‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 98 sur 156 · IMPORTANCE DES FRACTURES DE DUPUYTREN · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DES FRACTURES DE DUPUYTREN

ligamenteux, de véritables entorses qui se reproduisent incessamment; enfin, si la difformité est trop prononcée, une complète impotence fonctionnelle du membre en est la conséquence.

Dans toutes les fractures de jambe, de semblables déplacements peuvent se produire; dans toutes, ilfaut veiller à ce que l’axe du pied et l’axe de la jambe restent bien dans leurs rapports normaux. Mais, à ce point de vue, il n’est aucune fracture qui doive être, de notre part, l’objet d’une plus grande sollicitude que la fracture du péroné avec arrachement de la malléole interne, celle que nous devons, pour faire acte de justice, appeler la fracture de Dupuytren. Car c’est l’illustre chirurgien de l’Hôtel-Dieu qui a appelé l’attention sur ces difformités fréquentes à la suite des fractures du péroné, et qui s’est le premier préoccupé de les combattre. Vous savez que l’appareil de Dupuytren consistait dans une attelle interne dépassant le pied par en bas; entre l’attelle et la face interne du membre, était interposé un coussin qui ne descendait pas au delà de la malléole interne. De cette façon, entre l’attelle et le bord interne du pied, il existait un vide, grâce auquel une bande enroulée autour de cet organe pouvait l’attirer vers l’attelle, et par là, lutter contre son déplacement en dehors. Dans une discussion qui s’est produite, en 1880, devant la Société de chirurgie (1) sur la difficulté de réduction que présentent certaines fractures de l’extrémité inférieure de la jambe, M. Nicaise a vanté l’emploi de l'appareil de Scultet dans les fractures bi-malléolaires. Il lui reconnaît comme avantage de permettre la réduction lente et progressive de la fracture ; il redoute, au contraire, l’emploi des

(1) Bull, et Mém. Soc. dechir 30 juin et 7 juillet 1880.

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appareils plâtrés, qui laissent parfois le déplacement se reproduire pendant le temps nécessaire à leur solidification. Pour ma part, j’adopte l’emploi des appareils plâtrés dans les fractures de Dupuytren, comme dans le traitement de toutes les fractures de jambe en général. Il faut bien cependant reconnaître qu’il y a quelque chose de fondé dans les observations de M. Nicaise. Aussi est-il nécessaire de prendre certaines précautions, quand on procède à l’application d’un appareil plâtré pour une fracture bi-malléolaire. La première, c’est de faire maintenir par un aide le pied dans une bonne position jusqu’à ce que le plâtre soit pris. Il est également nécessaire de soutenir, à l’aide d’une attelle en bois, la face interne du membre pendant tout le temps nécessaire à la dessiccation complète de la gouttière plâtrée. Souvent aussi ces fractures s’accompagnent d’un gonflement considérable des parties molles. En pareil cas, il est préférable de différer pendant quelques jours l’application de l’appareil plâtré, sans quoi on s’exposerait à voirie membre, après la disparition du gonflement, ballotter dans la gouttière devenue trop large, et le déplacement se reproduire. Enfin, une dernière recommandation sur laquelle je ne saurais trop attirer votre attention, c’est qu’il est nécessaire, pendant toute la durée du traitement, de surveiller le membre, pour s’assurer que la coaptation est bien exacte, et qu’il n’y a pas de tendance à la reproduction de la difformité. Sous ce rapport, il faut bien le dire, l’appareil de Scultet avait l’avantage sur les gouttières plâtrées. Les lacs et les coussins qui entraient dans sa composition ayant une tendance à se déplacer incessamment, le chirurgien était obligé tous les quatre ou cinq jours, quelquefois même plus souvent, d’ouvrir l’appareil pour le surveiller, en même temps qu’il dirigeait du

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