‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveusesChapitre 60 sur 135 · GENÈSE SECONDAIRE · texte numérisé non relu

GENÈSE SECONDAIRE

réunion. Au point de vue psychique, ce sont donc les troubles cénesthétiques, émotionnels (douleur morale), de l'exercice des opérations intellectuelles (troubles de la formation des idées, arrêt psychique, aboulie), qui constituent les symptômes premiers, fondamentaux de la maladie. C'est d'eux que procèdent les troubles du contenu des idées, le délire, et c'est ainsi qu'il peut être; dit secondaire.

Ce fait est d'ailleurs mis en évidence de la façon la plus nette par l'observation clinique. Elle nous montre, d'une part, que le délire se présente seulement lorsque la maladie, une fois constituée, a déjà passé par la période de début que nous avons étudiée en détail ; et qu'il n'est le plus souvent, d'autre part, qu'une tentative d'interprétation de l'état d'anéantissement profond, de douleur morale ou des causes qui l'ont produit, dont le patient cherche la raison ou envisage les conséquences.

Rappelez-vous, Messieurs, à ce propos, le fait que je vous signalais chez la malade que nous examinions la dernière fois, atteinte de mélancolie simple, et qui se disait : « Est-ce drôle d'être comme cela? Qu'est-ce que j'ai donc fait pour être ainsi inquiète? Qu'est-ce que je vais devenir?» Je vous ai fait remarquer que ces préoccupations, ces interrogations, étaient importantes à noter. Elles montrent bien comment, dans les cas de mélancolie délirante, se développe le délire, à titre de tentative d'explication des phénomènes douloureux primitifs. Cette malade s'était arrêtée en chemin, après ces premiers pas dans la voie du délire mélancolique et n'avait pas poussé plus loin ses tentatives d'explication.

Il n'en est pas toujours de même, et c'est alors que s'établit le délire.

Le sentiment de douleur morale, analogue à celui que doit éprouver un criminel après l'accomplissement d'un forfait, amène chez un malade l'idée qu'il est coupable, qu'il a commis un crime. Un autre, jadis religieux, en présence du changement qu'il ressent en lui, dans ses sentiments, se croira réprouvé de Dieu, abandonné aux puissances infernales, par suite de fautes, de péchés imaginaires. Se sentant incapable d'agir, tel autre craint pour l'avenir des siens, se croit ruiné, se voit à charge à tout le monde.

Cette filiation se retrouve nette jusqu'à l'évidence dans le délire d'une de nos malades. « Tous mes sentiments, toutes mes impressions se sont faits contraires. J'étais comme si j'avais des remords. J'ai pensé que j'avais commis des crimes. Ces impressions toujours contraires et ces remords continuels n'étaient que le résultat d'une malédiction divine ; seulement, je n'y croyais pas. Mais c'est bien vrai, allez, je suis maudite et bien maudite de Dieu ! »

Griesinger, déjà, avait insisté sur cette genèse des idées fausses mélancoliques.

« Le malade, disait-il, se sent en proie à la tristesse; or, il est habitué à n'être triste que sous l'influence de causes fâcheuses ; de plus, la loi de causalité exige que cette tristesse ait un motif, une cause, et, avant qu'il s'interroge à ce sujet, la réponse lui arrive déjà ; ce sont toutes sortes de pensées lugubres, de sombres pressentiments, des appréhensions, qu'il couve et qu'il creuse jusqu'à ce que quelques-unes de ces idées soient devenues assez fortes et assez persistantes pour se fixer, au moins pendant quelque temps. Aussi ce délire a-t-il le caractère de tentatives que fait le malade pour s'expliquer son état. »

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