occupe aujourd’hui, je suis loin de vouloir dire que le malade ait été mal soigné ; on a fait exactement tout ce que l’on pouvait ; mais rappelez-vous que le cas était singulièrement compliqué.
Le double déplacement que nous analysons ici gêne beaucoup les mouvements du membre, car les tendons sont déviés de leur direction normale; ceux qui passent
au-devant du cal sont soulevés et tendus comme des cordes à violon sur leur chevalet, il en résulte une impotence considérable pour le blessé.
Dans les fractures de l’extrémité inférieure du radius compliquées de plaies, il faut encore tenir grand compte d’une autre circonstance. La cicatrice est quelquefois très adhérente au cal, et, comme les tendons fléchisseurs y sont compris, ces derniers ne peuvent plus jouer dans leur gaine. Le cas s’est présenté chez un jeune homme que j’ai opéré, et dont je vous rapporterai bientôt l’histoire. Dans le cas actuel, il ne semble pas en être ainsi.
Une autre complication, que je vous ai déjà signalée, tient à l’altération du nerf médian. Vous savez que ce nerf est situé, à la face antérieure de l’avant-bras, du côté externe de la gaine des tendons fléchisseurs. Or, il arrive quelquefois qu’il se trouve, soit compris dans la cicatrice, soit soulevé ou comprimé par le cal, il est alors irrité, tiraillé ; il en résulte des troubles de la sensibilité et de la nutrition dans toute la zone innervée par ce nerf.
Enfin, dans un certain nombre de cas, ce ne sont plus les diverses particularités du traumatisme, mais bien le traitement lui-même qu’on doit incriminer, dans la production des lésions consécutives. Au nombre des' complications les plus fréquentes à la suite des fractures du radius, il faut mentionner les raideurs articulaires des doigts, qui, chez bon nombre de malades, résultent de la mauvaise application de l’appareil. Ces raideurs articulaires étaient tellement fréquentes autrefois que plusieurs de nos maîtres les plus éminents avaient renoncé à toute application d’appareils; ils se contentaient de placer le membre dans une gouttière et de l’envelopper de grands cataplasmes. La difficulté des