KYSTES SIMPLES DU FOIE
X\n. — KYSTES SIMPLES DU FOIE.
Quelques auteurs ont décrit de simples kystes du foie contenant un liquide clair, aqueux, ou un mucus épais. Ils sont ordinairement trèsnombreux et peu volumineux, les plus gros ne dépassant pas le volume d'une noisette ; ils coexistent parfois avec des kystes semblables dans les reins (1). Toutefois je ne connais pas de cas où des kystes de cette nature aient suffisamment grossi ou aient suppuré de façon à ce qu'on pût les distinguer pendant la vie. Dans le cas suivant, la nature exacte de la maladie fut obscure. Pendant la vie, on diagnostiqua une liydatide suppurée. Il était clair qu'il y avait de la suppuration quelque part. Un empyèrae circonscrit était en contradiction avec les antécédents et avec ce fait que la fluctuation était au-dessous et non au-dessus de la partie ferme du foie.
On ne pouvait songer à un abcès tropical, le malade n'ayant jamais quitté l'Angleterre et n'ayant jamais été affecté de dysenterie; d'un autre côté, l'inflammation pyohémique ne produit jamais une collection purulente aussi volumineuse que celle à laquelle on avait affaire. Quant à une suppuration en dehors du foie, on n'en pouvait trouver de cause, une affection spinale ou un ulcère de l'estomac par exemple. En somme, on arriva à admettre l'hydatide par exclusion de toutes les autres causes, et la constatation de. kystes, à l'autopsie, parut tout d'abord confirmer le diagnostic porté pendant la vie. Mais comme on ne trouva, dans le contenu de ces kystes, aucune trace de membrane d'hydatide, cette opinion •était à peine soutenable, car, même dans une hydatide stérile on aurait retrouvé quelque trace de l'hydatide mère. L'hydatide étant inadmissible, nous sommes réduits à considérer le cas comme un abcès primitif ou un kyste suppuré, et en présence de cette difficulté, il est fort regrettable que les intestins n'aient pas été examinés attentivement. Pour ce qui est de l'abcès, il y a à opposer non-seulement les objections que j'ai déjà présentées, mais encore ce fait que l'aspect de la paroi d'un de ces kystes n'indiquait certainement pas trace d'inflammation récente, et il semble presque inconcevable que trois abcès puissent se former dans le foie, en contact immédiat les uns avec les autres, la paroi de l'un faisant partie <le la paroi de l'autre, et que l'un de ces abcès puisse faire saillie à la surface du foie comme un kyste, sans qu'il se manifeste aucune inflammation du péritoine superposé. D'autre part, bien que les gros kystes ne soient pas rares dans les reins, ils n'ont pas encore été décrits, que je
Paris, 1808; cl Elude chirurgicale sur la tumeur à échinocoque muUiloculaire du foie, par le D"- Itiicellicr. Paris, 1868.
(1) Frerichs, op. cit., p. 571.
sache, d.ans le foie. A quelque point de vue qu'on se place pour ce cas, les symptômes produits par la rupture d'un des kystes dans le péritoine, et particulièrement l'absence de fièvre, sont intéressants.
OBS. XGVIII. — Kystes suppurés dans le foie. — Rupture d'un kyste dans le péritoine. — Péritonite aiguë. — Abcès pyohémiqiies dans le foie et dans les poumons.
Henriette C, âgée de quarante-trois ans, fut admise à l'hôpital Saint-Thomas le 18 juin 1875. Son père, âgé de soixante-quinze ans, et sa mère, de soixante-seize, se portent bien. Une sœur de sa mère est morte phlhisique ; elle a eu trois frères et cinq sœurs, âgés de trente-quatre à cinquante-cmq ans, tous bien portants, sauf un frère qui a la poitrine délicate. Elle est mariée et a eu cinq enfants, dont deux sont morts en bas âge. Étant encore enfant, la malade a eu une violente inflammation pulmonaire qui l'a laissée délicate el très-disposée à prendre froid. A l'âge de trente ans, elle a eu une éruption écailleuse sur le corps; cette éruption disparut au bout de huit semaines. Elle n'a jamais quitté l'Angleterre. La maladie actuelle débuta vers le 20 avril par la perte de l'appétit et des forces, de l'émaciation, de l'insomnie, de la soif et, de temps en temps, des maux de cœur. Au bout d'une quinzaine, elle ressentit pour la première fois de la douleur dans la région du foie et dans l'épaule droite; celte douleur n'était pas constante ni intense, sauf quand elle était couchée sur le côté droit ou se donnait du mouvement. Quatre semaines avant son admission, elle empira : la soif devint vive, la peau chaude et sèche le jour cl en transpiration profuse la nuit; l'émaciation fit des progrès rapides.
A son entrée, on constate une prostration et une émaciation considérables; rougeur hectique sur les joues ; sueurs profuses la nuit ou toutes les fois que la malade s'endort. Température 38°, 88 à 40"; pouls à 108; bruits du cœur normaux. La langue esl d'une rougeur et d'une sécheresse anormales; pas d'appétit; soif; ventre libre. Douleur vive encore dans le côté droit, et bien plus intense au moindre mouvement. On constate dans le côté droit de l'abdomen une tumeur proéminente dépassant en bas l'ombilic de 1 pouce et formant une saillie distincte entre l'ombilic et les côtes droites qui ne manifestent pas de voussure. Matilé à la pcixussion, continue avec celle du foie, qui atteint à 1/4 de pouce au-dessous du mamelon droit; la matité totale sur la ligne mammaire droite est de 10 pouces. La surface de la tumeur est lisse, sensible, molle et élastique, avec une vibration comme provenant d'un liquide. Pas de signe évident de liquide dans le péritoine ; pas de développement des veines abdominales, ni d'ictère, ni d'œdème des jambes. En arrière, la matité hépatique s'étend de 2 pouces environ au-dessus du niveau normal. L'urine ne contient ni albumine, ni bile. La malade dort mal.
Traitement. — Quinine, acides minéraux et HO grammes d'eau-de-vie. Le 19 juin, on fit une ponction exploratrice avec un trocart capillaire au-dessous des côtes droites : il en résulta quelques gouttes d'un pus épais jaune. Quelques heures plus tard, on introduisit un gros trocart au même endroit; mais