‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveusesChapitre 59 sur 135 · FORMULES DU DÉLIRE · texte numérisé non relu

FORMULES DU DÉLIRE

ordres et peuvent intéresser soit la formation des idées, soit leur contenu.

Nous avons vu l'autre fois que les premiers se résument dans un état de paresse, d'aboulie intellectuelle, d'arrêt psy* chique, conscient et pénible pour le malade, et peuvent exister seuls comme dans les cas que nous avons examinés alors. Nous allons nous occuper aujourd'hui des troubles du contenu des idées, c'est-à-dire du délire.

Leur apparition caractérise les cas groupés sous le nom de mélancolie délirante, quelle qu'en soit d'ailleurs la variété.

Je tiens à ce propos à bien préciser que nous ne ferons pas ici une étude complète de la mélancolie délirante. Nous nous bornerons simplement à celle de quelques-uns des symptômes délirants. Nous ne nous occuperons ainsi que des conceptions délirantes proprement dites et des hallucinations, envisagées surtout dans les cas aigus de la maladie.

Les conceptions délirantes du mélancolique peuvent revêtir des formules très variables au premier abord : idées de ruine, d'humilité, d'incapacité, d'auto-accusation, de culpabilité envers la société, envers Dieu; idées de damnation, de persécution, crainte de châtiments, de supplices, de l'enfer, et parfois idées plus spéciales de négation et d'immortalité que nous étudierons à part.

Ces idées, si diverses en apparence, ont au fond bien des points communs. Leurs formules variées tiennent surtout au caractère de l'individu, à son degré de culture intellectuelle, aux événements qui ont marqué son existence, à des impressions accidentelles, au milieu social. Mais sous ces variations, on retrouve des caractères généraux communs.

C'est en partant de ce principe que, depuis longtemps déjà, on a pu dire que la caractéristique du délire chez le mélancolique était Y humilité , Y auto-accusation. Sans doute ce sont là des traits importants de ce délire, mais il faut bien reconnaître qu'ils sont insuffisants à le caractériser d'une façon absolue. Ils ne lui sont nullement exclusifs. On peut les rencontrer — nous le verrons par la suite — dans le délire d'autres malades, qui ne sont nullement pour cela des mélancoliques.

Mais si ces caractères ne suffisent pas à eux seuls à distinguer le délire dans la mélancolie, il n'en est pas moins vrai qu'ils méritent d'être pris en considération, et peuvent fournir un appoint sérieux au diagnostic, lorsqu'ils s'unissent à d'autres nouveaux que nous allons passer en revue.

Dans des conférences antérieures (1), j'ai insisté bien souvent sur les caractères généraux du délire mélancolique se dégageant de l'observation même des malades, et que j'ai essayé de grouper sous des formules très simples qui permissent de les retenir aisément.

Tout d'abord, Messieurs, et c'est là un fait capital, si l'on envisage l'origine de ce délire, on voit qu'il est secondaire.

Il ne naît pas d'emblée. Les troubles du contenu des idées ne sont pas ceux que l'on constate les premiers. Même dans les cas les plus complets de mélancolie,, ceux de mélancolie délirante, les symptômes initiaux sont ceux qui caractérisent la mélancolie simple, et l'affection se présente tout d'abord sous l'aspect que nous avons étudié dans notre dernière

(1) J. Séglas, Caractères généraux du délire mélancolique, leçon recueillie par MM. Béchet et A. Marie (Progrès médical, 1889 ; Semaine médicale} 1890; Journal des connaissances médicales, 1891).

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