SUICIDE DANS LA MKLANCOLIE
nifestcnt des idées de suicide souvent très développées, le nombre est relativement rare de ceux qui arrivent à mettre un terme à leur existence.
C'est h tort, h mon avis, qu'on insiste souvent sur l'adresse, la réflexion, l'énergie, la ténacité que les mélancoliques déploieraient dans leurs tentatives de suicide. Sans nier que cela ait pu parfois se produire, je crois qu'il faut admettre alors l'existence de circonstances tout à fait particulières et exceptionnelles ; car une pareille résolution, une énergie semblable ne cadrent guère avec ce que nous savons de l'état de la volonté dans la mélancolie.
Sans doute, la plupart des mélancoliques ruminent très longtemps leurs projets de suicide, inventent toutes sortes de plans. Mais ils en remettent l'exécution de jour en jour, et ce luxe de combinaisons ne fait, en réalité, que cacher un manque absolu de décision et d'initiative, inhérent à leur condition même de mélancoliques.
Ils souhaitent bien mourir pour échapper à leurs misères, mais leurs aspirations restent ordinairement platoniques ; ils sont incapables de déployer l'énergie nécessaire, de faire un effort sérieux pour se tuer. De leur propre aveu, il faudrait que la mort leur arrivât toute seule, et souvent ils vous demandent de la leur donner.
Ce manque d'énergie nous explique pourquoi, la plupart du temps, leurs tentatives sont ridicules ou inachevées, rarement dangereuses.
Lorsqu'elles aboutissent — et il ne faut pas oublier que, malheureusement, cela peut encore arriver — ce n'est que lorsqu'elles se produisent inopinément, sous le coup d'un raptus anxieux, de terreurs panophobiques, par le fait d'une impulsion subite. Et, là encore, elles gardent ainsi l'empreinte de la faiblesse de la volonté.