V. — CONGESTION DU FOIE
Au point de vue de la pathogénie et du traitement de cet état morbide, il importe de se rappeler que la quantité de sang qui se trouve dans le foie varie considérablement à différents moments, sans cesser d'être il l'état physiologique, et même que ces variations normales peuvent sensiblement influencer le volume de l'organe. Ainsi l'alimentation est susceptible d'exercer une certaine influence sur la quantité de sang et le volume du foie qui se trouvent en effet augmentés à la suite des repas, surtout s'il y a eu ingestion copieuse d'aliments, ou s'il y a eu dans la nourriture excès de matières grasses, sucrées ou d'alcooliques. Quand nous parlons de congestion morbide du foie; nous comprenons un état
(1) Voir aussi, à propos de la congestion hépatique, la note de la page 142.
pins accentué que cela. On emploie trop souvent d'une façon très-vague le terme congeslion du foie et on l'applique à des cas û'indif/eslion qui n'ont probablement pas grand'chose à voir avec le foie (1). La vraie congestion du foie se distingue par les caractères suivants,
Symptômes. — 1» L'augmentation de volume de l'organe est uniforme, pas pins grande dans un sens que dans l'autre, et rarement considérable. Le foie peut faire saillie d'un pouce ou un peu plus au-dessous du rebord costal sur la ligne mammaire droite. Dans la congestion veineuse par obstacle mécanique apporté <à la circulation, l'augmentation de volume est ordinairement plus prononcée que dans la congestion active où l'engorgement commence dans les artères (2). Une autre particularité de cette augmentation de volume, c'est qu'elle est rarement permanente et que, après un certain temps, elle disparaît généralement. Même lorsque la cause de la congestion est la plus permanente, comme une obstruction mécanique de la circulation cardiaque par affection valvulaire du cœur, l'augmentation de volume fait place, au bout d'un certain temps, à un état opposé : la pression exercée par les veines hépatiques continuellement distendues amène l'atrophie des portions centrales des lobules et produit une espèce de foie granuleux, différent de la vraie cirrhose, où l'atrophie commence à la circonférence des lobules (3).
(1) Cette critique me paraît s'appliquer notamment à un travail assez important de Flcury (Moniteur des hôpitaux, 1852, cl tirage à part), où sont réunis une vingtaine de cas dits de congestion du foie, mais qui pourraient la plupart être rapportés à la dyspepsie ou autres maladies, la cotigestioa hépatique n'étant dans un certain nombre de CCS cas qu'un épiphénoméne ou un symptôme de troubles digestifs ou autres. Malgré ces restrictions, le mémoire dont je parle n'en est pas moins très-utile à consulter au point de vue des relations qu'ont entre eux ces phénomènes digestifs, hépatiques et nerveux. (N. D. T.)
(2) Monnerct a fait des recherches très-intéressantes (Archives générales de înédecine, 1861, t. J, p. 545) sur la quantité de liquide que le foie contient à l'élat physiologique et celle qu'on peut y faire contenir grâce à une pression suffisante, sans cependant déterminer de déchirure. Il résulte des 16 expériences qu'il a pratiquées sur des foies sains, que, à l'état normal, avec son sang de combinaison, la glande hépatique pèse en moyenne 1602 grammes et 1269 quand elle a été privée de son sang, ce qui donnerait à peu près 330 grammes pour le poids du sang qu'elle renferme ordinairement. Jlais si on l'injecte fortement avec de l'eau, on arrive à lui faire peser 2523 grammes, ce qui fait une différence de 921 grammes avec l'état physiologique.
Sans attacher à ces chilfres une précision des jikis rigoureuses, on peut en déduire cependant que la glande hépatique, à son plus haut degré de congestion, est susceptible de présenter une augmentation de volume de plus de moitié. (N. D. T.)
(3) Virchow a donné le nom d'atrophie rouge à cette altération du foie résultant de la stase sanguine prolongée. Bien que cette dénomination ait été adoptée par Uindlleisch (Histologie pathologique, traduct. de Gross, p. 460), elle ne me paraît pas heureuse, et le terme foie muscade, assez généralement adopté, est infiniment préférable. Il faut toutefois faire remarquer que cette désignation ne peut s'appliiiuer qu'aux congestions passives, ou, pour parler plus exactement, à celles qui reconnaissent pour origine un trouble circulatoire par lésion cardiaque ou pulmonaire. En elTet, dans les hyperémies actives, surtout si elles sont récentes, le foie se présente sur une coupe sous un