‹ Leçons cliniques sur les maladies du foieChapitre 64 sur 104 · I. — ICTÈRE PAR INTOXICATtON DU SANG · texte numérisé non relu

I. — ICTÈRE PAR INTOXICATtON DU SANG

Il n'est pas rare de voir l'ictère résulter d'un état morbide ou d'une intoxication du sang, tel que cela s'observe chez les personnes affectées des diverses fièvres spécifiques. Il est très-probable que quand l'ictère survient dans de tels cas, il ne se produit pas toujours de la même façon. Quelquefois, comme par exemple dans bien des cas de lièvre intermittente ou de fièvre à rechute, il est lié à une augmentation de volume et une congestion considérables du foie, et cette congestion est souvent la principale, sinon la seule cause de l'ictère; d'autres fois l'orifice duodénal du canal cholédoque peut être bouché par l'effet de l'inflammation calarrhale. Mais dans bien des cas, et ce sont de beaucoup

les plus sérieux, l'ictère est indcpeiidant soit de la congestion du foie ou de l'obstruction du canal cholédoque : pendant la vie, la bile ne manque pas dans les évacuations, et après la mort le foie est plutôt anémique que congestionné. Dans ces cas également, les phénomènes cérébraux et autres de l'état typhoïde sont ordinairement prédominants, et il y a eu lieu de croire que là, comme dans d'autres maladies, cet état typhoïde est dû non à la présence de bile dans le sang (v. p. 329), mais à l'élaboration ou à l'élimination imparfaite des produits normaux de métamorphose du sang et des tissus, dont l'ictère n'est qu'un signe visible. Bien que des observations précises sur cette forme d'ictère nous fassent encore défaut, on a cependant maintes fois remarqué qu'il y a diminution d'urée dans l'urine, et que, dans quelques cas, on a constaté dans ce liquide la présence de la leucinr. {»t de la tyrosine, qui, ainsi que je vous l'ai déjà dit, indiquent une métamorphose imparfaite (pp. 271,331). L'état général du malade est en réalité très-semblable à celui qu'on observe dans l'atrophie jaune ou aiguë du foie (v. p. 269), et il est probable que la pathologie de ces deux états est semblable. Dans les deux, il y a un état morbide du sang qui a pour effet d'arrêter ou d'empêcher les métaraorphf-L,es qui s'opèrent d'habitude dans ce liquide; il y a aussi une excrétion insuffisante d'urée et une tendance à la production de la leucine et de la tyrosine dans le foie, la rate, les reins, le sang et l'urine. Dans les deux, il est probable que l'ictère est simplement un des résultats de cette métamorphose incomplète, le pigment biliaire absorbé dans le sang n'étant pas transformé comme à l'état normal. Parfois l'organe hépatique présente une apparence semblable à celle de l'atrophie aiguë à une période rapprochée du début : j'ai déjà eu d'ailleurs l'occasion de vous dire que les poisons du typhus fever et d'autres maladies de la même famille peuvent être rangés parmi les causes de l'atrophie jaune du foie (p. 274).

Nous pouvons maintenant nous occuper très-brièvement de l'ictère produit par les divers poisons du sang, dont certains le 'déterminent beaucoup plus facilement que d'autres.

1° Poisons des diverses fièvres spécifiques.

a. FIÈVRE JAUNE.

La fièvre jaune des tropiques a été ainsi dénommée parce qu'elle se complique fréquemment d'ictère. On a démontré péremptoirement que la coloration jaune de la peau et des yeux, dans cette maladie, est occasionnée par la présence de la bile qu'on trouve aussi dans l'urine. Le résultat des autopsies, et ce fait que dans les premières périodes de la maladie il y a de la bile en abondance dans les garde-robes, ont montré d'une

fa(,;oa assez probante que l'ictère est iiulépeiulant de tout obstacle au cours de la bile hors du foie. D'un autre côté, de même que dans l'atrophie aiguë du foie, l'ictère est ordinairement lié à des hémorrhagies, aux vomissements noirs, au délire, et aux autres symptômes de l'état typhoïde, il y a aussi de bonnes raisons pour croire que cet état typhoïde est dû à la même cause que dans l'atrophie aiguë, savoir une altération, un trouble apporté aux transformations qui doivent se passée dans le sang et les tissus, et la rétention dans l'organisme des produils de ces transformations qui devraient être éliminés par les reins. Dans la plupart des cas, l'urine est albumineuse et contient des cylindres urinaires; parfois il y a suppression d'urine. La Roche a vu l'urée manquer dans l'urine, mais en abondance dans le sang (1). Blair a découvert une grande quantité de carbonate d'ammoniaque dans le sang, et aussi dans l'air expiré (2); Lallemant, de son côté, parle de la sueur comme ayant une forte odeur urineuse (3). Le foie est d'abord augmenté de volume par hyperémie; mais dans une période avancée de la maladie, il est pâle, diminué de volume, et les cellules glandulaires sont souvent chargées d'huile (4). Ordinairement aussi on trouve les reins gros et congestionnés dans la première période, mais plus tard, la substance corticale s'hypertrophie et les tubes sécréteurs se remplissent d'épithélium granuleux. On est donc en droit de conclure de ce qui précède, que l'ictère de la fièvre jaune n'est qu'un des résultats de cet affaiblissement ou de ce trouble des métamorphoses qui se passent dans le sang et les tissus, témoignés par des preuves si nombreuses.

b. FIÈVHES PALUDÉENNES RÉMITTENTES ET INTERMITTENTES.

On a maintes fois constaté l'apparition de l'ictère dans les fièvres paludéennes rémittentes et intermittentes de l'Inde, de l'Algérie et autres pays où la vraie fièvre jaune passe pour inconnue. J'ai observé l'ictère, il y a vingt-quatre ans, dans les fièvres paludéennes de Burmah (5); et Morehead, un des plus anciens et des meilleurs auteurs sur

(1) Yellow Fever, Philadelphia, 1855.

(2) Report on Yellow Fever, by Daniel Blair, p. 39, 40. Britisli and Foreign Med. chir. Rev., avril 1856.

(3) Frcrichs, op. cit., p. 182.

(4) Dans l'cpidémie de Gibraltar, sur treize cas suivis d'autopsie, Louis a constaté que la cohésion du foie était diminuée dans sept; « la couleur de cet organe était altérée dans tous : de manière qu'il offrait tantôt une teinte beurre frais, paille, café au lait clair, tantôt une couleur jaune gomme-gutle ou moutarde, ou orange, ou olive ». Louis, Recherches sur la lièvre jaune de Gibraltar de 1828, Mémoires de la Soc. médic. d'Obs'erv., t. II, et Graves, Cliniq. Méd., trad. Jaccoud, 1« éd., t. I, p. 363.

(5) Notes on the Climate and Diseases of Burmah, Edinb. Med. and Surg. Jauni., avril 1855, p. 229.

les maladies de l'I.ule, a constaté l'ict ère 28 fois sur 414 cas de fièvre rémittente. En Algérie, on a noté l'ictère dans les 7 dixièmes des cas de nèvre intermittente (i). Dans ces cas, l'ictère se produit de différentes manières. Il est quelquefois lié h un engorgement congestif dn foie, ou à un catarrhe gastro-duodénal, entravant plus ou moins complètement le cours de la bile et amenant par suite une insuffisance ou une absence débile dans les garde-robes. Dans ces deux cas, les symptômes généraux sont souvent légers. Mais dans d'autres cas, qui d'ordinaire sont mortels, l'ictère est accompagné de sécheresse et coloration brune de la lan^•ue, 'd'assoupissement, de délire, de tremblements, de soubresauts et autres symptômes de l'état typhoïde, avec pétéchies et hémorrhagies stomacales et intestinales et avec albuminurie et hématurie, et parfois suppression complète d'urine (2). Il y aurait dans ces cas à faire avec beaucoup de soin l'analyse du sang et de l'urine, mais il n'est guère douteux que l'état général ne soit semblable, sinon identique, à celui de l'état typhoïde dans la fièvre jaune, dans le typhus Britannique, et, en fait, dans les maladies aiguës en général (4). Dans ces cas graves de fièvre rémittente, Morehead et autres observateurs ont trouvé les voies biliaires parfaitement libres et exemptes d'inflammation catarrhale, tandis que le foie n'était que légèrement congestionné, et quelquefois pâle et atteint de dégénérescence graisseuse. Dans ces cas, l'ictère paraît résulter d'un état du sang défavorable à la. transformation de la bile absorbée.

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