C..., âgé de sept ans, entre à Bicêtre, le 13 août
Uien de particulier au point de vue des antécédents héréditaires. Les parents soni d'une onne santé, ils ont un fils de vingt-cinq ans et une fille de vingt-deux ans, qui sont tous !S deux bien portants. Rien à noter pendant la grossesse. A un mois, l'enfant a été ris de convulsions qui ont duré neuf jours sans s'arrêter, et qui plus lard se sont inouveléesde loin en loin. Elles s'accompagnaient de perte de connaissance, de coloition de la face, de vomissements et de sommeil consécutif. Pas d'écume à la bouche, [is de morsure à la langue. Les secousses duraient en moyenne de quatre à cinq iures sans discontinuer. A trois ans, il a été frappé d'hémiplégie. Les accès revienent maintenant tous les deux ou trois mois, et dans les intervalles il y a quelques :cès incomplets. L'intelligence de Fenfanl s'est incomplètement développée. '
Etat actuel. — Physionomie assez expressive;. Tête bien conformée; léger straisme de l'œil gauche. La commissure gauche est tirée en haut et en dehors et la ointe de la langue déviée adroite. Fia parole est gênée ; elle oQVe le caractère
IDIOTIE
qu'elle présente quand on tient la langue entre les dents. Voûte palatine bien faite. Vingf-quntre dents; les deux incisives médianes inférieures sont crénelées.
Paralysie incomplète des membres droits. Le membre supérieur droit est le plus souvent pendant le long du corps, mais l'enfant peut cependant mettre la main droite sur sa tête. Il ne peut étendre complètement les doigts de cette main, et l'avant-bras est un peu amaigri. Pendant la marche, le pied droit traîne par terre. Les testicules sont dans les bourses. L'enfant est gâteux. Caractère doux. Intelligence moyenne; il sait les lettres, mais il ne sait pas les syllabes et ne peut comp ter.
Obs. CXLIII. -— Convulsions de l'âge de trois mois à deux ans et demi. — Idiotie.
Arrêt de parole.
M..., âgé de quatre ans, entre dans mon service de Bicêtre le 12 février 1867.
La grand'mère maternelle est atteinte de démence depuis une quinzaine d'années. Le père paraît peu intelligent, son crâne est petit. Un frère bien portant, intelligent.
L'enfant est né à terme. A trois mois il a eu des convulsions avec pâleur de la face, perte de connaissance, yeux convulsés. Les convulsions ont duré deux ans et demi ont cessé depuis dix-liuit mois. Le malade ne marche pas, il ne sait presque rien dire.
Crâne petit; région occipito-pariétale fortement saillante ; dépressions sus-sourciiières ; face allongée, nez large, strabisme convergent des deux yexix, plus fort à droite; voûte palatine bien faite, dents bien placées et saines. Gâteux. Les deux membres inférieurs sont fortement fléchis et il est difficile de les étendre. Le malade se sert presque exclusivement de la main gauche; la droite est presque toujours dans la flexion forcée, le pouce dans l'adduction complète.
Pas d'atrophie ni de perte de la sensibilité.
Diamètre antéro-postérieur 151 millim.
— pariétal l!25
— temporal 122
— bi-auriculaire 109
— frontal 85
Corde iniaque 102
— bregmatique 124
— sus-nasale 93
Courbe occipito-frontale totale 292
— — à sa partie antérieure 143
— horizontale totale 447
— — à sa partie antérieure 230
— bi-auriculaire 310
Obs. CXLIX. — Convulsions depuis l'âge de six mois jusqti à cinq ans. — Arrêt de développement de la parole. — Instincts méchants et vicieux. — Amélioration.
A... (Marie), âgée de neuf ans, entre à la Salpétrière dans mon service, le 5 avril
Les parents sont sains et bien portants. Trois sœurs bien portantes; deux frères morts
ÉTIOI>OGIE DE L'iniOTIE.
! convulsions en bas âge ; un frère a séjourné trois mois à Sainte-Anne et six ois à Bicêtre.
Notre malade a eu des convulsions très l'ortes depuis l'âge de six mois jusqu'à cinq is. Elle n'a parlé qu'à sept ans. La tète assez lùen faite, le front peu élevé surtout sur s côtés; les oreilles sont très développées; les dents sont petites, crénelées, gâtées ;
voûte palatine un peu profonde. Vue bonne, pupilles égales.
Membres bien faits, marclie facile. On est obligé de la tenir sans cesse camisolée à luse de sa méchanceté pour ses compagnes et de son onanisme effréné.
Huit mois après son arrivée je constate qu'elle se rappelle le jour de son entrée, l'elle sait le mois et l'année. I/onanisine a disparu; elle est devenue un peu timide. Ile sait lire et écrire, montre de la mémoire et travaille à marquer le linge. Ce résul- .1 est dû aux bons soins de l'institutrice, M"'' Nicolle.
Bs. CL. — Convulsions dès la première enfance. — Cécité presque complète. Idiotie. — Mauvais penchants. — Augmentation du, volume de la tête coïncidant avec les soins donnés à l'Ecole des idiotes de la Salpé trière.
Cb..., âgée de vingt-neuf ans, née à liatignolles, entre le 2 août 1871 dans mon irvice de la Salpêtrière où elle est encore en ce moment.
Le père est mort d'accident, la mère d'une maladie de cœur. Un frère et une sœur veugles-nés et morts de convulsions. Notre malade a eu des convulsions dans sa prelière enfance, convulsions qui ont amené une cécité presque complète et idiolie couîcutive . Élève des Jeunes aveugles où elle s'est éprise de plusieurs de ses maitresses t où elle masturbait ses camarades. Elle est sujette à des accès de rire, de pleurs ou d'ailation sans raison. Physionomie très peu intelligente, sourire presque continuel, lète iclinée à gauche. Voûte palatine profonde et étroite, oreilles symétriques, la gauche lus large. Nystagmus fréquent des deux yeux. La malade dit distinguer le jour des eux yeux, mais ne reconnaît aucun objet.
Seins développés, poils roux, membres inférieurs très gros. Un peu d'œdème aux ieds.
Elle a l'humeur gaie et raconte avec assez de précision des faits récents et anciens, llle dit qu'elle a des idées singulières qui peuvent être pour quelque chose au sujet de on placement ici; qu'elle avait des amitiés qu'elle n'ose avouer pour certaines peronnes et dans ces derniers temps pour des animaux, entre autres pour un certain cochon [ui se trouvait dans un couvent où elle élait comme malade, rue Uenlert, elle le cajoait, l'embrassait et ajoute qu'elle était très heureuse quand on lui disait qu'elle lui essemblait. Il faut avouer que cette ressemblance est réelle. Nous savons de plus que ;ette histoire de ses amours avec ce cochon est très vraie et que quand on a tué cette )ête, notre malade s'est livrée à un accès de désespoir comme si elle avait perdu sa neiileure amie.
Elle a des notions élémentaires sur la géographie ; elle sait compter; elle dit avoir ippris cela à l'Institution des Jeunes aveugles où elle es! restée sept ans.
Août 1871. Mars 1880.
Diamètre antéro-poslérieur 177 millim. I82millim.
■ — bi-auricuiairc IJiO 134
— pariétal l^ti
IDIOTIE
Aoiil 1871. Mnrs 188U.
125 millim.
134 miliiiji.
— — à sa partie antérieure.
La malade va à l'école, a appris à chauler, sait un p('u louclier du piano, a une mémoire très bonne, retient facilement une pièce de cinquante vers qu'on lui a lue une fois.
Obs. CLl. — Convulsions dans le bas âge, ayant duré jusqu'à sept ans.
hl lotie grave.
D..., âgée de trente-trois ans, née à Lille, entre le 7 novembre 1872 dans mon service de la Salpêtrière.
Mère morte d'apoplexie soixante-six ans, père mort d'une fracture de jambe. Trois frères bien portants. A eu dès son plus jeune âge des convulsions qui ont duré jusqu'à sept ans. L'intelligence ne s'est pas développée, on n'ajaniais pu lui apprendre grand'chose quoiqu'elle soit allée plusieurs années à l'école. Inoffensive, calme. Impotente ; membres inférieurs enflés et cyanosés ; les ongles sont tout petits, incomplètement développés. La conformation du crâne n'offre rien de particulier. — Parole nette, Ouïe et vue normales. Respiration normale ; volume normal du cœur; souffle rude à la })ointe et au premier temps. Gâte. Ne sait où elle est, ni depuis combien de temps elle est ici. Ne sait pas lire, ni écrire, sait seulement additionner les nombres les plus simples.
Obs. CLII. — Convulsions dès le plus bas âge. — Arrêt de développement de la parole.
Idiotie.
F... (Hortense), née à Paris, âgée de seize ans, entre à la Salpêtrière, le 26 juillet
Ses parents sont sains. La malade revenue de nourrice à l'âge de deux ans, on s'est aperçu qu'elle ne parlait pas et qu'elle avait des convulsions tous les six mois. On n'a pas voulu la mettre à l'école parce qu'en même temps qu'elle était arriérée elle était très irascible et aurait été facilement excitée des moqueries des autres enfants.
Elle n'a pu apprendre à coudre ; aide au ménage. La malade a toujours bégayé et a toujours présenté un tic convulsif de la face. Fait ses besoins dans la rue sans pudeur.
Diamètre antéro-postérieur
— pariétal
— bi-auriculaire . . .
178 millim.
ÉTIOLOGIE DE L'IDIOTIE. 367
Diamètre temimral 146 niillim.
— frontal 103
Corde bregmatique 157
— iniaquc 116
— sus-nasale J16
— sous-mentale 1:20
Ors. CLIII. — Convulsions depuis l'dgcde trois mois. — Idiotie. — Troubles du caractère. — Penchants instinctifs.
G... (Rosalie), âgée de trente-cinq ans, née à Paris, est entrée le 13 octobre 1876 dans mon service de la Salpêtrière.
l'as d'hérédité. Elle est Israélite. A eu des convulsions à partir de l'âge de trois mois, a toujours été faible d'intelligence, très emportée; était fleuriste habile.
A la suite de peurs pendant la Commune elle s'est excitée peu à peu et a dù être placée; l'idée de se marier la préoccupait aussi. Donne tenue, figure souriante, d'une bonne vivante et satisfaite d'elle-même.
Hallucinations de l'ouïe, elle entend la voix de personnes absentes. Sensibilité normale. Elle raconte qu'elle est resiée deu.x ans à Sainte-Anne où elle était folle, mais, Jit-elle, je ne le suis plus ici. Mobilité de caractère, passe facilement du rire aux larmes. Bavardages. Elle sait exactement le jour, le mois, l'année, se souvient de ce qu'elle a fait à Sainte-Anne. La tête est ronde, la saillie occipitale manque à peu près. Un peu de rétrognathisme. Voûte palatine normale. Menstruation nulle.
Diamètre aniéro-postérieur 168 millim.
— pariétal 1 35
— bi-auriculaire 1:24
— temporal 128
— frontal 88
Corde iniaque 101
— bregmatique 123
— sus-nasale 108
— sous-mentale 116
3bs. CLIV. — Convulsions depuis l'âge de trois mois jusqu'à deux ans. — Arrêt de développement de la parole. — Idiotie. — Troubles du caractère. — Violences.
lil..., âgée de dix-sept ans, entre le 6 mars 1878 à la Salpêtrière. L a mère est bien portante. Le père a une hypertrophie du cœur. Des cousins sont aliénés. Vers trois ou quatre mois, convulsions fréquentes jusqu'à deux ans et demi. C'est à cette, époque seulement que la' malade a commencé démarcher, elle n'a parlé que plus iard. N'a jamais pu apprendre à lire, est arrivée à copier. Réglée à onze ans. Caractère difficile, colère, elle déchire ses vêtements. Front moyen, pas de strabisme, oreilles l)ien faites; orthognathe, voûte palatine profonde. Sensibilité normale. Elle ne répond pas aux questions, mais parle seule tout bas.
IDIOTIE
Diamètre antéro-postérieur i&i itiillini.
— pariétal 137
• — Iji-auriculaire H6
— temporal 124
— frontal 9G
Corde iniaque 104
— bregmatique 142
— sus-nasale 107
— sous-mentale 114
Taille, 155 centimètres.
Obs. GLV. — Convulsions à l'âge de trois ans. — Idiotie légère.
Adolphe C..., âgé de six ans, né à Neuilly (Seine), entre dans mon service de Bicétre, le 8 octobre 1864.
Pas d'hérédité. Un frère bien portant, très intelligent. Accès épileptiformes datant de trois ans. Mauvais instincts. Grand pour son âge (IH centimètres). Teint jaune, donnant l'idée de scrofule. Tête volumineuse, front proéminent, découvert. Face très petite par rapport au crâne. Yeux gros, saillants; pupilles égales. Oreilles écartées ; nez large, épaté, rouge. Voûte palatine profonde; dents crénelées sur leur bord.
Au niveau de la neuvième vertèbre dorsale il existe un ulcère couvert de fongosités ; sur ses bords la peau est décollée. L'enfant parle peu, mais répond à toutes les questions. Il ne connaît pas les letres.
Diamètre antéro-postérieur 178millim.
— pariétal 160
— temporal . .'. 132
— bi-auriculaire 140
— frontal 100
■ Corde iniaque 153
— bregmatique 102
— sus-nasale 124
— sous-mentale 102
Courbe occipito-frontale totale 380
— — à sa partie antérieuoe. . . . . 145
— horizontale totale 530
— — à sa partie antérieure 275
Celte classe est certainement celle qui fournit le plus de victimes à l'idiotie, et si on voulait y faire rentrer tous les idiots qui ont eu des convulsions on trouveraitassurément qu'elle comprend au moins la moitié de ces déshérités. Mais je pense qu'il faut considérer que souvent les convulsions de l'enfance sont surajoutées à l'état primitif d'idiotie ou ne sont même qu'un symptôme commun à une lésion
ÉTIOLOGIE DE L'IDIOTIE.
tuberculeuse, scrol'uleuse, syphilitique, etc., qui par elle-même a déjà produit la décrépitude intellectuelle.
On ne doit donc ranger dans cette classe que les malades dont les convulsions ont vraiment été le symptôme dominant, le premier et le plus éclatant de tous, quand il n'est pas le seul, ce qui arrive souvent.
3° Maladies de L'enfance autres que cérébrales.
Avant d'aborder cette classe je dois dire que j'y comprends l'idiotie qui a pour cause des lésions des sens survenant dans la première enfance et entraînant l'absence de connaissances par suite de l'absence ou de l'imperfection des sensations. Ces lésions des sens sont du reste le plus souvent consécutives à une maladie locale ou générale comme la scrofule, et rentrent bien par conséquent dans le cadre des maladies de l'enfance autres que cérébrales.
Mais je possède encore une observation, c'est la première, dans laquelle l'idiotie a été consécutive à une maladie d'intestins sur laquelle je n'ai pu être suffisamment renseigné.
A la suite de cette maladie, comme vous allez le voir dans l'observation, l'intelligence a été arrêtée dans son développement et la malade nous est arrivée en état de folie, avec des hallucinations de l'ouïe et des idées de persécution.
Obs. CLVI. — Maladie d'intestins à l'âge de six ans. — Arrêt de V intelligence.
P.., couturière, Irenlo-neuf ans, née à Juvisy,entre dans mon service le 18 décembre 1872. Le père était sain de corps et d'esprit, la mère est pâle, gastralgique, peu intelligente. Notre malade a eu à six ans, alors qu'elle était absolument normale comme intelligence, une très longue maladie d'intestins à la suite de laquelle son intelligence ne s'est plus développée. Elle a été l'objet des tracasseries de la plupart de ses camarades d'atelier (elle est couturière).
Au mois de juin dernier, elle a commencé à avoir des hallucinations de l'ouïe, dt'S voix la menaçaient, l'injuriaient. Elle a quelquefois des étourdissements passagers sans perte de connaissance et sans tomber à terre. Traits réguliers; oreilles asymétriques, la droite a un contour anguleux en arrière. Orthognathe. Menton projeté en arrière. La parole est nette; elle ne sait pas le jour oîi nous sommes, elle sait le mois. On la tracasse, on lui dit des sottises : « C'est ennuyeux, » répète-t-elle souvent.
VOISIN. — Leçons cliniques.
IDIOTIE
Obs. CLVII. — Affection des deux yeux suivie de cécité à peu près complète a sept ans. ~~ Arrêt de l'intelligence.
M..., âgée de dix-neuf ans, entre dans mon service le 9 avril 1874. La mère est morte phthisique. Le père ne s'est jamais occupé suffisamment de ses enfants. Quinze frères et sœurs, la plupart morts tout jeunes de diarrhée ou de la poitrine.
La malade a été très intelligente jusqu'à l'âge de sept ans. A cet âge, maladie des deux yeux qui a duré tout un hiver, et qui a laissé des altérations incurables avec demi-cécité.
Depuis, l'intelligence ne s'est plus développée. Tranquille, répond à un certain nombre de questions sans hésiter. La parole est facile. La mémoire manque souvent; elle peut additionner un certain nombre de chiffres; ne sait pas combien font 32 et 5. Sait lire plusieurs lettres, mais pas les syllabes. Oreilles bien faites. Front bas, blépharite ciliaire chronique à droite. Strabisme interne de l'œil gauche qui présente un leucome et un staphylôme. C'est encore de cet œil qu'elle Toit le mieux. Le nez est croùteux; lèvre supérieure forte; dents bien placées: voûte palatine normale.
Taille, 142 centimètres.
Diamètre antéro-postérieur J72millim.
— pariétal 156
— temporal 146
— bi-auriculaire 1 30
— frontal 92
Obs. CLVIII. — Surdi-mutité et cécité survenues à six ans. — Arrêt de l'inteUujence.
La nommé G... (Zoé), âgée de trente-neuf ans, née à Bayeux (Calvados), entre à la Salpêlrière le 27 avril 1876.
Père inconnu. Mère morte il y a deux ans d'hémiplégie gauche. Jusqu'à l'âge de six ans, notre malade se développait bien. A cet âge elle eut la fièvre typhoïde à la suite de laquelle elle devint sourde-muette et perdit progressivement la vue. Elle est restée à l'Institution des Sourds-muets jusqu'à douze ans; elle criait continuellement. La malade fait souvent un petit cri quand on la mécontente ou qu'on la dérange. On la voit faire souvent des mouvements des mains co"mine pour chasser quelque chose devant elle. Les pupilles sont inégales, la droite plus large ; léger strabisme interne de l'o&il droit.
, ,, ... (droite 64 millimètres
Hauteur de 1 oreille { , „a
( gauche .... 62 —
Voûte palatine bien faite ; la plupart des dents sont cariées. Les membres sont bien faits et forts. Il n'est pas facile de savoir grand'chose de son intelligence ; cependant nous apprenons qu'elle a manifesté le besoin d'aller à la garde-robe ; quand on l'a habillée, elle a mis ses bas, ses jarretières.
Un cri très fort poussé dans ses oreilles, une lumière passée devant ses yeux ne paraissent déterminer aucune impression.
ÉTIOLOGIE DE L'IUIOTIE.
Diamètre aiUéro-postérieur
165 inillim.
pariétal
temporal ....
bi-auriculaire frontal
Corde bregmatique .
— iniaque . . . . .
— sus-nasale...
— sous-mentale
4° Idiotie par méningo-encéphalite
Oks. CLIX. — Méningo-encéphalite aiijuè àl'âge de deux ans. — Arrêt de rintelligence. — Autopsie : kyste formé aux dépens de la frontale ascendante et de lu première pariétale droite.
Ch.. (Eugène), âgé de treize ans, entre dans mon service en mai 1862.
Il a eu une affection cérébrale à l'âge de deux ans. Il est pâle, assez maigre, d'une taille ordinaire. Tête assez forte, allongée en arrière ; vertex fortement cintré. Hémiplégie faciale légère à droite. Paralysie, contracture et atrophie du bras gauche ; faiblesse du membre inférieur gauche. Par moments, l'enfant sourit (juand on lui parle, il semble comprendre, mais ne répond pas. 11 meurt le 1" juillet 1866 dans le coma, après avoir offert des phénomènes cérébraux. Dans les quatre ans qu'il a passés à Bicètre il a eu de nombreuses attaques d'épilepsie.
Autopsie. — La boîte crânienne est épaisse à peu près dans tous les points.
Le cerveau pèse 1050 grammes.
Grande quantité de sérosité dans les méninges.
Sur l'hémisphère droit on voit un kyste situé à la partie la plus interne de la scissure de Rolando et formé aux dépens de la substance même de la première circonvolution pariétale et de la frontale ascendante. Ouvert par sa partie supérieure, le kyste donne issue à du liquide rougeâtre. Ses parois, lisses, molles, adhérentes à la subtance cérébrale, sont parcourues par des vaisseaux. Sa cavité ne communique pas avec les ventricules.
La première circonvolution droite, sur une longueur de 4 à 5 centimètres, est affaissée et aune teinte jaune terreux, elle est molle et donne la sensation de fluctuation. En l'incisant on trouve une poche pleine de sérosité rougeâtre et divisée en lobules par des tractus fibrineux. La paroi interne, blanchâtre , est parcourue par un assez grand nombre de vaisseaux. La partie la plus interne de celte circonvolution offre une teinte normale, cependant sur une coupe on voit un tissu blafard oîi on ne peut distinguer les deux substances grise et blanche l'une de l'autre.
Obs. CLX. — Méningite dans le bas-dge. — Idiotie. — Autopsie. — Méningo-encéphalite chronique. — Adhérences. — Etude histologique.
La nommée B..., âgée de trois ans, est entrée à la Salpêtrière le 25 février 1864. Elle était atteinte d'idiotie congénitale et était sujette à des attaques d'épilepsie survenant par séries à des intervalles assez éloignés.
IDIOTIE
En 1866 elle eut une méningite qui laissa après elle un peu de contracture et une grande faiblesse des quatre membres. La malade ne pouvait pas marcher, elle passait ses journées dans un fauteuil et était gâteuse. Elle mourut subitement le 12 décembre 1868 pendant une attaque d'épilepsie.
Autopsie. — L'encéphale pèse 950 grammes. Pas d'asymétrie. Les nerfs de la base ont une apparence normale. A la concavité, les méninges sont par places excessivement vasculaires. On constate qu'elles adhèrent en beaucoup d'endroits à la substance grise qui s'enlève avec elles. Ces adhérences existent surtout sur l'hémisphère gauche. Le grattage des circonvolutions adhérentes ne produit pas de crêtes. Pas de granulations ventriculaires. Les couches optiques et les corps striés sont sains. L'examen histologique fait par H. Liouville, alors interne dans mon service, révèle que dans la substance grise on distingue nettement des cellules avec leurs prolongements comme à l'état normal ; les parois des vaisseaux renferment des granulations graisseuses. La substance blanche présente des vaisseaux dans un état plus avancé de dégénérescence graisseuse. La substance grise, sur les points adhérents, contient des noyaux en quantité anermale et le tissu conjonctif des vaisseaux est hypertrophié.
Obs. CLXI. — Méningo-encéphalitc. — Idiotie. — Absence de la parole. — Atdopsie. — Transformation de l'hémisphère gauche en un kyste.
Victor V..., âgé de cinq ans, entre dans mon service de Bicêtre le 11 mars 1866.
Front découvert, assez fortement bombé, mais asymétrique, la moitié gauche est plus saillante que la droite. Un peu de strabisme convergent. Oreilles écartées, longues, à plis normaux. Le nez, la bouche sont normaux. Les membres sont bien conformés. Le testicule droit est seul descendu, le gauche n'est pas senti dans l'anneau. L'enfant paraît voir, entendre, goiîter, mais il ne parle pas et ne fait que crier. 11 gâte. Il succombe le 21 juillet 1866 à la tuberculose.
Autopsie. — L'hémisphère gauche présente une poche fluctuante transparente, qui occupe à peu près toute sa longueur. Le liquide qu'elle contient est clair et d'une quantité d'environ 200 grammes. Cette poche adhère à la dure-mère au moyen de filaments lâches et faciles à déchirer; incisée, elle laisse voir en bas le corps strié, le plexus choroïde, la couche optique et en dedans le corps calleux qui donne au doigt la sensation d'un corps fibreux. De cetle disposition il résulte que la masse cérébrale correspondante à la partie supérieure du ventricule nian(]ue complètement. L'hémisphère droit est normal. A la partie la plus interne du corps strié gauche, il existe une sorte de semis constitué par une grande quantité de petites élevures transparentes.
Les diamètres du crâne offraient les mesures suivantes :
Diamètre antéro-postérieur 160 millim.
— pariétal 124
— temporal 110
— bi-auriculaire 113
— frontal 84
Courbe occipito-frontale, totale 330
— — à sa partie antérieure 140
— horizontale, totale 485
— — à sa partie antérieure 260
Courbe bi-auriculaire 290
ÉTIOLOGIE DE L'IDIOTIE.
Obs. Cf-XII. — Méningite à l'âge de cinq ans, qui a duré dix mois. — Arrêt de l'intelligence. — Strabisme de l'œil droit. — Troubles de la parole. — Céphalalgie constante. — Vomissements.
Hippolyte B..., seize ans et demi, né à Angers, entre à Ricètre le 31 mars ^866.
l.e père marié deux fois a eu de sa première femme quatre enfants qui sont bien portants, et en secondes noces, quatre enfants dont un seul, notre malade, est encore vivant.
La mère est phthisique. Notre malade, venu à terme, a été nourri par sa mère. Pas de convulsions, pas d'attaque de nerfs. A cinq ans il a eu une fièvre cérébrale qui a duré dix mois et lui a laissé un peu de strabisme externe de l'œil droit et a arrêté son intelligence.
Etat actuel. — Grand, fort, membres bien développés, tète un peu grosse, front ordinaire, bien dégagé; voûte palatine étroite, profonde ; dents saines, bien rangées. Pupilles égales, regard un peu indécis. Parole gênée ."mâchonnée. Il accuse des douleurs de tête incessantes, avec envie de vomir. Il lit assez bien les caractères imprimés, mais fort peu l'écriture et ne sait presque pas compter. I! sait l'époque de sa naissance ; ignore l'année et le jour où nous sommes.
Diamètre antéro-postérieur -170 milliiii.
— pariétal 152
— temporal.. m
— bi-auriculaire 134
— frontal -103
Courbe occipito-frontale, totale 345
— — à sa partie antéricnre 160
— horizontale, totale 535
— — à sa partie antérieure 290
— bi-auriculaire 350
Obs. CLXIII. — Méningo-encéphalite. — Arrêt de développement de la -parole. — Autopsie. — Méningo-encéphalite et sclérose de la première frontale gauche. — Lésions de la deuxième frontale gaueho.
Adophe B..., âgé de quatre ans, entre à Bicètre le 11 octobre 1866.
La grand'mère maternelle est sujette à des attaques convulsives qui ont foit impressionné sa fille, la mère de notre sujet, pendant sa grossesse. Trois autres enfants bien portants et intelligents. Notre malade, né à terme, après un accouchement normal, a été nourri au sein. A six semaines il a eu des convulsions qui survenaient toutes les nuits et duraient dix minutes environ. En dehors des convulsions il avait des étouffements, avec pâleur de la face et des lèvres, chute à terre, dyspnée suivie d'une longue inspiration bruyante et quelquefois d'éructation. Il a marché à un an et a parlé à dix-huit mois; il prononçait bien, mais à l'âge de deux ans, il a cessé de parler et de marcher.
Etat actuel. — Tète plus volumineuse que ne le comporte son âge. Front bombé avec dépression sus-sourcilière; bosses pariétales saillantes.
Les organes des sens et la voûte palatine n'oiïrent rien de particulier. L'enfant meut
IDIOTIE
bien ses membres, mais il ne peut se tenir debout qu'en s'appuyant contre les meubles.
Il a eu un accès la nuit dernière.
Autopsie le 20 novembre 1866. — Le long de la scissure interhémisphérique, sur la première circonvolution frontale gauche, il existe une plaque jaunâtre, sous-méningée, de la grosseur d'une lentille. L'incision permet de constater qu'elle a une consistance cornée et qu'elle pénètre dans la circonvolution.
La deuxième frontale du même hémisphère est injectée et adhérente dans une étendue de 3 centimètres environ.
Rien aux nerfs ni aux ventricules. La protubérance offre une consistance cornée, presque cartilagineuse. La coupe montre une vascularisation notable sous forme d'un pointillé très apparent.
Obs. CLXIV. — Méningite à répétition. — Arrêt de développement de l'intelligence. — Instincts méchants.
La nommée Br..., âgée de seize ans et demi, vient à ma consultation le 19 novembre
Le grand-père maternel a été aliéné. Les parents sont bien portants. Depuis son bas âge elle est sujette à des accès de fièvre fréquents qui durent sept à huit jours et s'accompagnent de convulsions des yeux, de délire, d'insomnie, de paroles incohérentes, de peurs, de pleurs. Elle voit le feu, des personnes mortes. Elle a été traitée pendant de longues années à l'hôpital Sainte-Eugénie par des vésicatoires à la nuque, des bains, des douches.
N'est pas menstruée. Elle est petite et frêle pour son âge. Elle n'a rien pu apprendre, ne sait pas compter. Parole facile. Elle est méchante, injurie sa mère, ses frères, se sauve de chez elle et ne peut dire où elle est allée. Les actes déraisonnables augmentent de plus en plus.
Cette catégorie d'idiotie liée à la méningo-encéphalite pourrait se subdiviser en deux, suivant que la méningo-encéphalite est de nature tuberculeuse ou bien simplement inflammatoii^e. C'est encore là une cause fréquente de l'idiotie, et qui le serait encore bien davantage si cette terrible maladie n'enlevait pas aussi rapidement presque tous les malheureux enfants qui en sont atteints.
5° Idiotie consécutive à la fièvre typhoïde.
A cette catégorie appartiennent surtout les enfants chez lesquels cette maladie est survenue pendant la première enfance. Quelquefois on voit l'idiotie avoir sa cause dans une fièvre typhoïde arrivée un peu plus tard, comme par exemple dansl'observationXLIII, où l'enfant était âgé de douze ans, mais c'est surtout, avant l'âge de sept
ÉTIOLOGIE DE L'IDIOTIE.
ans qu'on voit, conséciitivemenL à la dothiénentérie, s'arrêter le développement de l'intelligence.
Obs. CLXV. — Fièvre typhoïde grave à deux ans. — Perversion des facultés morales, consécutives. — Violences. — Bris.
L..., âgée de vingt ans, née à Schaerbeck (Belgique), entre le 1"" juillet, 1875 dans mon service de la Salpêtrière.
Les parents sont sains et intelligents. A l'âge de deux ans, fièvre typhoïde très grave suivie d'un écoulement fétide par les oreilles. La fièvre a duré six semaines et a été suivie d'une convalescence fort longue. Depuis ce moment elle a eu un caractère difficile, violent; elle donnait des coups de pied, brisait tout ce qui lui tombait sous la main. Réglée à quinze ans. Son caractère est devenu plus acariâtre, au moment des époques menstruelles. Sa mère a remarqué que ses crises d'agitation se terminaient par des larmes.
État actuel. — Grande, blonde, pâle; traits réguliers. Pupilles égales ;elle nous dit voir passer comme des éclairs devant ses yeux. Bourdonnements d'oreilles.
Du poivre mis bous le nez éveille une odeur d'encens. Respiration normale. Cœur: souffle doux au premier temps et à la base. Conscience d'un état de souffrance dans la
tête.
Diamètre antéro-postérieur 168 millim.
— temporal 135
— bi-auriculaire 132
— frontal 85
Obs. CLXVI. — Fièvre typho'ide grave à Tans. — Arrêt de l'intelligence.
Louise R... entre dans mon service, le 23 juin 1873.
Le père et la mère sont sains et intelligents. Bien portante jusqu'à sept ans ; parlait bien, son intelligence se développait bien, quand elle eut la fièvre typhoïde grave et de ongue durée. A huit ans, a commencé à avoir des attaques convulsives qui ont duré jusqu'à treize ans; époque de la première menstruation.
L'intelligence est restée faible. Cette enfant ne sait pas son âge, ne sait pas combien font 1 et 1.
Physionomie ingrate, sans expression. Prognathisme considérable. L'oreille droite est plus large que la gauche. Front bas; nez épaté.
Diamètre antéro-postérieur 168millim.
— pariétal
— bi-auriculaire 137
— frontal • 98
Obs. GLXVII. — Fièvre typhoïde grave à douze ans. — Arrêt de l'intelligence.
Rose D. . ., âgée de quarante-six ans. entre le 4 juillet dans mon service, de la Salpêtrière où elle est encore actuellement.
IDIOTIE
Le père et la mère étaient sains et intelligents. A l'âge de douze ans, alors que son intelligence était normale, elle a eu la fièvre typhoïde qui a duré quatre à cinq mois. Depuis affaiblissement de l'intelligence et incapacité de travailler. Orthognathe; voûte palatine bien faite ; traits réguliers, oreilles symétriques. Souffle au cœur. La parole est nette. Ne se souvient pas de son âge, sait êire arrivée hier soir, ne se [souvient pas dejmis combien de temps elle n'est plus réglée.
Diamètre antéro-postérieur 174 millim.
— pariétal 147
— temporal 127
— bi-auriculaire 132
— frontal 103
6° Idiotie consécutive à répilepsie.
Obs. CLXVlll. — Épilepsie à l'âge de neuf ans et (kmi. — Arrêt de V intelligence. L..., âgé de douze ans, entre à Bicêtre, le 25 août 1865.
Fas d'hérédité morbide. Les parents ont eu huit enfants dont cinq vivent encore, lui seul est malade et atteint d'idiotie. Dès l'enfance il s'est montré très nerveux, colère, emporté. A l'âge de neuf ans et demi il a eu des convulsions avec pâleur de la face, perte de connaissance, écume à la bouche, yeux convulsés. Les accès d'abord assez éloignés se sont reproduits ensuite d'une façon à peu près continuelle.
État actuel. — Intelligence très affaiblie. 11 ne sait pas lire, ses réponses manquent de précision. Pas de strabisme ; traits réguliers. Dents saines ; voûte palatine normale. Il se sert bien de ses membres. Traité pendant longtemps par le bromure de potassium (1 à 4 grammes); les accès ont été en moyenne de trente par mois.
Obs. CLXIX. — Épilepsie. — Série d'attaques annuelles. — Arrêt de l'intelligence. —
Rachitisme antérieur.
N..., âgé de dix ans, entre dans mon service à Bicètre le 26 février 1866.
La mère jouit d'une bonne santé. Le père, adonné aux liqueurs fortes, a eu des maladies vénériennes. Cinq enfants dont deux vivent encore; un garçon de deux ans qui est souvent indisposé et sujet à de la diarrhée, et celui qui nous occupe.
La mère nous dit qu'il n'a pas été conçu pendant l'ivresse. L'accouchement a été long, laborieux, et a nécessité l'usage des forces. D'abord bien portant, l'enfant a été soigné plus tard pour du rachitisme; vers l'âge de trois ans il s'est mis à crier souvent et à se plaindre de maux de tête. Depuis cette époque il est sujet à des attaques qui durent six à huit heures. On a remarqué qu'elles reviennent à peu près régulièrement tous les ans en septembre, et que ces dernières années elles ont été interrompues par des crises d'intensité variable que l'enfant sent venir (Je m'engourdis, dit-il), et qui consistent quelquefois en un simple trouble passager de la vue.
Aucun trouble somatique. Les incisives sont seulement crénelées sur leurs bords. L'enfant connaît ses lettres, mais ne sait pas épeler; il peut compter sur ses doigts jusqu'à 10. La parole est lente et embarrassée.
ÉTIOl.OGlE DE L'IDIOTIE.
Ods. CLXX. — Épilepsie remontant à la première enfance. — Arrêt de l'intelligence.
D. . ., âgé de treize ans, entre dans mon service à Bicètre,le 13 septembre 186G Parents bien portants et intelligents. Pendant la gestation la mère a éprouvé une frayeur dans une diligence. Accouchement à terme, facile. A un an notre malade a commencé à avoir des crises qui se sont renouvelées depuis avec des intervalles de plusieurs semaines. Chute à terre, perte de connaissance, contracture des memijres, pâleur de la face, écume à la bouche.
État actuel. — Physionomie satisfaite ; rires fréquents, non motivés. Crâne volumineux ; la région temporale droite est un peu moins développée que la gauche ; oreilles larges, écartées; lèvre supérieure saillante en avant. Un peu de prognathisme; vingt-quatre dents qui offrent une teinte noirâtre et de la dépression horizontale. Membres bien conformés. Sens normaux. L'enfant ne parle presque pas, mais il comprend ce qu'on lui demande.
Diamètre antéro-postérieur IS'S millim.
— pariétal 157
— ■ temporal 148
— bi-auriculaire 131
— frontal 95
Courbe occipito-frontale totale 340
— — à sa partie antérieure 170
— horizontale totale 550
— — à sa partie antérieure 260
— bi-auriculaire 385
7" Crétinisme.
Je signale seulement ici le crétinisme qui constitue un état particulier de dégradation intellectuelle et morale, voisin de l'idiotie, quoique de cause très différente.
L'idiotie en effet est un arrêt de développement chez un individu qui n'a été q^ue sous le coup de la cause productrice de cet arrêt de développement ; c'est-à-dire que, si chez l'idiot on rencontre une sorte de déchéance physique, cette modification somatique de l'être normal est toujours dépendante des causes qui ont produit l'idiotie. Le crétin au contraire est physiquement et moralement sous le coup d'une dégénérescence k laquelle les circonstances mômes auxquelles il doit la vie et la continuation de l'existence ont imprimé un caractère invariable et indélébile. Pour tout dire en un mot, l'idiotie doit être considérée comme une maladie locale, le crétinisme comme une maladie générale; l'idiotie est un accident, le crétinisme une
IDIOTIE
diathèse ; le premier est endémique, l'autre est toujours sporadique.
Sans m'attarder longuement à donner la description du crétin, je dirai seulement qu'il diffère de l'idiot par la grosseur relative de sa tête, la prédominance des diamètres transverses, l'aspect stupide et apathique de sa face, les traits gros et lourds, le cou très gros, très large en arrière et très court, tandis que chez l'idiot il est le plus souvent long et grêle ; par son thorax qui est habituellement déformé, son abdomen qui est très gros et distendu ; par ses membres qui sont courts, les muscles atrophiés, les extrémités épaisses, empâtées. Son tissu cellulaire est souvent œdématié, la peau jaunâtre, marbrée de taches presque ecchymotiques ; les poils et les cheveux sont gros, clairsemés ; sa physionomie est surtout vieillie et paraît décrépite même dès l'enfance, tandis que l'idiot paraît au contraire toujours plus jeune qu'il ne l'est en réalité.
8° Idiotie sans cause appréciable ou difficHe à classer.
Obs. CLXXI. — Lésions de formation, — État palmé de la main droite. — Lésions du pied. — Idiotie légère. — Pas de causes appréciables .
Joseph M..., âgé de cinq ans, né dans la Gôte-d'Or, entre à Bicétre le 17 août 1866.
Pas d'hérédité morbide. Quelques convulsions légères dans l'enfance et pas suffisantes pour expliquer l'idiotie. Crâne petit, front bas. Oreilles normales; nez bienfait, voûte palatine régulière ; dents bien placées. Parole facile. Le malade sait son nom, son âge, mais non pas ses lettres, ni le nombre des jours de la semaine. Le gros orteil gauche est aplati de dehors en dedans et formé de deux os qui s'articulent séparément avec le pied. Entre l'auriculaire et l'annulaire de la main droite, il existe une membrane palmaire qui s'étend jusqu'au niveau de la troisième phalange.
Diamètre antéro-postérieur 173miUim.
— pariétal 142
— temporal 141
— bi-auriculaire 135
— frontal 102
Courbe occipito-frontale totale 350
— — à sa partie antérieure.. . . 123
— horizontale totale 525
— — à sa partie antérieure 280
— — bi-auriculaire 365
ÉTIOLOGIE DE L'IDIOTIE.
Obs. CLXXII. — Hérédité morbide.— Enfant issue d'une mère ayant cinquante-huit ans. — Arrêts multiples de formation. — Développement incomplet de l'intelligence.
Marie P..., âgée de dix-sept ans, née dans le Calvados, entre le 10 octobre 1873 à 1 a Salpêtrière.
Les parents sont bien portants, point de vices de conformation dans les deux amilles. Une cousine du père était idiote, une tante paternelle a des attaques hystériques, mais ce qui paraît dominer, c'est que cette enfant a été conçue alors que sa mère avait cinquanle-huit ans.
Les deux derniers doigts de chaque main sont demi-fléchis sans qu'on puisse les étendre. Dès l'enfance, la mahxde a été méchante, frappait les autres enfants, sa mère ; était sournoise et menteuse. Mise en classe à huit ans, a appris à lire, mais ne sait pas compter, ni tricoter. Pas de seconde dentition. Pas de menstruation. La physionomie est indifférente; le front bas. Oreilles symétriques; pupilles égales; le nez est gros, large, rouge à l'extrémité. Les dents, qui sont celles de la première dentition, sont presque toutes cariées.
Les seins sont à peine développés ; pas de poils aux aisselles ; c'est à peine si on en aperçoit quelques-uns au pubis. La marche est facile. Elle a des notions assez précises sur le temps; elle connaît la provenance de la toile, dufd.
Diamètre antéro-postérieur 177millim.
— pariétal 150
— bi-auriculaire 130
— frontal 96
Courbe occipito-frontale totale 317
— — à sa partie antérieure 114
— horizontale totale 533
— — à sa partie antérieure 215
Corde iniaque 126
— bregmatique 139
— sus-nasale 114
— sous-mentale 114
Obs. CLXXIII. — Arrêt de développement de l'intelligence sans cause appréciable. — Aggravation de son état par des maladies aiguës de l'enfance et par une cécité absolue.
La nommée B.... (Blanche), âgée de dix-neuf ans, entre le 1" mai 1879 dans mon service de la Salpêtrière où elle est encore.
Les parents sont sains et intelligents. Née à terme ; pas de convulsions. A parlé vers quinze mois, a marché à seize mois. Vers l'âge de deux ans on s'est aperçu que l'enfant n'était pas intelligente, quoiqu'elle eût tous les sens normaux; elle ne répondait pas quand ou lui parlait, ne s'occupait pas comme les autres enfants. Depuis, à partir de l'âge de cinq ans elle a eu successivement la chorée, la variole, la fièvre, typhoïde, puis une ophthalmie qui l'a laissée aveugle. L'intelligence est naturellement restée rudimentaire. La menstruation établie il y a deux ans, n'a pas amené d'amélioration dans son état.
IDIOTIE
État actuel. — Oreilles petites, les sillons des pavillons n'existent pas. pas de contours réguliers.
Conjonctive et blépharite chroniques. La vue est totalement abolie. Lèvres fines; dents mal rangées. Voûte palatine étroite. Cicatrice de scrofule le long du maxillaire inférieur à gauche. Les seins sont assez développés ; poils aux aisselles et au pubis.
La physionomie est absolument muette. L'enfant pleure continuellement et pour le plus léger motif, croyant qu'on va lui faire du mal.
Taille, 139 centimètres.
Diamètre antéro-postérieur 160millira.
— pariétal 134
— bi-auriculaire 100
— temporal 123
— frontal 96
Corde iniaque 100
— bregmatique 138
— sus-nasale 116
— sous-mentale 114
Longueur du pied droit 170
— — gauche 177
Ces faits d'idiotie sans cause appréciable pourraient être rapprochés des cas tératologiques dont ils font pour ainsi dire partie.
Les monstres ne sont pas en effet seulement des êtres chez lesquels un organe et même un appareil plus ou moins important est ou dévié de son type normal, ou bien a subi un arrêt de développement ; il en est encore chez lesquels tout un système, par exemple le système cérébral, je dirai même cérébro-spinal, a subi soit un arrêt de développement, soit une déviation organique s'attaquant quelquefois à ses éléments histologiques eux-mêmes ou à leur disposition intime.
Et cette lésion du système cérébral est si profonde et môme si nécessaire, que beaucoup de monstres présentent, quand ils sont viables, une faiblesse d'intelligence vraiment remarquable.
Il ne faudrait pas cependant conclure de cela que tout sujet chez qui se montrera une monstruosité ou un arrêt de développement soit forcément un idiot, ou même que cette monstruosité soit pour ainsi dire le stigmate et la dernière manifestation d'une idiotie héréditaire. Non, il existe des cas où la tai^e héi^éditaire peut être niée ; car elle n'a pu être trouvée aussi loin qu'on ait remonté dansTascendance des parents.
ÉTIOLOGIE DE L'IDIOTIE. 381 »
Je pourrais citer, par exemple, un enfant de ma connaissance, qui est né avec un bec-de-lièvre intéressant la lèvre et la voûte palatine, sans que, ni dans les ascendants ni pendant la grossesse, rien ne vienne justifier cet arrêt de développement.
D'un autre côté, il est quel([uetbispossibled'observer l'hérédité de ces manifestations tératologiques, et je connais une famille dont un des membres est né avec un bec-de-lièvre sans qu'aucun vice de conformation ait été remarqué chez les ascendants, et dont un autre membre, neveu du précédent, est né avec un prépuce fendu comme après la circoncision par incision antéro-postérieure.
Ces cas d'hérédité tératologique font involontairement penser à l'hérédité qui se produit dans les races et même dans les différentes tribus d'une môme race touchant la forme du crâne, à ces formes factices produites d'abord par une déformation voulue et opérée sur le jeune enfant dans le but de lui donner ce que l'on considérait comme le plus beau type, et qui se reproduisent ensuite par la génération aussi puissamment que si la môme cause matérielle avait présidé à cette déformation de l'enfant comme elle a présidé à celle de son vingtième ou trentième aïeul.
Ces lois de la génération, en effet, sont immuables et ne dérogent jamais ; elles reproduisent les vices tératologiques tout comme les caractères ataviques; ce fait est vérifié par chaque observateur qui a pu ou qui a su remonter sinon à l'origine véritable de la déviation tératologique ou atavique, du moins à un ou plusieurs faits analogues dans l'histoire des familles ou des races.
En terminant ces séries de leçons sur l'étiologie de l'idiotie, il est nécessaire de jeter un coup d'œil d'ensemble sur ces différentes variétés de l'idiotie.
11 va sans dire que quelle que soit la catégorie étiologique à laquelle appartient un idiot, il peut être affecté à un degré plus ou moins grave, sans qu'une catégorie amène d'une manière générale des cas plus graves que telle autre.
En ce qui regarde la fréquence, je pense qu'il serait difficile de se prononcer avant d'avoir réuni un nombre considérable d'observations. Cependant, s'il m'est permis d'émettre une opinion à ce sujet, étant données toutes les observations que j'ai pu faire, je dirai
IDIOTIE
que j'ai rencontré les cas les plus nombreux dans les classes suivantes :
Convulsions de l'enfance, alcoolisme des ascendants, folie des ascendants, épilepsie de l'enfant, faiblesse intellectuelle des ascendants. Mais je le répète, pour arriver à un résultat pouvant être regardé comme certain, il faudrait opérer sur plusieurs milliers d'observations au lieu de quelques centaines.
Je veux dire aussi quelques mots de la division que j'ai cru devoir faire en deux grandes classes étiologiques suivant que l'idiotie se manifeste du fait des parents, idiotie qu'on pourrait appeler native^ ou suivant qu'elle est sous la dépendance d'une maladie ayant frappé le sujet lui-même, idiotie acquise.
Je disais dans ma première leçon que la seule différence entre l'idiot et le microcéphale est tout simplement une question de date de l'arrêt du développement, en sorte qu'un arrêt de développement survenant avant le sixième mois delà grossesse amènera la microcéphalie, tandis que l'idiotie doit sa cause à un arrêt de développement ultérieur.
Vers cette première époque, en effet, les circonvolutions frontales se présentent seulement sous la forme d'un bourrelet offrant à peine quelques sinuosités, quelques plis secondaires, la substance corticale ne renferme encore que des myélocites ou des cellules embryonnaires. La vie cérébrale n'existe pas encore, le cerveau n'a pas encore conquis son autonomie que lui donne l'apparition des cellules cérébrales, avec des prolongements bien nets qu'on ne commence à voir poindre que vers le septième mois, sur quelques myélocytes.
Aussi, on comprend que, sous l'influence de causes qui agissent pendant les premiers mois de la vie intra-utérine, l'arrêt de développements et l'immobilisation de ces éléments encore embryonnaires doivent produire l'idiotie native, tandis que l'idiotie acquise est déterminée par des causes qui sévissent pendant les derniers mois de la vie intra-utérine et après. la naissance.