‹ Leçons cliniques sur les maladies du foieChapitre 16 sur 104 · DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE · texte numérisé non relu

DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE

circulation assez pour amener l'anémie de l'organe, mais pas à un degré suffisant pour causer de l'ascite (1);

6° Même dans les cas les plus intenses, le foie continue à produire de la bile, cette sécrétion n'étant ni arrêtée, ni empêchée. L'ictère n'est donc pas un symptôme de foie gras sans complication;

7" La même remarque s'applique à la douleur. Le foie gras est indolent du commencement jusqu'à la fin. On peut impunément manipuler l'organe comme on veut; cependant, dans les cas les plus intenses, le malade peut accuser une sensation de pesanteur et de tension dans l'abdomen, laquelle augmente quand il se retourne sur le côté gauche ;

8° par suite de l'absence de symptômes, on n'a que peu d'occasions de suivre le développement de la dégénérescence graisseuse du foie, mais il est habituellement lent et imperceptible;

9° Les symptômes constitutionnels du foie gras sont peu nombreux et pas caractéristiques; ceux qui ont été indiqués sont souvent dus en majeure partie à la coexistence de dégénération graisseuse d'autres organes, et plus spécialement du cœur. Un affaiblissement général, une anémie très-prononcée, le défaut de tonicité dans les systèmes nerveux et vasculaire sont au nombre des symptômes les plus saillants. Le patient est atteint de langueur, il est vite fatigué, il supporte mal les spoliations et les invasions de maladies aiguës. Le docteur Addison a décrit un état particulier des téguments qu'il croit pathognomonique de la dégénérescence graisseuse du foie. « A l'œil nu, dit-il, la peau présente un aspect exsangue, presque demi-lransparent et analogue à de la cire. Lorsque cet état s'associe à de la pâleur, cet aspect prend tout à fait l'air de l'ivoire finement poli, mais quand il se combine avec un teintplus blême, comme cela se voit de temps k autre, la peau ressemble alors à un modèle ordinaire en cire. Au toucher, les téguments en général sont lisses, lâches et souvent flasques; dans quelques cas très-marqués, toutes les aspérités, normales de la peau paraissent effacées, et elle devient si délicatement lisse et douce qu'elle donne la sensation qu'on éprouve en maniant unepièce du satin le plus souple (2). » C'est surtout chez les femmes qu'on peut constater ces caractères, et, bien qu'ils soient loin d'être constants,

(1) Tel ne serait pas l'avis du D>- Lancereaux. En effet, d'après lui (Traité d'analomie palholofjique, t. 1, p. 477, note), « l'altération graisseuse du foie doit être comptée parmi les causes de l'iiydropisic. Celle-ci se produit toutes les fois que la densité du parenchyme est moindre que celle de l'eau. C'est un fait qui n'est pas douteux pour moi, car il s'appuie sur plus de vingt observations personnelles. » Rien que je ne partage point l'opinion que je viens de citer, j'ai cru devoir la rapporter, à causede la grande compétence de l'auteur. Je crois, pour ma part, que l'Iiydropisie ne doit généralement se produire, dans le cas de dégénérescence graisseuse du foie, que lorsque la stéatose a également envahi un autre organe important, tel que le cœur ou lerein, jouant un rôle plus direct dans les phénomènes de la circulation. (N. D. T.)

(2) Guy's Ilospilal Reports, First Scr., 1. 1, 1836, p. 4-79.

il n'en est pas moins vrai que, dans la plupart des cas de foie gras, l'aspect extérieur et l'ensemble des téguments sont plus ou moins pâteux et anémiques, et quelquefois la peau paraît huileuse par suite de l'hypersécrétion des follicules sébacés. Les malades affectés de foie gras se' plaignent souvent aussi de symptômes dyspeptiques tels que flatulence, hypochondrie, irrégularité des intestins, constipation habituelle, mais parfois diarrhée profuse pour la moindre cause;

10» La rate est rarement augmentée de volume. La circulation porte n'est pas obstruée à un degré suffisant pour amener une augmentation de volume de cet organe par stase sanguine; de plus, la rate n'est pas sujette à être, comme dans la dégénérescence cireuse, le siège d'un dépôt semblable à celui qui envahit le foie.

Il y a cependant d'autres organes qui sont aptes à subir la dégénérescence graisseuse aussi bien que le foie, et dans ce cas chaque organe présente ses caractères propres dont la constatation ne manquera pas d'éclairer sur la nature de l'augmentation de volume du foie. Ainsi :

11° Lorsqu'il y a concurremment une dégénérescence graisseuse du cœur, en plus des signes déjà énumérés on observera souvent :

a. Une impulsion cardiaque très-faible, ou même inappréciable;

b. Les bruits du cœur sont très-légers, parfois on ne les entend pas du tout, le premier bruit en particulier est court et faible.

c. Le pouls radial est très-lent, ou rapide, faible et irrégulier.

d. Attaques de vertige, de syncope ou de pseudo-apoplexie.

e. Dyspnée ou douleur sternale à la moindre fatigue et sensation de faiblesse dans la région épigastrique, comme si l'on s'évanouissait.

12° Lorsqu'il y a une dégénérescence graisseuse des reins, outre les symptômes déjà énumérés, on observe que :

a. L'urine est en quantité moindre qu'à l'état normal, plus souvent trouble que claire, elle contient beaucoup d'albumine et dépose de nombreux cylindres huileux.

Il y a une tendance à l'anasarque généralisé.

c. La pâleur est extrême et le faciès est empâté.

13° Comme dans la dégénérescence cireuse du foie, on aidera efficacement au diagnostic en examinant les circonstances dans lesquelles est survenue l'augmentation de volume du foie. Une foule de conditions différentes peuvent déterminer le foie gras, mais on peut les rapporter presque toutes à l'un des chefs suivants :

a. Surcharge graisseuse, ou accumulation de graisse sous la peau, par tout le corps, chez des individus qui pour la plupart vivent grassement et mènent une vie indolente. C'est dans celte condition que le cœur sera le plus aisément envahi par la dégénérescence graisseuse cl qu'il faut s'attendre à constater les symptômes du cœur gras que j'ai déjà énu-

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