DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE DU FOIE
mérés. Les individus qui sont dans cet état sont très-exposés à mourir d'une rupture du cœur. Dans les Patholugical Transaclions, vous trouverez rapportés quelques cas (1) dans lesquels les malades succombèrent à une rupture du cœur et où on trouva non-seulement le cœur gras, mais le foie très-augmenté de volume par suite de dépôt graisseux et une accumulation considérable de graisse par tout le corps (2).
b. Alcoolisme. — Les personnes qui abusent des spiritueux, surtout si elles font peu d'exercice, sont très-disposées à avoir le foie gras. Sur treize sujets morts de delirium tremens, Frerichs trouva le foie très-graisseux chez six (3). Dans deux cas de mort par delirium tremens dont j'ai fait l'autopsie à l'hôpital de Middlesex, il y a quelques années, j'ai constaté un engorgement graisseux considérable du foie. Dans l'un de ces cas, l'organe hépatique pesait 83 onces, et dans l'autre, 96. C'est dans ces circonstances que les reins participent souvent àla dégénérescence graisseuse. La quantité de graisse que quelques-uns de ces malades accumulent, malgré la petite quantité de nourriture solide qu'ils consomment, est remarquable. C'est dans ces conditions que, à la longue, le foie gras peut se compliquer de cirrhose.
c. Phthisie. — La grande fréquence de l'engorgement graisseux du foie chez des personnes atteintes de consomption pulmonaire a déjà été signalée à propos de la dégénérescence cireuse du foie. Le foie gras est plus fréquent, parmi les phthisiques, chez les femmes que chez les hommes. Dans cette maladie, il est assez remarquable que tandis que la graisse disparaît rapidement de presque tous les tissus de l'organisme, elle s'accumule en telle quantité dans le foie.
d. Outre la phthisie, d'autres maladies consomptives , telles que le cancer (4), Vulcère simple de V estomac (5), la dysenterie chro-
(1) Voir notamment le cas diiD"- Quain, t. III, p.26"2, et celui du D^Pollock, t. XV, p. 84.
(2) 11 me paraît intéressant de signaler ici la stéatose transitoire du foie constatée, dans ces dernières années, pendant la grossesse et la lactation. D'après de Sincty, aut|uel on doit des recherches originales sur cette question (thèse de Paris, 1873, Archives de physiologie, 1873, et communications diverses à la Société de biologie), dans la sléatose de la lactation, ce sont seulement les cellules du centre des lobules qui sont envahies par la graisse ; tandis que dans les stéatoses d'origine morbide, toxique ou alimentaire, ce sont les cellules périphériques qui sont les premières atteintes. Une conséquence clinique de cette stéatose, en quelque sorte physiologique, c'est qu'elle constitue une prédisposition fâcheuse pour des troubles hépatiques graves. Pour Lancereaux, en effet {Atlas d'anatome pathologique, texte, p. 85), c'est à ce léger degré d'altération graisseuse de la glande héi)atique pendant la grossesse qu'il faudrait attribuer la plus grande fréquence de l'atrophie aiguë ou ictère grave chez les femmes grosses pendant l'état puerpéral. (N. D. T.)
(3) Sur yO cas d'alcoolisme, Lancereaux a constaté la stéatose liépatique environ 70 fois. (Diction, eneycl. des se. méd., t. II, p. 630). (N. D. T.)
(i) Voir un cas de cancer du larynx, par Ch. Heatli, Pa^/ioL Transacl., t. XIII, p. 28, et un cas d'ulcération cancéreuse étendue de l'aine, par Budd, Diseuses of Liver, p. 299.
(5) Cas rapporté par M. Robinson, Palhol. Transacl., t, IV, p. 133, et par sir Thompson, Ibid., t. YI, p. 180.
nique, etc. (1), sont souvent accompagnées d'engorgement grai.sseux du foie (2).
Il résulte donc de ce qui précède qu'on rencontre le foie dans deu.x conditions opposées : l'une, caractérisée par l'augmentation des matériau.^ susceptibles d'être transformés en matière grasse, et où la graisse s'accumule souvent dans tous les tissus de l'organisme; l'autre, dans laquelle il y a une résorption rapide de la graisse de tous les lissus, avec l'amaigrissement qui en est la conséquence. Son mode de production, dans le premier cas, est suffisamment manifeste; dans le second, le sang se trouve chargé des substances graisseuses provenant des tissus mêmes du malade et celte matière huileuse est séparée du sang dans son passage à travers le foie. L'absorption moindre de l'oxygène, chez les personnes phtliisiques, enraye la transformation spéciale que la matière huileuse doit subir, et cela explique pourquoi on rencontre le foie gras plus souvent dans les affections pulmonaires que dans les autres maladies consomptives; et on se rend compte de la plus grande fréquence du foie gras chez les femmes que chez les hommes, par ce fait que les premières fournissent généralement une plus grande quantité de graisse à résorber (3).
Traitement. — L'engorgement graisseux du foie ne cause pas souvent un trouble dans les fonctions assez sérieux pour qu'on ait à le traiter comme tel. Les moyens thérapeutiques doivent être dirigés contre les con-
(1) Cas rapporté par le Dr Briglit, in Hospital Reports, l. I, p. 117.
(2j L'action patliogénique de ces diverses maladies, au point de vue de la dé^'énéresceiice graisseuse du foie, ne s'exerce pas au même degré, ainsi qu'on en pourra juger d'aprè.s le tableau suivant que j'emprunte à la dissertation inaugurale de M. F. Babillot {Variations de la gi'aisse dans le foie dans quelques états pathologiques, thèses de Paris, 1877, n" 398) :