TUBERCULES DU FOIE
Il n'y a pas de symptômes à l'aide desquels on puisse distinguer, pendant la vie, le foie gros par tuberculisation, et le reconnaîtrait-on, que le pronostic ni le traitement n'en seraient matériellement modifiés. Dans le cas suivant, le foie était infiltré de tubercules miliaires très-fins; l'ictère fnt probablement dû à un catarrhe concomitant des voies biliaires, qui était en train de céder avant la mort du malade.
OBS. XCIX. — Tuberculose généralisée. — Augmentation de volume du foie par dépôt tuberculeux. — Ictère calarrhal. — Embolie de la rate.
Marie C, âgée de quarante ans, fut admise à l'hôpital Middiesex dans mon service, le 17 décembre 1867. Son père et sa mère sont morts tous deux, à l'âge de cinquante ans, d'une affection de poitrine, et de ses onze frères ou sœurs, tous, sauf un, sont morts; mais la malade ne sait de quelle maladie. Elle est dans un état de prostration extrême, et ses idées sont même un peu confuses. Autant qu'on peut en juger par les renseignements qu'elle fournit, elle aurait, il y a six mois," perdu l'appétit, et aurait été prise de vomissements environ une demi-heure après chaque repas. Deux ou (rois mois après, elle devint ictérique. Elle n'avait été alfectée ni de toux, ni d'hémoptysie, de tremblements ou sueurs nocturnes, mais elle avait, dès le début, perdu des forces et maigri.
A son entrée, on constate un ictère, d'une intensité modérée, de la peau et des conjonctives ; l'urine donne la réaction du pigment biliaire, dépôt abondant d'urates, mais pas d'albumine. Pas de démangeaisons à la peau. Langue sèche et brune, sauf sur les bords, qui étaient extrêmement rouges. La malade nous assure que, jusqu'au moment de son admission, elle vomissait presque tout une demi-heure environ après l'avoir pris; mais, à partir de ce moment, elle n'a plus vomi. Elle a eu, quelques instants après son entrée, une selle : les matières étaient moulées et de couleur bilieuse foncée. La matité hépatique est augmentée : elle mesure 5 pouces sur la 1. m. d. et dépasse d'un bon pouce le rebord costal ; la portion qui est au-dessous des côtes est unie et légèrement sensible. Pouls à 120, petit et faible; léger bruit de souffle systolique à la pointe du cœur, à gauche; température 37'',8. Rien qui attire l'attention du côté des poumons, qui, vu l'état de faiblesse de la malade, ne furent pas examinés. Large eschare superficielle au sacrum.
Traitement. — bismuth, éther chlorique et stimulants, mais la prostration augmenta rapidement; un peu de délire avec marmottement, miction et défécation involontaires; mort le 23 décembre.
conslaler. Lorsqu'elles sont confluentcs, nllcs déterminent une augmentation de volume et une certaine dureté de l'organe et lui donnent les caractères de la cirrhose hypertropliiqno. Les granulations tuberculeuses peuvent coexister avec l'état graisseux, amyloïdi! on muscade de l'organe.
D'antre part, le Dr Banks a observé {Brit. med. Journal, 1877, t. II, p. 926) des dépôts tuberculeux dans le foie d'un enfant de dix ans mort avec une ascile énorme et un développement considérable des veines superrioiolles de l'abdomen. Le lait a été communiqué avec les pièces à la Palkolotjical Society de Dublin. (N. D. T.)
Autopsie. — Un demi-lilre de sérosité claire dans Je péritoine. Foie trèsgros, pesant 77 onces; capsule non épaissie ni adhérente ; surface généralement adhérente, mais marquée par de nombreuses petites dépressions et élévations; le tissu glandulaire est opaque et d'un jaune pâle, exactement connue celui d'un foie graisseux, dont il diffère cependant par sa consistance remarquablement ferme cl résistante. A la coupe, on pouvait exprimer des canaux biliaires divisés un peu de bile ténue, aqueuse; plusieui-s de ces conduits présentaient de petites dilatations. La vésicule contenait un peu de liquide semblable, ainsi que de nombreuses petites concrétions noires, en forme de gravier. \i\ microscope, le docteur Cayley constata que l'augmentation de volume du foie était due à la présence de nombreux tubercules miliaires parsemés à travers le tissu glandulaire, entre les lobules, et présentant tous les caractères anatomiques des tubercules gris, dont quelques-uns étaient visibles à l'œil nu, sous forme de petites pointes grises. La muqueuse de l'estomac est pâle, mais celle du duodénum, immédiatement au-dessous du pylore, et sur une étendue de 8 pouces environ, est très-injectée, tuméfiée et parsemée de nombreuses petites saillies granuleuses, dues probablement à des glandes solitaires grossies. La membrane enveloppante du canal cholédoque est également très-rouge et la muqueuse légèrement tuméfiée, mais le canal n'est pas obstrué. Trois petits ulcères tuberculeux à la partie inférieure de l'iléon. Les deux poumons sont parsemés de nombreux tubercules miliaires gris, et, près des deux sommets, on trouve une petite plaque de tubercule gris ancien. Le bord de l'une des valves de la valvule mitrale est très-épaissi. Pas de lymphe à la base du cerveau, et pas de tubercules dans la pie-mère, mais sérosité abondante sous l'arachnoïde et dans les ventricules cérébraux; dans la cavité de l'arachnoïde, sur les deux hémisphères, se trouvait une mince couche de sang extravasé. Dans l'utérus, une tumeur fibreuse aussi grosse qu'une noix de coco; la place de l'ovaire droit était occupée par une tumeur aussi grosse qu'une orange, en partie solide et en partie réduite à l'état de matière molle et caséeuse. La trompe de Fallope droite était aussi grosse que le doigt et remplie d'une substance molle comme du mastic. Sa membrane d'enveloppe était inégale et ulcérée, pareillement à celle des bassinets dans la pyélite tuberculeuse. Rate grosse, pesant 15 onces et demi, très-molle et parsemée de nombreux abcès du volume d'un pois à celui d'une noisette, et contenant du pus épais, jaune ; elle contient également plusieurs dépôts solides qui présentent les caractères d'infarctus récents. La substance corticale des deux reins est parsemée de fines granulations jaunes tuberculeuses.