‹ Leçons cliniques sur les maladies du foieChapitre 65 sur 104 · C. FIÈVRE A RECHUTE · texte numérisé non relu

C. FIÈVRE A RECHUTE

L'ictère a été un fréquent symptôme dans la fièvre à rechùte de la Grande-Bretagne et d'Irlande; et même la fréquence de cette complication d'ictère et aussi de vomissements noirs a fait souvent prendre la fièvre à rechute pour la vraie fièvre jaune. En 1826, Graves et Stokes ont publié un rapport sur la fièvre jaune de Dublin, et le 21^ chapitre du 1" volume des incomparables Leçons Cliniques de Graves est intitulé Fièvre

(1) Clinical Researches on Diseases in India, 2^ éd., 1860, p. 73.

(2) Boudin, Trailé des fièvres intermil tentes, Paris, 1842.

(3) Frcrichs, op. cit., p. 179.

(4) En 1853, je n'ai pas trouvé d'albumine dans l'urine des individus atteints de fièvre intermittente à Burmah. Mes observations, qui étaient faites pour la plupart dans la première période de la maladie, avant l'apparition des symptômes typboïdes, ont été signalées comme établissant une distinction entre les fièvres rémittentes paludéennes et la vraie fièvre jaune. Toutefois la fréquence relative de l'albuminurie dans la fièvre jaune est probablement duc à ce fait que l'état typhoïde est beaucoup plus commun dans cette maladie que dans les fièvres rémittentes paludéennes. Quand l'état typhoïde se manifeste dans la fièvre rémittente, il serait réellement extraordinaire qu'il différât de l'état typhoïde qu'on observe dans toutes les autres maladies par l'absence d'albuminurie. En outre, dans les fièvres intermittentes de môme origine telluriquc que les rémittentes, il n'est pas rare de trouver de l'albumine et môme du sang dans l'urine.

jaune des Iles 7 Uannirjues. Tonl \e monde admet maintenant que les faits rapportés par ces auteurs étaient des cas de fièvre à rechûle ou de famine, compliques d'ictère et de symptômes cérébraux (1) et déjà dans ce temps-là O'Brien les a distingués de la vraie fièvre jaune (2). L'épidémie d'Ecosse de 1843 fut aussi considérée par un grand nombre de ses plus distingués observateurs comme de môme nature, sinon tout à fait identique, que la fièvre jaune : on s'est même imaginé qu'elle avait été importée des Indes Occidentales à Glasgow par des vaisseaux marchands, quoiqu'en réalité elle eût régné dans l'est de l'Ecosse pendant quelque temps avant qu'elle apparût à Glasgow (3). Il y a, à la vérité, de grands traits de ressemblance entre les formes les plus graves de la fièvre à rechute compliquée d'ictère et de symptômes typhoïdes et la fièvre jaune des tropiques, mais nous avons ici un autre exemple des méprises dans lesquelles on peut tomber si on établit rien que sur des symptômes les analogies ou les différences qu'on croit trouver entre diverses affections spécifiques aiguës et si l'on ne tient pas compte des circonstances dans lesquelles elles se produisent, autrement dit de leur étiologie.

La fréquence de l'ictère dans la fièvre à rechùte a été diversement estimée; mais on peut l'admettre en moyenne pour un cinquième des cas. Cet ictère est indépendant de tout obstacle au cours de la bile hors du foie. Dans la plupart des cas, les symptômes concomitants sont légers et les malades se rétablissent, et alors l'ictère est probablement dii à la congestion hépatique si ordinaire dans la fièvre à rechute. Cependant la plupart des observateurs qui ont étudié cette fièvre s'accordent pour faire de l'ictère un symptôme très-grave; il a certainement été maintes fois accompagné d'hémorrhagies, vomissements noirs, langue sèche et brune, délire, coma, soubresauts, convulsions, et autres symptômes cérébraux ; mais il n'est pas non plus toujours lié en pareil cas à de la congestion hépatique, on l'a même souvent observé avec un foie mou, pâle et jaune et accompagné de la présence de la leucine et de la lyrosine dans l'urine (4). -Toutefois, de même que dans la vraie fièvre jaune,

(1) Tel n'est pas l'avis dn professeur Jaccoud qui, dans une des plus importantes notes ajoutées à sa traduction de la Clinique de Graves (t. I, p. 357, If édit.), accepte les faits observés par l'éminent clinicien de Dublin, ainsi que rinterprélation qu'il en donne. La discussion que l'auteur français fait de cette question est des plus intéressantes, mais je no puis qu'y renvoyer le lecteur.

Quant aux diirérences qu'ont présenléns les' prétendus cas de fièvre jaune constatés en Angleterre relativement au vrai typhus amaril, Jaccoud les met sur le compte du milieu tout autre dans lequel ils se sont produits : ce serait, comme il dit, la même maladie, mais dépaysée. Je cite cette opinion à titre de renseignement, mais sans la partager.

Voir aussi la Palliolofiie interne du môme auteur, t. Il, p. G61, 5<= éd. (iV. D. T.).

(2) Traiisacl. Queen'n CoUeije of Plujs. of Dublin, 18-28, p. 532

(3) Murchison, Un llie Conlinued Fever of GreiU Drilain, 2" éd., 1873, p. 47, 395. (4j Dans deu.x. cas mortels de Qèvre à recliùte avec ictère, héir.orrhagies et symp-

ICTÈHE SANS OBSTRUCTION. 407

ces symptômes graves ne sont pas dus à la présence de la bile dans le sang; mais l'ictère est simplement un signe extérieur et visible des modifications importantes dn sang qui empècbent les transformations normales de se produire. On a constaté que l'urine était supprimée ou diminuée de quantité et très-pauvre en urée, qui a été trouvée en abondance dans le sang et dans le liquide cérébral (1).

d. TYPHUS FEVER.

Des opinions très-contradictoires ont été émises sur la présence de l'ictère dans le vrai lijphus fever. Sir W. Jenner dit qu'il ne l'a jamais rencontré, tandis que d'après Frerichs, plusieurs épidémies de typhus pétéchial ont été caractérisées par la fréquence de l'ictère. Il est probable que Frerichs a été trompé par la fréquence avec laquelle les épidémies de typhus et de fièvre à rechute ont régné ensemble et par ce fait que, dans la plupart des cas, cette dernière maladie a été considérée •comme une simple variété de la première. Quoi qu'il en soit, dans ce pays ainsi qu'en Irlande, l'ictère est une très-rare complication du vrai typhus. En 1843, le docteur Henderson a signalé l'occurrence de l'ictère dans le typhus fever (2). Frerichs a rapporté deux cas (3); j'en ai moimême observé quinze qu'on trouvera signalés dans mon ouvrage sur les fièvres continues de la Grande-Bretagne; et le docteur Iludson, de Dublin, indique également l'ictère comme une très-rare complication dans le typhus (4). On peut juger de la rareté de l'ictère dans le typhus, de même que de la gravité des cas dans lesquels il survient, par ce qui a été observé à l'hôpital des fiévreux de Londres. Sur 7604 cas de vrai typhus admis à l'hôpital pendant les années 1862, 3, 4 et 5, l'ictère ne fut noté que 16 fois, c'est-à-dire 1 sur 475. Sur les 16 cas, 12 furent mortels, et si l'on en déduit 2 cas où l'ictère n'est survenu qu'à la convalescence, et était évidemment catarrhal, sur les 14 malades chez lesquels le typhus exanthématique s'est compliqué d'ictère, 12 sont morts,

tômes typhoïdes, rapportés par sir J. Rose Cormack, le foie avait dans l'un sa couleur et sa consistance normales, et dans l'autre il était un peu mou et présentait à la coupe une couleur un peu sombre. Nat. Hist., Palh. and Treat. of the Epidémie Fever at présent prevailing in Ediiiburgh, etc., 1843, obs. VII et VIII (reproduit dans les Clinical Studies du même auteur, t. I). Dans l'épidémie de fièvre à rechute qui régna à Saint- Pétersbourg en 1864-, on trouva maintes fois la glande hépatique dans un état d'atrophie aiguë, et dans deux cas de ce genre, Zuelzer trouva dans cet organe des cristaux de leucine et de tyrosine.

(1) Voiries preuves à l'appui réunies dans mon ouvrage On the Continiied Fevers, etc., 2" éd., p. 367.

(2) Edinh. Med. and Surg. Journ., 18U, t. LXI, p. 2'iO.

(3) Op. cil., p. 1G5, 1(5G (obs. XI et Xllj.

(4) Leclures on Ihe Studij of Fever, 1867, p. 88.

De même que dans les maladies spécifiques déjà mentionnées, l'ictère n'est pas dû à une obstruction des voies biliaires, il est également indépendant de la cong^estion hépatique. Le tissu hépatique, dans les cas où j'ai pu pratiquer l'autopsie, était ordinairement pâle et mou; toute trace de division en lobules a disparu dans quelques cas, et les cellules glandulaires contenaient une grande quantité d'huile, et paraissaient en voie de destruction; enfin Fiericlis a trouvé — et moi également — delà leucine et de la lyrosinc dans le tissu hépatique, dans le tissu rénal, et aussi dans l'urine (1). Dans un de mes.cas (Obs. CXXXIII), on a également constaté que, comme dans l'atrophie jaune (v. p. 271) l'urée avait presque disparu de l'urine. Sauf la présence de l'ictère, il n'y a rien de bien remarquable dans ces cas de typhus. Les symptômes typhoïdes existent toujours à un haut degré et, comme j'ai essayé de le montrer ailleurs, ils sont probablement dus à l'élaboration imparfaite et la rétention dans l'organisme de ces produits de métamorphose du sang et des tissus qui sont destinés à être éliminés par les reins. On sait maintenant que les convulsions, qu'on peut considérer comme l'acmé de l'état typhoïde, ont une origine urémique aussi bien dans le typhus que dans la scarlatine, et j'ai rapporté des cas de typhus (2), sans, aussi bien qu'avec des convulsions, dans lesquels on a trouvé de l'urée dans le sérum sanguin. Donc, quand l'ictère survient dans le typhus, il n'explique pas les autres symptômes graves qui l'accompagnent ordinairement, et il ne contribue même peut-être nullement à la terminaison fatale; c'est simplement un indice d'un trouble dans les métamorphoses normales du sang, par suite duquel la bile absorbée n'est pas transformée comme à l'état physiologique, ou même comme dans les cas ordinaires de typhus.

Parfois l'ictère dans le typhus est susceptible d'une autre explication que celle que je viens de présenter. Son apparition dans l'obs. CXXXV était probablement déterminée par la pneumonie double et dans l'obs. CXXXVI, où il survint pendant la convalescence, il parut dù à un état approchant de celui de la pyohémie, plutôt qu'un résultat direct du typhus.

e. FIÈVRE typhoïde.

J'ai rencontré l'ictère dans quatre cas seulement de fièvre typhoïde, sur lesquels trois se terminèrent par la mort. Dans celui (obs. CXXXYII) qui guérit, l'ictère survint pendant une rechùte de la fièvre et fut probablement dù a un catarrhe du canal hépatique ou cholédoque; dans un autre cas, on le vit paraître le jour et il fut accompagné d'albuminurie, et, pendant la convalescence, de thrombus des veines fémorales; l'albu-

(1) Murcliison, Continued Fevers of Great Britain, 2» éd., 1873, p. 210. (2j Voyez l'ouvrage sus-indiqui;, pp. 161, 17-1.

minurie persista et le malade mourut dans l'espace de six mois. Dans les deux cas, l'ictère survint pendant la fièvre primitive; ils furent tous les deux mortels, ot dans ces deux cas on trouva, à l'autopsie, le foie petit et ses celliiles remplies d'iuiilc. Dans un cinquième cas qui m'a été communiqué (Obs. CXXXIX), l'ictère arriva vers la fin d'une attaque violente et persista pendant la convalescence. A.ndral a rapporté un cas (1) où l'ictère fut constaté au commencement du troisième jour et où le malade mourut le neuvième jour d'une pneumonie h gauche. Louis a publié deux cas suivis de mort, l'un accompagné de parotides et d'abcès secondaires du foie, l'autre d'érysipèle de la jambe (2). Sir W. Jenner n'a jamais observé l'ictère dans la fièvre typhoïde, mais il cite une pièce provenant d'un cas mortel qui s'est présenté sur la côte Occidentale de l'Afrique. Frerichs rapporte deux cas suivis de mort (3). Dans l'un, l'ictère ne parut que le 37" jour, alors que le malade paraissait être en convalescence, et le 41" jour le malade succomba avec des symptômes d'œdème pulmonaire; l'urine était en très-petite quantité, et après la mort, on trouva les reius congestionnés et on constata la présence de la leucine et de la tyrosine dans le tissu du foie. Dans l'autre, l'ictère parut de bonne heure, le 5" jour, et fut accompagné d'une abondante épistaxis et de délire violent; le malade succomba le 8" jour avant l'apparition des ulcérations de l'iléon et on trouva le foie atteint d'atrophie jaune aiguë. En somme, l'ictère paraît être un phénomène plus rare dans la fièvre typhoïde que dans le typhus, et sur le petit nombre de cas où on l'observe, il est probablement dû dans quelques-uns au catarrhe des voies biliaires; dans d'autres, sa pathogénie paraît être la même que celle de l'ictère dans les affections spécifiques que j'ai signalées.

f. SCARLATINE.

Vous trouverez rapportés dans la Clinique de Graves (t. I, p. 578), deux cas de scarlatine qui furent compliqués d'ictère et d'engorgement du foie, attribués à une hépatite; le professeur de Dublin y parle aussi d'une forme chronique d'hépatite, fréquemment consécutive à la scarlatine. Le docteur G. Harley a aussi rapporté un cas de fièvre scarlatine compliquée d'ictère par congestion probable du foie (4).

D'après mon expérience, je suis porté à croire que l'ictère est extrêmement rare dans la scarlatine. Sur environ 2000 cas que j'ai eu à traiter antérieurement à 1868, je ne l'ai constaté que cinq fois, sur les-

(1) Clinique Médicale, 3» éd., 1831, t. I, p. 10.

(2) Recherches sur la fièvre typhoïde, 'i'^ éd., Paris, 18il, obs. XVII et XXVI.

(3) Op. cit., pp. 167, 243. (obs. Xlil et XXI.)

(4.) Palhologij and Trealment of Jaundlce, p. 93.

quels 3 cas se teriniiièrcnt par la mort. L'autopsie fut laito dans deux cas : dans l'un le foie n'élait pas le inoins du monde congosUoiiné, mais pâle et graisseux (obs. CXLI); dans l'autre, il avait l'aspect noix muscade, les bords des lobules étant pâles et leur centre plein de sang. Dans les deux cas, les voies biliaires étaient parfaitement libres. Dans les deux cas, l'urine contenait de l'albumine, mais mallieureusement on n'y a pas recberclié la présence de la leucine ou de la tyrosine. Il est très-probable que quand l'ictère paraît dans la scarlatine, il peut être le résultat d'une congestion bépatique ou d'un catarrhe des voies biliaires; mais dans les autres cas, et ce sont les plus graves, il est évidemment indépendant de la congestion ou de l'obstruction, et il est produit par des troubles sérieux dans les transformations du sang.

g. ICTÈRE ÉPIDÉMIQUE.

La plupart des auteurs qui se sont occupés de l'ictère signalent son apparition accidentelle sous une forme épidémique. Vous trouverez un exposé de quelques épidémies d'ictère dans l'ouvrage de Frerichs (1). Ces épidémies ont considérablement varié dans leur gravité et probablement aussi dans leur nature. Dans certaines, pas un malade n'a succombé : tel est le cas pour l'épidémie de Cliasselay dont parle Frerichs, où l'ictère commença par du catarrhe gastrique et les selles furent toujours décolorées. Une semblable observation fut faite à Pavie, en 1859, où sur 1022 soldats français qui y stationnaient, 71 furent atteints d'ictère, mais tous guérirent. Cette épidémie fut caractérisée par de la douleur à l'épigastre et dans les hypoclioudres et par l'augmentation de volume du foie et de la rate, et fut attribuée à des miasmes paludéens concurremment avec des excès de chaleur, de fatigue et d'intempérance (2). D'un autre côté, dans une épidémie qui régna à Essen en 1772, et qui frappa surtout les enfants, l'ictère prit une forme intermittente et fut caractérisé par du délire et autres symptômes nerveux; une forte proportion des malades succomba. Dans une autre épidémie, qui survint à la Martinique en 1858, la maladie fut extrêmement funeste pour les femmes enceintes : sur 30 femmes atteintes à Saint-Pierre pendant leur grossesse, 20" avortèrent et moururent, après avoir présenté du délire, du coma et autres symptômes très-analogues à ceux de l'atrophie aiguë du foie (3). En 1862, une remarquable épidémie d'ictère frappa la ville de Rotterdam, où le système de canalisation était notoirement mauvais. Dans l'automne de cette année, Rotterdam fut en proie à une épidémie

(1) Op. cit., p. 186 sqq.

{'2j Med. Times and Gaz., 8 juin 18GI, p. 607.

(3) Bril. Med. Journ., 7 février 1863.

très-ineurtrière de fièvre typhoïde, qui fut suivie, au commencement de l'année suivante, d'une épidémie d'ictère, et dans le mois de février, ou constata que pas moins de 150 pcrsouues en étaient atteintes, mais que toutes les personues qui avaient été attaquées de la fièvre typhoïde l'automne précédent avaient été épargnées par l'ictère (1). D'après Sir Thomas Watson, l'ictère régna épidémiquement à Londres en 1846, immédiatement à la suite d'un temps extrêmement chaud (2), saison qui fut aussi remarquable par une prédominance inaccoutumée de la fièvre typhoïde.

La plupart de ces épidémies paraissent avoir été dues à quelque poison tellurique (v. p. 161); quelques-unes peuvent avoir été l'effet d'un refroidissement. Le mode de production de l'ictère a probablement varié avec l'intensité de l'épidémie. Il paraît avoir été occasionne quelquefois par congestion hépatique ou catarrhe des voies biliaires; mais dans d'autres,'où il était accompagné de délire et de symptômes typhoïdes, où il a été extrêmement grave, et où l'ensemble des phénomènes offrait une ressemblance frappante avec ceux qu'on observe dans l'atrophie jaune ou aiguë du foie, il a été plus probablement déterminé par un état morbide du sang qui met obstacle aux transformations normales. Je vous ai déjà fait remarquer que l'ictère, qui tout d'abord paraît être purement catarrhal, peut se terminer par la mort avec des symptômes d'atrophie aiguë (p. 274).

2° Poisons animaux.

a. PYOHÉMIE.

Dans une grande partie des cas de pyohémie, résultant soit de traumatisme, soit de l'état puerpéral, ou de causes internes (v. p. 171), il y a ictère de la peau, des conjonctives et de l'urine. J'ai observé de uombreux cas de ce genre à l'hôpital des fiévreux de Londres. L'ictère commence d'habitude dans la première période de la maladie et continue à augmenter jusqu'à la mort. Mais il est rarement intense et quelquefois il est même si léger qu'on peut ne pas le remarquer. Les intestins sont ordinairement relâchés et les évacuations contiennent abondamment de la bile. Parfois, comme je vous l'ai exposé dans une des premières leçons (p. 171), on a trouvé des dépôts purulents dans le foie; mais dans la plupart des cas, on n'a rien trouvé qui expliquât l'ictère. Le foie est pâle et anémique, et les voies biliaires sont libres et exemptes d'inflammation (v. obs. CXLIV) (3). L'urine, outre le pigment biliaire, con-

(1) The Lancet, 1863, t. 1, pp. 222, 374.

(2) Op. cil., 5o 6(1. L. II, p. 68i{.

(3; Virchow prétend que l'ictère dans la pyohémie (aussi bien que dans le typhus) est catarrhal et est causé par du mucus visqueux qui bouche rorifice duodénal du canal

tient souvent de l'alliuniine ou du sang, ce qui indique que les reins ne sont guère aptes à éliminer la grande quanlilé d'urée qui se produit dans la pyoliémie de même que dans d'autres aflections fébriles. Dans la plupart des cas de pyoliémie, la langue, au bout d'un certain temps, devient sèche et brune, et il y a plus ou moins de stupeur et de délire, et en réalité tous les phénomènes de l'état typhoïde qu'on observe dans le typhus et autres maladies. L'état anormal du processus de métamorphoses dont le sang est le milieu et l'accumulation dans le sang des produits de métamorphose qui devraient être éliminés par la voie rénale, auxquels est dû cet état typhoïde, amènent également une diminution dans l'utilisation de la bile qui a été absorbée par le sang, et rendent compte de la production de l'ictère.

b. l' OISON DES SERPENTS.

Depuis Galien, on sait que les piqûres des serpents et des vipères déterminent parfois l'ictère. Cet ictère peut-être très-prononcé et ce qu'il y a de fort remarquable, c'est la rapidité avec laquelle il se développe quelquefois. En parlant de cas de ce genre, Mead a dit, il y a bien longtemps : « intrà non integrain horam fil flavus, quasi ejua qui iclero laborat ))(!).

La science ne possède pas encore des autopsies bien faites d'individus ayant succombé à une morsure de serpent, mais il est clair que l'ictère est indépendant de toute obstruction de la vésicule biliaire, puisque les matières vomies et les garde-robes contiennent toujours de la bile. La grande rapidité aussi avec laquelle l'ictère se développe empêche d'admettre qu'il soit l'effet d'une congestion hépatique et fait penser qu'il résulte d'un trouble de l'innervation qui amène un état anormal du processus des transformations intra-bématiques. Les symptômes généraux produits par les morsures de serpents, savoir un pouls rapide, petit, irrégulier, une tendance à la syncope, les vomissements bilieux, la respiration dfficile, les sueurs froides, l'affaiblissement de la vue, le trouble des facultés mentales et quelquefois les convulsions (2), tout indique un trouble sérieux du système nerveux.

3° Poisons minéraux.

a. PHOSPHORE.

Pendant ces dernières années, on a rapporté dans ce pays et sur le

cholédoque (Vicchow's Archiv., 1865, l. XXXII, fasc. t). Cependant, d'après Frerichs, les voies biliaires sont libres et donnent passage à une sécrétion ténue, et cela s'accorde avec ce que j'ai observé. En outre, le fait (juc les garde-robes contiennent toujours de la bile et que dans la plupart des cas l'ictère est léger, inlirme qu'il soit le résultat d'une obstruction mécanique des voies biliaires.

(1) Tenlamen de Vipera, p. 36.

(2) On trouvera un comple-rendu d'un grand nombre de ces cas dans les Year-Books

ICTÈRK SANS OIJSTRLCTION. 413

continent de nombreux cas d'empoisonnement iiigu par le phospliore qui sont remarquables en ce que, dans la plupart, on a constaté l'ictère parmi les symptômes. Je ne fais pas allusion ici à ces cas d'empoisonnement chronique par le phosphore avec nécrose du maxillaire, si fréquent chez les personnes qui travaillent dans les fabriques d'allumettes, mais aux cas où des symptômes aigus ont suivi l'ingestion d'une forte dose de poison. On a discuté beaucoup pour établir la pathogénie de l'ictère dans ces cas. Virchow et d'autres observateurs prétendent qu'il est dû à l'obstruction de l'extrémité duodénale du cholédoque par l'épaississement de la muqueuse et un bouchon de mucus, et que, bien que.l'estomac et le duodénum n'aient souvent présenté ni rougeur ni aucun signe manifeste d'inflammation, il y a cependant une tuméfaction vague des glandes gastriques et uji épaississement de toute la membrane (1). Le docteur 0. Wyss a montré toutefois que, lorsqu'on empoisonne par le phosphore des chiens pourvus d'une fistule biliaire, on voit se produire un ictère qui ne peut donc être dû qu'à l'obstruction de la portion intestinale du canal cholédoque. A la suite de l'apparition de l'ictère, il a passé beaucoup moins de bile par la fistule, et cette petite quantité était mélangée avec du mucus incolore; parfois il ne passait plus que du mucus (2). Cette observation est intéressante à cause de ce fait que presque tous les rapports d'autopsie s'accordent pour établir que le foie est dans un état très-prononcé de dégénérescence graisseuse et que, de même que dans l'atrophie aiguë, les fonctions de sécrétion de l'organe ont été en grande partie abolies. En réalité, l'aspect du foie a, dans bien des cas, présenté la plus grande ressemblance avec celui de l'atrophie jaune. En outre, les symptômes de l'empoisonnement aigu par le phosphore — assoupissement suivi de délire violent, de convulsions et de coma, de vomissements, d'albuminurie ou d'hématurie, et présence dans l'urine d'une substance découverte par C. Sçhultzen, se rapprochant de latyrosine (3), en même temps qu'un certain degré de fluidité du sang, accompagné de pétéchies et d'héraorrhagies — sont complètement •différents de ceux de l'ictère catarrhal, et ressemblent si bien à ceux de l'atrophie aiguë du foie qu'on a même émis l'opinion qu'un bon nombre des cas publiés sous le nom d'atrophie aiguë étaient réellement des cas d'empoisonnement par le phosphore (4). Il paraît donc probable que

de la Sydenham Society, 1859, p. 4.15; 1860, p. 410; 18G1, p. 401; 186'2, p. 428; 1863, p. 404; 186i, p. 423, et dans les Biennial Relrospecls, 1865-6, p. 4j4; 1867-8, p. 448; 1869-70, p. 4-53. On trouvera encore deux cas, dans le 60» volume des Medico-Cliirurgical Tramaclions, rapportés par les D" llabershon et llillier.

(1) Arcliiv. f. palli. Anal, und Pliyniol., XXXI, p. 'm.

(2j Arcliiv. der Heilicunde, 1867, p. 419.

(3) Ueber acule PliOHpIiorveryifliing und acute Leberatronliie. Berlin, 1869, pp. 29, 32, 36.

(4) Voir les indications données par le Sijdenham Socielij Year-Boolc pour 1862,

l'ictère résuKaiU de l'empoisonnement par le phospliore a son origine dans le sang, et, de môme que celui de la fièvre jaune et du typhus, doit être attribué à un état anormal des métamorphoses qui ont lieu dans le sang.

b. MERCURE. — C. CUIVRE. — (1. ANTIMOINE.

Les préparations do mercure, de cuivre, d'antimoine et autres poisons irritants, sont susceptibles de déterminer l'ictère, mais seulement dans des cas exceptionnels. On n'est pas encore bien fixé sur le mode de production de l'ictère dans ces cas, mais l'explication la plus probable, c'est qu'il est causé par l'inflammation et le gonflement de la muqueuse, qui obturent l'orifice duodénal du canal cholédoque.

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