TRENTE ET UNIÈME LEÇON
RÉSECTION TIBIO-TARSIENNE ORTHOPÉDIQUE
Importance à donner au traitement des fractures en général, des fractures de jambe en particulier. — Nécessité de placer le pied à angle droit sur la jambe, l’axe du membre passant par le deuxième orteil. — Importance de ces principes dans les fractures bi-malléolaires, ou fractures de Dupuytren. — Précautions à prendre dans l’emploi des appareils plâtrés appliqués au traitement de ces fractures. — Faits dans lesquels, malgré tous les efforts, la réduction est impossible. — Nécessité de la résection immédiate dans ces cas. — Résection applicable aussi aux déformations anciennes. — Conservation de la malléole externe dans cette résection. — Exemples à l’appui de cette pratique.
Vous savez, Messieurs, quel soin j'apporte au traitement des fractures. Chaque fois qu’un nouveau cas se présente à nous, j’ai soin de l’examiner devant vous; autant que possible, je procède moi-même à l’application de l’appareil, ou du moins, je surveille cette application. J’ai coutume de vous répéter qu’il n’est point, dans la pratique de la chirurgie, de question qui doive vous tenir plus à cœur que celle des fractures et des luxations. Quand nous nous adressons au cancer ou à la tuberculose, trop souvent, hélas ! les diagnostics les mieux établis, les indications thérapeutiques le plus sagement posées, les opérations les plus habilement faites, tout vient échouer devant les progrès terribles de ces diathèses dont nous sommes impuissants à arrêter la marche. Dans les fractures et les luxations, au contraire, il n'est le plus souvent point de question dialhésique qui se présente à
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nous; le mal est purement local. Pour arrivera guérir ces lésions, nous avons à résoudre un simple problème mécanique dont la solution dépendra de notre savoir et de notre sollicitude. Nous ne saurions donc apporter trop d’attention dans le traitement de ces lésions, d’autant plus que, comme elles ne menacent point la vie du malade, il serait désolant de le voir conserver pendant de longues années une infirmité imputable à notre négligence.
Pour ce qui est des fractures de jambe en particulier, vu leur fréquence et les conséquences graves qu’elles peuvent entraîner au point de vue des fonctions du membre, nous ne saurions trop nous préoccuper de leur traitement. D’accord en cela avec la plupart de vos maîtres, je vous recommande instamment de comprendre dans l’appareil immobilisateur, non seulement le segment de membre atteint, mais encore celui qui est silué au-dessus, c’est-à-dire la cuisse dans le cas particulier. Le pied doit être placé bien exactement à angle droit sur la jambe ; c’est là, comme l’ont démontré les belles expériences de Reyher (de Dorpat)(l), la véritable position de repos pour l’articulation tibio-tarsienne, celle dans laquelle les raideurs articulaires ont le moins de tendance à se produire. Enfin, il est une recommandation , sur laquelle on ne saurait trop insister, c’est de faire en sorte que le pied reste dans ses rapports normaux avec la jambe, c’est-à-dire que l’axe de la jambe, représenté par la crête du tibia, doit passer par le deuxième orteil. Si cette condition n’est pas remplie; si, comme il arrive trop souvent, le pied est déjeté en dehors, il en résulte une gêne considérable de la marche, des tiraillements
(1) Deutsche Zeitschrift fûr chir ., 111, nos 3 et 4, p. 189-235.