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VINGT-TROISIÈME LEÇON

De la mélancolie dans ses rapports avec la paralysie générale. Mélanculic prodroniique de la paralysie générale. — Mélancolie dans la paralysie générale

confirmée.

Messieurs,

Exposé de la question. Définition du mot mélancolie. — Nous lous propo.sons de vous montrer dans cette leçon que la mélan- 3olie est souvent un symptôme de la paralysie générale, et qu'on peut la rencontrer à toutes les périodes de cette aiîection.

Nous dirons de la mélancolie ce qu'on peut dire de la fièvre en pathologie générale :

« La mélancolie est tantôt toute la maladie, tantôt elle n'estqu'un symptôme d'une maladie plus complète. »

Nous croyons devoir étudier la mélancolie à ces deux points de vue dans ses rapports avec la paralysie générale ; nous envisagerons ia folie simple ou vésanique à forme mélancolique dans ses rapports avec la paralysie générale ; nous essaierons ensuite de prouver là que la folie mélancolique, tout comme les autres genres de folies vésaniques et névropathiques, peut prédisposer à la paralysie générale.

Nous étudierons le délire mélancolique en tant que symptôme de la paralysie générale. Nous faisons rentrer dans le délire mélancolique tous les états maladifs caractérisés par la persistance des idées de crainte, de découragement et de tristesse; le terme de mélancolie doit donc comprendre suivant nous :

1° Les cas de délire panoj)hobique ;

2" Les cas de délire avec stupeur (stupidité de Georget), démence aiguë d'Esquirol, semi-stupidité de Delasiauve, stupidité mixte de Sauze) ;

VOISIN. — Leçons cliniiiiics. 26

PARALYSIE GENERALE

3° Les cas de délire triste sans caractère spécial (les mélancolies sans délire d'Esquirol) ;

4" Ceux où le délire des persécutions domine la scène ;

5° La mélancolie religieuse, la nostalgie, les délires tristes qui coexistent avec des idées de suicide, d'homicide, avec surexcitation permanente de la volonté (Griesinger) ;

6° Les états dans lesquels l'agitation pourrait masquer la nature triste du délire et les délires par hallucinations terrifiantes ;

7° Enfin ceux où les idées hypocondriaques prédominent.

Nous attirerons spécialement l'attention sur cette dernière forme parce que les travaux de M. Baillargerlui ont acquis une importance incontestable; mais nous n'insisterons pas sur les autres formes. En voici la raison : D'abord ces diverses variétés du délire mélancolique se trouvent très rarement isolées, elles s'intriquent le plus souvent les unes dans les autres, ou bien elles se succèdent rapidement les unes et les autres dans la paralysie générale ; cardans cette maladie, les idées tristes, tout comme les idées gaies, sont essentiellement mobiles.

Fréquence de la mélancolie dans la paralysie générale. — La paralysie générale à forme mélancolique est aujourd'hui très fréquente,

En 1869, nous avons établi une statistique comprenant toutes les paralysées générales de deux services, à la Salpêtrière; et nous avons trouvé, sur cent cas, quarante et une fois le délire dépressif(l).

Calmeil dit « que depuis une dizaine d'années on rencontre le délire mélancolique, au moins aussi souvent que le délire expansif, à la première période de la maladie )>.

Suivant notre appréciation, l'opinion de Calmeil est parfaitement juste; nous dirons même que, depuis trois ou quatre ans, nous rencontrons la mélancolie plus souvent que le délire expansif à la première période de la maladie. On aurait donc bien tort de croire que sans délire ambitieux il n'y a pas de paralysie générale.

Le délire dépressif, mélancolique ou hypochondriaque, peut s'observer à toutes les périodes de la périencéphalite diffuse à la première, à la seconde, à la troisième période ; il peut même persister pendant toute la durée de la maladie.

(1) Union médicale, 1870.

MÉLANCOLIE PRODROMIQUE.

11 se rencontre aussi dans la période prodromiqiic. Dans ce derlier cas, le trouble intellectuel peut alors être trop peu marqué )Our mériter le nom d'un véritable délire. En d'autres termes, on )eut observer à la période prodromique de la mélancolie avec ou lans délire.

La mélancolie prodromique de la paralysie générale existe, mdÀs die ne peut pas, à notre avis, être reconnue pendant la vie.

D'une façon générale les prodromes sont « tous les phénomènes jui se présentent depuis l'instant où les fonctions ne s'exercent plus :omme dans l'état de santé, jusqu'à celui où la maladie commence ».

Dans le cas particulier nous considérons la mélancolie comme prodromique de la paralysie générale quand elle se présente sans le cortège des signes importants de la maladie confirmée, (Inégalité pupillaire, ataxiedes lèvres et de la langue, embarras de la parole, perte de l'odorat.)

Du moment où l'examen attentif pourra reconnaître chez un mélancolique un ou plusieurs de ces signes qui pour nous, appartiennent à la maladie confirmée, la mélancolie sera considérée comme symptomatique de la première période.

Si la paralysie générale est curable et elle peut l'être à notre avis, c'est lorsqu'elle est prise au début. Si, dès qu'on aperçoit chez un individu un changement de caractère avec traces d'embarras de la prononciation, diminution de l'odorat, inégalité pupillaire, etc., on avait assez d'autorité et de confiance en soi-même pour instituer un traitement antiphlogistique énergique, on parviendrait à enrayer souvent une infiammation qui deviendra plus tard inexorable; mais les résultats seraient bien plus brillants s'il était donné de reconnaître la maladie trois mois, que disions-nous ? six mois avant l'apparition de ces signes du début.

Si l'on ne veut pas sortir du cadre de la mélancolie prodromique de la paralysie générale, il faudra éviter deux écueils consistant à considérer comme prodromique une mélancolie symptomatique de la période du début.

On recherchera s'il existe en même temps qu'un délire mélanco- Uque des troubles somatiques semblables à ceux qu'on rencontre dans la paralysie générale confirmée.

Le second écueil consiste : A classer dans les prodromes d'une paralysie générale un délire mélancolique simple, c'est-à-dire vésanique qui aura été suivi de paralysie générale : à considérer, en d'autres termes, comme appartenant à une même affection, deux états parfaitement distincts par leur nature et n'ayant entre eux qu'un rapport de succession.

Etant donné un état mélancolique suivi de paralysie générale, doit-on dire que cet état mélancolique appartenait déjà à la maladie, qu'il en était prodromique, ou bien doit-on dire qu'il en était distinct et qu'il n'y avait pas plus de rapport entre la mélancolie et la paralysie générale qu'entre la môme mélancolie et une arthrite du genou qui serait survenue accidentellement ? C'est une question qui a divisé les meilleurs esprits et quenousne voulons pas avoir la prétention de trancher. Ne pourrait-on pas admettre une division factice reposant sur l'élément durée ?

Etant donné un état mélancohque suivi d'une période d'apparente guérison, suivie elle-même de paralysie générale, il y a lieu, à notre avis, de considérer cette mélancolie comme appartenant ou comme n'appartenant pas à la paralysie générale suivant la durée de rétat mélancolique antérieur et suivant la durée de la période de rémission : Elle appartiendrait à la paralysie générale, en serait par conséquent prodromique, chaque fois que sa durée ne dépasserait pas deux ans et qu'en même temps la durée de la rémission ne dépasserait pas douze mois. Ainsi un délire mélancolique durant huit mois, suivi d'une apparente guérison pendant quatre mois, terminé enfin par la paralysie générale, serait considéré par nous comme ayant appartenu dès le principe à la paralysie générale : de même quand la période mélancolique dépassera deux ans ou que la période de rémission sera de plus de douze mois, le délire sera considéré par nous comme n'appartenant pas à la paralysie générale mais bien comme une forme mentale distincte. Personne ne nous contestera que dans les cas bien tranchés, aux deux extrêmes de l'échelle, notre manière de voir est conforme à la vérité : ainsi il est très évident qu'une mélancolie qui durerait un mois et qui serait suivie aussitôt après, ou après un mois de rémission, d'une paralysie générale confirmée, devrait être considérée comme indépendante de la maladie terminale.

MÉLANCOLIE PRODROMIOUE.

Mais le jugement n'est plus aussi facile quand on approche de la partie moyenne de l'échelle. Il nous semblerait bon de faire rentrer tous les faits dans l'une ou dans l'autre des deux catégories que nous proposons : ces divisions arbitraires sont en somme un procédé scientifique, employé chaque jour en pathologie, et sans lequel la nosologie serait impossible, car on a remarqué depuis longtemps que les maladies se fondaient les unes dans les autres, que la nature n'opérait jamais par bonds et par sauts.

Maintenant que nous avons détermine ce que nous voulons entendre par les mots mélancolie prodromique, nous allons examiner les opinions des divers auteurs et les faits qu'ils ont rapportés : 1" Il est certains savants qui, à l'exemple de Chomel, nient l'existence des prodromes dans les maladies chroniques ; pour eux ce chapitre ne peut avoir qu'un médiocre intérêt. D'autres personnes pensent que dans la paralysie générale, les troubles somatiques précèdent toujours les troubles intellectuels ; elles doivent nécessairement se refusera admettre l'existence d'une mélancohe prodromique ; pour elles toute mélancolie qui ne sera pas accompagnée de troubles somatiques (ataxiques, paralytiques) sera nécessairement une mélancolie simple, c'est-à-dire vésanique. Cette opinion ne peut être combattue que par des pièces anatomiques. Il faut montrer les lésions de la paralysie générale chez les individus considérés pendant leur vie comme atteints de folie mélancolique simple. Il est bien certain que des observations semblables ne peuvent pas être fréquentes ; elles exigent trop de conditions spéciales. Il faut en effet : 1° observer un malade avec assez de soin et pendant assez de temps pour être bien sûr qu'il ne se joint au délire mélancolique aucun signe somatique de paralysie générale ; 2" que le même malade périsse accidentellement ; 3" il faut enfin avoir les moyens de faire une étude non pas superficielle mais très approfondie, avec le secours du microscope, des lésions qu'on rencontre, et dont rien pendant la vie ne pouvait faire soupçonner l'existence. Nous avons eu une fois l'occasion de suivre ainsi depuis le début de sa maladie une femme âgée de cinquante-deux ans chez laquelleon ne soupçonnait pas autre chose qu'une folie mélancolique vésanique. Entrée à notre hôpital en décembre IST'â, cette femme mourut d'une maladie de cœur et il nous a été donné de constater dans son cerveau les lésions de la

PARTLYSIE GÉNÉRALE.

paralysie générale commençante que rien n'avait pu faire prévoir. C'est là bien certainement un fait de mélancolie prodromique.

Obs. I. — Délire lypémaniaqiic. — Amélioration. — Mort d'une affection organique du cœur. — Autopsie. — Lésions commençantes des vaisseaux propres à la paralysie générale.

La nommée Cer..., âgée de cinquante-deux ans, est entrée dans mon service de la Salpêtrière Je 12 décembre 1872.

Les certificats antérieurs portaient qu'elle était atteinte de manie chronique ; affaiblissement des facultés mentales, hallucinations péni])ies et idées de persécutions.

D'après les renseignements obtenus, elle avait toujours joui d'une bonne santé. Pas d'antécédents héréditaires.

Il y a trois mois, elle a éprouvé un grand chagrin ; à partir de cette époque, elle a commencé à divaguer: on s'est aperçu qu'elle devenait mélancolique, ne répondait jamais aux choses dont on lui parlait. Grande diminution chez elle des sentiments affectifs. Enfin elle a été arrêtée mendiant dans les rues et amenée à la Salpêtrière.

Elle se présente devant nous avec une tenue négligée, ne parlant pas. Les cheveux sont coupés courts.

La conformation du crâne "est normale. Les oreilles ne sont pas régulières et leur hauteur n'est pas la même.

La langue tirée hors de la bouche ne tremble pas. Pas de tremblement jdes mains. Pas d'hésitation de la parole. Pas d'inégalité pupillaire.

Sensibilité à la douleur normale. Ne peut dire si la menstruation existe encore.

Depuis son arrivée elle a présenté un état de mélancolie très prononcé.

La mémoire est troublée ; elle ne se rappelle pas de son domicile. Elle mange et dort bien.

Un traitement par les préparations opiacées a produit un peu d'amélioration. Elle a succombé le 26 décembre 1873, à une affection cardiaque chronique et à de l'asystolie.

Autopsie. — Poids de l'encéphale, 1150 grammes. Congestion des méninges qui ne sont nulle part adhérentes. Rien de particulier dans les nerfs de la base, dans Je cervelet, dans le ventricule, Je l)ulbe, la protubérance.

La substance grise des premières, deuxième, troisième frontales, première et deuxième pariétales gauches est notablement pâle.

La première pariétale droite est d'une largeur normale dans sa "partie la plus supérieure, tandis que la deuxième pariétale est aplatie, très mince.

La largeur maximum de la première est de deux centimètres, tandis que la largeur de la deuxième est au plus de un centimètre.

Ln substance blanche est généralement piquetée. Rien de particulier dans les ventricules latéraux, dans les^corps striés, dans les couches optiques, dans les tubercules quairijumeaux.

h moelle et ses méninges ne présentent rien d'anormal.

Un grand nombre d'examens microscopiques m'ont amené à des conclusions que ne faisait pas soupçonner l'étude du cerveau à J'œil nu. Plusieurs préparations après durcissement par les méthodes ordinaires de substance

MÉLANCOLIE PROniiOMIQUE

corticale de circonvolutions, m'ont montré : un commencement d'artérite caractérisée par une quantité anormale de cellules embryonnaires et de noyaux embryo-plastiques, dans les parois vasculaires, et l'état sain des cellules cérébrales. Il est à noter que, contrairement à ce que j'ai observé dans la paralysie générale qui a parcouru toutes ses périodes, il n'existe pas de prolifération nucléaire dans la substance nerveuse et au milieu des cellules. Les corps colorés en violet par l'hématoxyline qu'on y aperçoit sont des myélocyfes normaux.

On trouve quelques observations que les auteurs rattachent à la période prodromique de la paralysie générale, tels sont : Les faits (164-253) de Parchappe {loc. cil.) - les obs. XXXII, XLV, XLVI, XLVIII, LU, LX de Calmeil {loco citato) ; l'obs. XVI de Drouet (1) ; une observation relatée par Dagonet en 4 872 à la Société médicopsychologique ; une autre empruntée àMichea (2) ; une àVillard (3), et l'observation XXXIX de Baillarger, App. au traité de Griesinger.

Lunier, dans son étude sur l'influence des événements de 1870-71 , en a relaté plusieurs qui lui ont été communiquées : l'une par Florimont, une autre par Darnis, une autre par Binet des Roys, une quatrième par Chasseloup.

Nous en avons relaté plusieurs observations intéressantes dans un mémoire présenté à l'Académie de médecine. Je vous donnerai l'exposé de ces observations (1).

Obs. II. — Paralysie générale. — Délire mélancolique, prodromique de la paralysie générale. — Hallucinations. — Tentative d'infanticide. — Inégalité pupillaire et ataxie de la langue consécutives.

La nommée Lau.... est entrée dans mon service le 18 avril 1874.

La maladie ne se dessinant pas au bout d'un mois, on essaya comme pierre de touche le traitement par la morphine. Mais la morphine ne produisit aucun effet utile, car au bout de trois mois et demi de traitement il n'y avait pas d'amélioration. A cette époque survinrent quelques idées de satisfaction ; on n'en continua pas moins la morphine, parce que ces idées expansives n'étaient accompagnées d'aucun trouble somatique, que le diagnostic en somme n'était pas encore assuré. Mais enfin, après deux

(1) Etudes cliniques sur le diagnostic de la paralysie générale, in Ann. méd.. psych., 1871.

(2) Gai. hebd. de méd. et de chirurgie, 186-i.

(3) Mouv. méd., 1864.

(i) L'opposition qui existe entre rexpression prodrome et entre Texistence d'un symptôme tel que le délire, m'a fait admettre dans un certain nombre de cas une période que j'ai appelée intermédiaire (voy. mon traité de la paralysie générale des aliénés, p. 20 et suiv).

PARALYSIE GÉNÉRALE

mois et demi, on vit une inégalité pupillaire persistante, un tremblement fibriilaire de la langue et des lèvres, un sourire hébété ; c'en était assez pour asseoir sans hésitation le diagnostic, le traitement par la morphine, qui avait échoué comme il devait le faire, fut remplacé par un traitement antiphlogistique quin'a encore produit aucun hon résultat. Ceite malade, examinée chaque jour attentivement pendant qu'on lui pratiquait l'injection sous-cutanée de morphine, observée avec plus de soins encore pendant le mois qui a précédé l'institution du traitement, a pu pendant six mois consécutifs laisser des doutes. Aujourd'hui que le diagnostic est confirmé, on est en droit de penser que le délire triste et hypochondriaque, observé dès le début, appartenait à la période prodromique de la paralysie générale. La malade est encore dans le même état (mai 1880).

Obs. III. — Paralysie générale. — Début par du délire mélancolique. — Hallucinations. — Pleurs. — Tentative de suicide et d'infanticide. — Délire d'exagération. — Amélioration.

La nommée Hug..., âgée de quarante-six ans, est entrée dans mon service le 14 juillet 4 874.'.

La malade a toujours été très nerveuse. Il y a six ans, elle a ressenti des phénomènes hystériques. Elle a eu beaucoup de chagrins surtout après la mort de son mari qui était malade depuis trois ans d'une maladie du'cerveau. La guerre de 1870 l'a vivement impressionnée et, depuis ce temps, elle est restée peureuse, effrayée; se croyait poursuivie dans les rues, entendait sans cesse des voix qui l'injuriaient derrière les murs. Depuis six mois ses hallucinations ont augmenté; elle sentait des mécaniques dans son corps; ces mécaniques correspondaient avec le plafond et disaient sa pensée. Elle sentait des odeurs de chlore qui la suffoquaient.

Il ressort de l'observation qu'il survient de temps en temps de la fièvre qui a corroboré mon diagnostic de paralysie générale.

La malade a quitté mon service en 1879, dans un état de grande amélioration, et ne conservant qu'un peu de débilité mentale. Je la revois de temps en temps.

Obs. IV. — Paralysie générale. — Délire mélancolique prodromique. — Hallucinations. — Frayeurs. — Refus de manger. — Coma. — Mort. — Autopsie.

La nommée Gr..., quarante- quatre ans, est entrée dans mon service le 10 février

La famille de cette femme est une famille d'extravagants ; son père, homme des plus excentriques, est mort d'alcoolisme ; son frère s'est toujours fait remarquer par des bizarreries de caractère et de conduite.

Cette malade, un an avant d'entrer dans mon service, avait été prise d'un délire mélancolique avec hallucinations et une légère teinte de débilité intellectuelle qui s'accentuèrent de jour en jour jusqu'à son entrée. Elle a succombé au moment-oîi la paralysie générale se confirmait.

La paralysie générale est bien indiquée par l'hyperhémie cérébro-méningée et par un commencement d'adhérences.

MÉLANCOLIE PRODROMIQUE.

Dans l'observation suivante, la mélancolie était très probablement prodromique d'une paralysie générale. En effet, ce n'était pas une mélancolie symptomatique ; en d'autres termes, la paralysie générale n'était pas encore déclarée, lorsque MM. Moreau, Baillarger, Lasègue et Trélat établirent leurs certificats, car il n'est pas admissible que les signes de la paralysie générale au début aient pu échapper à ces quatre observateurs.

Ce n'était probablement pas non plus une mélancolie simple, car il n'y a eu aucune rémission, et la paralysie générale a évolué sous nos yeux. Nous regrettons de ne pas savoir depuis combien de temps durait cet état mélancolique ; c'est le seul élément qui nous manque pour affirmer que nous avions affaire à un délire prodromique de la paralysie générale.

Obs. V. — Paralysie générale. — Délire mélancolique et stupide dans le début.

La nommée Ob..., vingt-huit ans, est entrée deux fois à la Salpêtrière (service des iliénées).

Les certificats antérieurs faits par MM. Moreau et Baillarger, Lasègue et Trélat portent qu'elle était atteinte de dépression intellectuelle, de mélancolie stupide.

Elle entre en novembre 1868 dans mon service, et y est prise dans les premiers temps d'une attaque apoplectiforme.

22 Avril 1869. — Force musculaire conservée. Marche bien et se tient bien égaleîient soit sur la jambe droite ou sur la gauche.

Physionomie indifférente; elle est encore méchante et frappe les malades.

Pupilles inégales. La droite plus large que la gauche.

N'a pas eu de nouvelle attaque.

Langue et lèvres non tremblantes. Parole nette.

Mémoire perdue. Ne sait ni son âge, ni le jour, ni le mois, ne travaille pas. Très décousue dans sa mise. Déchire.

Douleur très vive à la pression de la colonne vertébrale, dans la région dorsale. Elle îxiste surtout au niveau des cinquième et sixième vertèbres dorsales. Trouble léger de la sensibilité au membre inférieur gauche. Sensibilité normale à droite.

Pas de fourmillements, pas de secousses réflexes déterminées par le chatouillement les pieds.

A été transférée depuis dans un asile de province.

Le fait suivant appartient bien encore à la mélancolie prodi^omi- :jue de la paralysie générale.

PARALYSIE GÉNÉRALE

Obs. VL — Paralysie générale ayant débuté par du délire lypémaniaque qui a persisté pendant six mois avant l'apparition du délire de grandeurs. Attaques épilepti formes. — Mort.

M. Th..., quarante-sept ans, me consulte le 12 oçtobre 1872; il est atteint depuis plusieurs mois de mélancolie, suite de perte d'argent et de trouble dans sa position sociale depuis la guerre de 1870.

Pendant six mois, M. Th. n'avait aucun trouble somatique qui pût faire prévoir la maladie qui devait l'emporter deux ans après ; cette mélancolie a été traitée par la morphine, et malgré le traitement, le délire s'est dissipé peu à peu; (remarquons que le traitement par la morphine a été anodin; que les doses employées dans ce cas ont été minimes relativement à celles qu'on emploie d'habitude dans les cas de mélancolie simple, que la morphine n'a donc eu très probablement aucune influence sur la marche de la maladie).

En présence de nouveaux symptômes d'excitation, je fais cesser la morphine et donner 4 grammes de bromure de potassium par jour. Mais avant même qu'il ait pu être administré, M. T... a été pris de fureurs telles qu'il a été nécessaire de le conduire dans une maison de santé.

Il y a succombé en mai 1874, après avoir présenté ledélire des grandeurs {Président de l'Univers), et il a eu plusieurs attaques épileptiformes.

L'observation suivante montre la lésion initiale de la paralysie générale, c'est-à-dire un exsudât plasmatique répandu à la surface des circonvolutions, et présentant au microscope des noyaux enibryoplastiques et déjà un vaisseau de nouvelle formation.

(Il a été donné aussi une fois à Calmeil de saisir la lésion originelle delà paralysie générale.)

Un autre intérêt de ce cas tient encore à ce que l'explosion de la paralysie générale a été précédée d'un certain nombre de mois pendant lesquels le malade a présenté presque exclusivement des signes de folie lypémaniaque simple.

Obs. vil — Paralysie générale commençante. — Existence d'un délire mélancolique avec hallucinations pendant une année. — Suicide par pendaison. — Am topsie. — Exsudât à la surface du cerveau. — Observation de lésions initiales. — Examens microscopiques.

La nommée G..., née à Bruxelles, quarante ans, est entrée dans mon service le 20 avril 1872.

Autopsie. ■ — A l'autopsie on trouva, en décortiquant l'encéphale, un épaississement notable des méninges, épaississement marqué surtout aux régions pariétales.

A ce niveau existait une espèce d'exsudation jaunâtre, comme pultacée, développée dans l'épaisseur des méninges, au niveau de la surface intérieure de la pie-mère, mais

MÉLANCOLIE PRODROMIQUE.

istincte delà substance cérébrale, dont elle ne provient certainement pas. On trouve ne plaque semblable sur la deuxième circonvolution occipitale droite. En quelques ndroits, cette couche exsudative présente de petits pertuis qui lui donnent un aspect hagriné. Elle n'est pas adhérente à la substance corticale. Examiné à l'état frais, cet xsudat présente au microscope : 1° un substratum granuleux, amorphe, renfermant des îucocytes en assez grande quantité; 2° un lacis de vaisseaux incolores, dont les plus ros en ont quatre. (Ces vaisseaux renferment des noyaux fusiformes, mais aucune trace e globules sanguins); 3° un faisceau de fibres lamineuses, entre lesquelles on voit de i graisse, des amas d'hématosine, des globules décolorés, des cristaux d'hématine.

La coupe des circonvolutions pariétales fait voir, surtout au niveau de la deuxième ariétale droite, une décoloration manifeste de la corticale, et par place un piqueté jugeàtre. Les circonvolutions voisines ont une substance grise normale. La substance lanche est injectée. On ne rencontre pas de granulations dans les ventricules.

Examinée au microscope à l'état frais, la région pariétale droite présente, dans épaisseur de la zone moyenne, de nombreuses granulations graisseuses et d'autres îllules arrivées au deuxième degré de la dégénérescence; les vaisseaux en sont altéîs; les parois renferment des amas granulo-graisseux.

A la zone supérieure, c'est-à-dire à cette partie de la circonvolution qui est en raport avec l'exsudat décrit plus haut, on trouve un grand nombre de cellules altérées u premier degré, graisseuses, pigmentées en tout ou en partie.

Des coupes perpendiculaires montrent que les vaisseaux ne présentent pas de lésions illammatoires. Les tubes nerveux que l'on aperçoit en assez grand nombre ne préîntent pas de lésion.

Une portion de méninge traitée par l'alcool et le carmin, ne présente pas trace de rolifération, de noyau; on voit seulement, sur la préparation, quatre ou cinq masses hématosine, les parois des vaisseaux ne sont pas épaissies. Les méninges de la base e sont pas épaissies ; les nerfs de la base sont sains.

La moelle est ramollie à la région cervicale. Les deux poumons sont, par suite de la endaison, petits, légers, crépitants sous les doigts, couleur de lie de vin, etouyremarue des points bleuâtres, sous-pleuraux, gros comme des têtes d'épingles.

Cœur de volume normal chargé de graisse.

Obs. VIII. — Paralysie générale. — Délire 'mélancolique et hallucinations terrifiantes dans le début de la maladie. — Phénomènes insidieux.

La nommée Hy. . . , âgée de trente-quatre ans, est entrée dans mon service le2 février 1 873.

Malade depuis trois mois, elle a commencé par ne plus s'occuper de son ménage, ar manifester du désordre dans ses actions. Elle avait de grandes frayeurs la nuit et 5 .jour. Peu de jours avant son entrée ici, elle croyait voir le diable, se disait empoimnée et poussait de grands cris. Elle nous est amenée dans un grand état d'agitaon et porte sur sa figure des traces d'égratignures récentes.

Cette femme a commencé par présenter un délire mélancolique très net accompagné 'hallucinations terrifiantes et ce n'est qu'après huit mois que l'état de paralysie généale s'est manifesté.

Le traitement par la morphine a paru augmenter la congestion cérébrale.

L'autopsie faite en 1880 m'a montré les lésions de la paralysie générale.

PARALYSIE GÉNÉRALE

Obs. IX. — (Observation communiquée par Burlureaux.) — R..., gendarme à Versailles, âgé de trente-neuf ans, a toujours mené une conduite régulière ; a fait quatorze ans de service comme soldat, ensuite a été gardien de la paix, puis gardien dans la maison d'aliénés d'Auxerre, puis chargé dans cette même maison d'aliénés de la surveillance générale des travaux de culture de la vigne; enûn il se réengagea dans la gendarmerie.

Au bout de peu de temps de cette nouvelle condition, il se plaignit amèrement de ne pas avoir la position qu'il avait désirée et d'être dans la gendarmerie mobile. Il ne se consola pas d'avoir ainsi quitté l'état qu'il avait auparavant, et cette déception est le principal motif auquel le malade attribue la tristesse dans laquelle il est plongé depuis un an.

Je puis affirmer avoir affaire ici à une paralysie générale progressive ; l'âge du malade, son changement de caractère, la débilité intellectuelle, le fait de la lettre qu'il me montre et surtout la perte de mémoire, joints au tremblement fin de la langue, à la douleur spinale, à la céphalalgie, à l'hésitation de la parole, à la diminution de l'odorat sont des motifs suffisants d'aflirmation. Cette paralysie générale aura très probablement une évolution lente en rapport avec la longueur de la période prodromique.

Ce cas est intéressant parce qu'il appartient à une périencéphalite au début, parce que le trouble intellectuel n'a pas affecté la forme d'un véritable délire, parce que le caractère a revêtu une tournure mélancolique.

Quelque temps après je revis le malade et je causai avec lui; ses réponses étaient tellement lucides que je fus sur le point de m'accuser d'une erreur; mais le tremblement fibrillaire de la langue subsistait; cette rémission d'ailleurs ne dura pas longtemps et les phénomènes classiques se manifestèrent.

Changements du caractère. — Ces prodromes à forme dépressive de la paralysie générale peuvent avoir divers aspects ; tantôt on n'observe qu'un simple changement de caractère qui survient inopinément ou progressivement et sans raison suffisante; les individus qui dans l'état de santé étaient d'un caractère plus ou moins acariâtre deviennent d'une humeur douce et presque débonnaire. Ceux qui étaient gais, affectueux, doux, serviablcs, deviennent, sans raison suffisante, sombres, ombrageux, fantasques, colères, excentriques, taciturnes et méfiants ; d'autres deviennent pleureurs, très impressionnables, loquaces : c'est ce qui ressort de l'étude de mes observations. Ces changements n'échappent pas aux familles, pas plus d'ailleurs qu'aux malades qui ont la plupart du temps conscience de leur état d'énervement.

D'autres fois, c'est à la suite d'une cause légitime de tristesse que survient ce chagrin prodromique. Mais alors il affecte une intensité qui n'est pas en rapport avec la légèreté de la cause. Ou bien au lieu de s'amender avec le temps, il s'accentue de jour en jour ; enfin il

MÉLANCOLIE l'RODHOMIOUE.

rend bientôt le caractère d'un véritable délire. C'est de celte façon ue le délire mélancolique est survenu dans douze de mes observaons . La mauvaise humeur et la colère du malade sont fondées Lir des observations puériles qu'il fait dans son ménage. Caractères du délire siÉLANCOLico-iiYrocHONDRiAQUE prodro- IQUE. — Pour que ce délire soit prodromique d'une paralysie généîle,il n'est pas le moins du monde nécessaire qu'il affecte le caracîre de débilité intellectuelle qu'on note dans la maladie confirmée, lomme l'a fait remarquer Baillarger, la débilitation de l'intellience varie singulièrement chez un paralytique général suivant la ériode de sa maladie, et il ne faut pas s'attendre par exemple à încontrer habituellement dans la période du début ces idées multiles, mobiles, absurdes et contradictoires qu'a signalées Falret t qu'on observe plus tard à une période plus avancée : a fortiori, ans la période prodromique les conceptions délirantes n'ont-elles ien de notoirement absurde, n'ont-elles rien de notoirement débile ; i elles avaient ces caractères elles appartiendraient, non plus à la ériode prodromique, mais bien plutôt à la maladie confirmée. Nous lisons cependant observer que le délire hypochondriaque paraît rendre de tvès bonne heure un caractère absurde. Le délire mélanolique peut revêtir plusieurs formes. C'est la forme lypémaniaque ui prédomine. La mélancolie avec tendance au suicide et la stupeur e trouvent signalées. La forme hypochondriaque s'observe aussi uelquefois.

Signalons de suite un fait sur lequel j'aurai aussi à revenir, près le dépouillement de toutes mes observations, et qui me emble très intéressant : c'est l'existence fréquente d'un rapport ntre la durée de la période prodromique et la durée de l'évolution le la maladie.

Une maladie dont la période prodromique est courte risque fort l'avoir une évolution rapide, et par contre, lorsqu'on observe une )ériode prodromique longue, on peut espérer que la paralysie généale ultérieure aura une évolution lente, même si elle est traversée )ardes complications telles que la gangrène, les attaques épileptibrmcs, etc.

De la mélancolie dans la paralysie générale confirmée. — Le diagnostic de la paralysie générale à forme mélancolique n'est

PARALYSIE GÉNÉRALE

vraiment difficile que dans la première période de la maladie. C'est aussi à cette période qu'il est le plus important. J'insisterai donc avec le plus grand soin sur les cas de mélancolie symptomatique de la première période ; c'est une question à la solution de laquelle il faut apporter le plus d'observations possible. J'insisterai moins sur la mélancolie dans la paralysie générale à la deuxième et à la troisième période ; mais j'étudierai d'une façon spéciale les cas où la mélancolie a été observée pendant toute la durée de la maladie, de façon à montrer clairement que la forme ambitieuse expansive n'est pas celle qu'affecte nécessairement le délire dans la paralysie générale.

Ledélirehypochondriaque ayant une importance spéciale au point de vue du diagnostic, nous étudierons avec soin lescasoùl'hypochondrie a été observée ; ce sera la deuxième basede notre classification.

L'existence de la mélancolie à un moment donné, dans le cours d'une paralysie générale, n'implique pas nécessairement l'absence du délire ambitieux pendant toute la durée. Or le délire ambitieux ayant aussi une valeur diagnostique incontestable, cet élément sera la troisième base de notre classification.

Il ne serait certainement pas sans intérêt de rechercher dans quel ordre apparaissent chez un même malade les diverses formes de délire et de classer les observations suivant que le délire mélancolique a précédé le déhre ambitieux, a suivi le délire ambitieux, a coexisté avec le délire ambitieux, a coexisté avec le délire hypochondriaque, a précédé le délire hypochondriaque, etc., etc.

Mais on voit de suite combien il faudrait de subdivisions, notre recueil d'observations serait ainsi complètement morcellé; en outre la maladie que nous étudions a des allures tellement mobiles qu'on chercherait en vain une loi dans l'ordre d'apparition des divers délires : chez le même malade on peut voir le délire mélancolique hypochondriaque et le délire ambitieux se succéder à une période de la maladie ; on peut les voir coexister à une autre période, s'intriquer à un autre moment, c'est-à-dire être produits l'un par l'autre. Dans un coup d'œil d'ensemble à la suite des observations, nous vous indiquerons quelle est la succession la plus habituelle des diverses formes de délire. Au point de vue du diagnostic cet ordre de succession n'est que d'une importance secondaire, car lorsque

MELANCOLIE PKODUOMIQUE.

Ml

)lusieurs formes de délire peuvent être ou avoir été observées chez un malade, le diagnostic est généralement des plus faciles.

Le tableau suivant vous indiquera dans quel ordre tous les faits )euvent être classés.

Cas où la mélancolie s'est montréfi sans trace de délire expansif ou de

délire hypocliondriaque B

Cas où la mélancolie s'est montrée sans trace de délire expansif mais avec du délire hypochondriaque

Cas où la mélancolie

s'est montrée sans trace de délire hypochondriaque, mais avec du délire ambiteux.

Cas où les délires mélancolique, hypochondriaque et ambitieux ont pu être observés chez le même malade.

Pendant la première période 1

— deuxième — 5

— troisième — 9 Pendant toute la durée 13

Pondant la première période ...

— deuxième ■ — 6

— troisième — 10 Pendant toute la durée 14

Pendant la première période 3

— deuxième — 7

— troisième — 11 Pendant toute la durée 15

Pendant la première période 4

— deuxième — 8

— troisième — 12 Pendant toute la durée : 16

GROUPE I. — Des cas où la mélancolie s'est montrée sans délire hypocondriaque et sans délire expansif, pendant la première période de la paralysie générale.

3bs. X. — Paralysie générale ayant débuté par delà mélancolie. Délire de satisfaction ultérieur. Attaques apoplectiformes. — Mort. — Autopsie. — Lésions du centre ciUo-spinal expliquant l'atrésie pupillaire.

La nommée Laf.... quarante-cinq ans, lingère, est entrée le 25 mars 1867, dans non service, dans un état de mélancolie et de mutisme à peu près complet.

Autopsie. — L'autopsie a montré les lésions ordinaires de la paralysie générale ; 3t comme explication de l'alrésie pupiilaire (par paralysie du sympathique), un ramolissement dans la première portion de la moelle dorsale, qui occupe dans la partie lenlrale toute la substance grise qui est méconnaissable et une certaine partie de la substance blanche (1).

(1) Comparer avec Pobservation que j'ai publiée, relativement à des phénomènes oculo-pupillaires chez un homme atteint d'atrophie musculaire progressive (Gaz. hebd }, 1863, p. 607.

PARALYSIE GÉNÉlîALE.

Ce ramollissement occupe exactement une longueur de un centimètre et demi à partir de l'intervalle existant entre la 1" et 2» vertèbres dorsales.

Plusieurs portions de ce tissu ramolli examinées au microscope présentent : 1° des cellules déformées, mal définies, remplies de granulations graisseuses ; 2" des débris de tubes variqueux et graisseux.

Chez cette malade, le diagnostic de paralysie générale a pu être facilement porté dès le premier examen, car il existait de l'ataxie des lèvres et de la langue, du rétrécissement des pupilles, du tremblement de la parole. Le délire mélancolique dura quatre mois, puis fut remplacé par du délire ambitieux.

Obs. XI. — Paralysie générale. — Début par du délire mélancolique cl des

hallucinations.

Le 15 juillet 1874, un homme de trente-six ans, garçon de bureau, m'est amené par sa femme pour des idées tristes qu'il a.

L'intelligence, il y a un an, a commencé à s'affaiblir, et depuis ce temps il a des idées de persécution.

Pas d'idées de grandeur ni de richesse.

Physionomie hébétée, pupille gauche plus large; alaxic de la langue et des lèvres, parole ânonnée, traînante.

Pas d'ataxie des mains.

Diminution de la mémoire.

Il ne peut plus faire son travail, et se perdrait dans le quartier.

Vésicatoire à l'occiput rasé;

Sa femme a dû le placer dans un asile.

Obs. XII. — Paralysie générale à la première période avec délire mélancolique, hallucinations et un peu de satisfaction. — Mélancolie au début.

En janvier 1875, M.... âgé de vingt-deux ans, se trouve dans l'état suivant : Constitution bonne. Pâleur de la face. Léger strabisme externe de l'œil droit. Pupilles égales. Ataxie légère de la langue, de la lèvre supérieure, des mains. Force musculaire normale.

Souffle doux, prolongé à la base du cœur.

Le malade est en train de manger, il se lève en ce moment, puis se rassied et continue son repas.

Le délire mélancolique et les hallucinations de ce malade me paraissent liés à une paralysie générale à la première période: cause d'un commencement de débilité de l'intelligence, d'idées de satisfaction, d'hallucinations heureuses, de troubles somatiques des lèvres, de la langue et des yeux, des absences et de l'hésitation de la pensée.

DÉLIRE MÉLANCOLIQUE

'BS. XIIL — Paralysie générale. — Délire mélancolique dès le début. — Idées de richesses. — Mort par une attaque apoplecti forme.

La paralysie générale était encore à la première période quand elle malade fut confiée à mes soins ; les signes n'en étaient môme robablement pas bien accentués, le jour où fut écrit le certificat .'entrée. Car ce certificat ne fait aucune mention de troubles somaiques et ne signale que de la mélancolie avec idées de persécution, aais très peu de temps après, la paralysie générale était bien manieste.

La nommée Pet. J..., quarante-sept ans, ouvrière en boutons, est entrée le 10 juillet 87U dans mon service, dans un état de délire mélancolique avec des idées de peréculion (certificat de M. Dagonei).

Elle s'exprime avec difficulté et parle un mauvais allemand. La peau du visage est uisante, huileuse ; à l'état de repos, déviation à droite du sillon naso-labial par conracture, car dans les mouvements de lèvres, la gauche se meut aussi bien que la roite.

Elle a succombé le 23 novembre 1870 à une attaque apoplecliforme. L'autopsie a montré les lésions caractéristiques de la paralysie générale.

)bs. XIV. — Paralysie générale. — Idées tristes. — Idées de persécution — Hallucinations injurieuses. — Mélancolie par accès. — Tetitatives de suicide. — Pas d'idées de richesses et de satisfaction dans le début.

Dans cette observation, dès le début de la maladie, il y avait de 'affaiblissement intellectuel en même temps que de la mélancolie îtdes idées de suicide ; comme d'ailleurs des signes très nets de pa- ■alysie générale existaient lors de l'entrée de la malade dans mon ervice (perte de l'odorat, tremblements fibrillairesde la lèvre), nous l'hésitons pas à considéi^er cette mélancolie comme symptomaique d'une paralysie générale à la pi^emièi^e période.

Cette première péinode fut suivie d'une rémission que nous signaons à cause du retour de l'odorat qu'on observe en même temps [ue le retour de la raison et delà santé :

La nommée P... C..., âgée de vingt-huit ans, est entrée dans monservice le 29 avril 18 3.

Pas d'antécédents héréditaires. La malade avait toujours joui d'une bonne santé,

PARALYSIE GÉNÉRALE

mais il y a trois mois elle a été prise de tristesse, âe pleurs, d'ennui, sans donner aucun motif de sa tristesse. Elle disait toutes sortes de choses absurdes, allait à l'église très souvent, disait qu'elle avait besoin de prier pour die ; ([u'elle entendait souvent qu'on l'accusait d'avoir eu des relations avec un c/fie». Elle n'a jamais parlé de richesses au contraire, elle aurait donné tout ce qui était dans son ménage; peu à peu elle en vient à ne s'occuper de rien, disant que les soins de son ménage ne la regardaient pas.

Au bout de deux mois la malade va mieux ; elle travaille. Mémoire toujours affaiblie. Pupilles égales. Ne sait expliquer pourquoi elle voulait se faire mal. Sa physionomie est toujours triste. Elle sent maintenant les odeurs. Pas de tremblement de la langue, pas d'hésitation de la parole. Parle toujours de s'en aller. Lorsqu'elle voit son mari, elle cause des affaires du ménage, parle de son enfant, mais conserve toujours une apparence indifférente et un peu triste.

Rendue à son mari le 28 octobre 1873, non complètement guérie.

Obs. XV. — Paralysie générale. — Début par du délire mélancolique. Hallucinations. — Mort.

La nommée Pige... est entrée dans mon service le J 1 juillet 18(17. Le certificat portait qu'elle était atteinte de paralysie générale avec alternative de pleurs et de satisfaction; incohérence. Embarras delà parole, tremblement de la langue et des lèvres.

8 novembre. — Mort.

Opposition à l'autopsie

Dans ce cas, la paralysie générale était nettement accusée lors de l'entrée de la malade dans mon service.

Ce qu'il y a de remarquable dans cette observation, c'est : i" Le caractère rémittent du délire pendant la période prodromique ;

2" La formation d'une eschare au sacrum, bien que la malade n'ait jamais été alitée; 3° L'aHsence du délire ambitieux.

Obs. .\VI. — Paralysie générale ayant présenté dans le début du délire mélancolique et hypochondriaque. — Délire de richesses. — Attaques apoplectif ormes.

La nommée M... est entrée, le 30 mai 1873, dans le service de M Trélat, à la suite des certificats médicaux suivants: Délire de persécution. Excitations maniaques par intervalles, tentative de se jeter par la fenêtre. — Délire de persécution avec hallucinations et excitation passagère. Des voisins l'injurient. On troue ses murs. On lui envoie du phosphore.

M. Trélat a signalé en 1873 une attaque de paralysie. Le 20 avril 1874, elle était dans l'état suivant :

DÉLIRE MÉLANCOLIQUE

Maigreur très grande. Pupilles inégales ; la droite plus large. Ataxie de la langue, des vres et de la main droite. Anonnement de la parole.

Elle est gâteuse. Chez celte malade, la paralysie paraît avoir été méconnue au début rsque le délire affectait la forme mélancolique; plus tard la paralysie générale devint en manifeste et le délire affecta la forme hypochondriaque et ambitieuse.

Comme appendice au groupe précédent, voici une observation ui nous parait importante, parce que la marche de l'affection, l'étal le mélancolie, les hallucinations et la nature des lésions sont entièement comparables à ce qu'on obsei^ve dans la paralysie générale, t qu'il est, pour nous, presque certain que si cette femme avait écu, elle serait restée folle paralytique.

Obs. XVll. — Délire mélancolique dans le cours d'une méningite puerpérale. Hallucinations. — Mort.

La nommé F..., vingt-cinq ans, entrée le 28 septembre 1862 à l'hôpital de la Charité, ait accouchée en ville trois jours auparavant ; elle n'est pas mariée. Morte le 3 octobre au matin, après douze heures d'agonie, ayant présenté, le 2, une 'spiration très accélérée, et ayant eu, le 2 au soir, un pouls à peine perceptible. Mort dans le coma.

Autopsie. ■ — Sérosité louche dans tout le petit bassin. Exsudations d'un blanc jau- Ure sur les anses intestinales. Arborisations nombreuses dans les intestins. 1 njection considérable de la pie-mère. Sérosité assez abondante, épanchée entre l'aichnoïde viscérale et la pie-mère et seulement à la face convexe des deux hémisphères, irtout (lu gauche. Sérosité dans l'espace interpédonculaire antérieur en assez grande lantité.

Pas d'adhérences entre la pie-mère et la substance grise, mais très léger pointillé ! plusieurs circonvolutions à la partie la plus supérieure des deux hémisphères. Inction notable de la pie-mère qui recouvre les bandelettes optiques, et pointillé notae du corps genouillé externe gauche .

r.ROUl'E n. — Des cas où la mûlancolic a été observée sans trace da délire ambitieux, mais avec du délire liypochoudriaque pendant la première période.

Notre première observation du deuxième groupe est relative à n de ces cas queCalmeil déciivait sous le nom de périencéphalites iffuses à formes insidieuses , les autres sont des observations de aralysie générale chronique. Les obseiTations XXIX de Galmeil Mal. infl. (ht cerveau), XLV deBaillai^ger {App. au Irailé de Grieiiiger déjà cité), se i\apportent à ce groupe.— Voyez aussi dans les

PARALYSIE GÉNÉRALE

Annales médico-psychologiques de 4859, une observation de Marcé {Répertoire (V observations inédites) .

Obs. XVIIL — Paralysie générale succédant à un accès de névralgie. — Névralgies généralisées depuis un grand nombre d'années. — Délire hypochondriaque, lypémaniaque. — Exagération dans les récits. Emploi de nombres excessifs pour exprimer son chagrin. — Fièvre.

La nommée D..., cinquante-sept ans, est confiée à mes soins le 22 mai iSl'i. Elle est dans un état d'agitation des plus grands ; se plaint sans interruption ; gémit sur sa position et sur celle de sa famill e.

Traitement. — Application pendant quarante-huit heures d'un vésicatoire sur toute la partie supérieure et postérieure du crâne à partir du front.

Cette malade a toujours été très nerveuse, émotive. Elle avait souvent des douleurs au côté gauche de la poitrine, à l'épigastre, à la tète, qui duraient deux à trois jours.

Elle n'a jamais eu de maladies inflammatoires graves.

Elle a eu beaucoup de chagrin causé par sa fille et son gendre.

Il y a quatre mois, elle a été prise de douleurs à l'épigastre et à la tête, comme elle en a déjà éprouvé. Au lieu de ne durer que deux à trois jours, elle ont augmenté (hirant un mois.

A re\;»iration de ce te-me, elle consulta le D' G qui ordonna une alimentation

des plus abondantes (huit côtelettes et le jus d'un kilo de viande de bœuf par vingtijuatre heures). Elle suivit ce régime ; mais ses digestions ont été difficiles.

Déjà à ce moment elle se plaignait de ses domestiques. Elle disait être maltraitée par eux, et avoir peur de mourir de faim.

Il y a dix jours, après avoir entendu M. le D"' G dire qu'il ne fallait plus lui

donner autant à manger, elle s'est refusée presque coniplèlement à toute espèce d'alimentation, cl depuis quatre jours, elle n'a ni bu ni mangé.

II. le professeur X , appelé en consultation, il y a deux jours, a conseillé le séjour

de la campagne, l'eau ferrugineuse, et l'a considérée comme anémique.

23 mai. — La malade n'a pas cessé de parler de choses tristes; mais aussi elle a employé les mots millions, milliards, pour dire jusqu'à quel point on l'a volée, et pour exprimer sa pensée.

« Je ne voudrais pas avoir fait cela pour des millions, et des billions. » Depuis ce matin elle répète à tout instant le chiffre 10 400 pour exprimer combien elle est malheureuse. « J'ai donné 10 400 francs, et on me laisse mourir de faim. » J'ai donné 10 400 francs et on me traite ainsi, etc. » Je meurs, on m'assassine. »

Introduction dans l'estomac par la sonde œsophagienne |d'un demi-litre de bouillon. Soir, T. A., 38%8.

Même alimentation, et prise en lavement de I gramme de bromure de potassium.

24 mai. — Plaintes toute la nuit. Agitation. Elle n'a cessé de dire : « Mes pauvres enfants. » T. A., 37°, 9.

Le vésicatoire est pansé le soir avec du cérat.

Alimentation par la sonde, et prise de 4 grammes de bromure en deux lavements.

DÉLIRE HYPOCHONDRIAQUE.

An

25 mai. — Est abattue. N'a pas voulu manger, pour les mêmes idées hypochondria- ]ues. T. A., 38°.

Extrême délire mélancolique. Elle a peur que les siens soient déshonorés et qu'ils le soient mis en prison.

Alimentation par la sonde œsophagienne. Deux lavements avec 4 grammes de bronure. Pansement du vésicatoiro avec de la pommade au garou.

26 mai. — Respiration embarrassée. Joues très colorées. Muqueuse buccale rouge, 'laques de muguet sur la langue, les gencives, le pharynx.

État de demi-coma. Ne .répond pas aux questions qu'on lui adresse. Ne fait que geindre. — T. A., SS^S.

Mort dans le coma le soir.

La malade étant morte en ville, l'autopsie n'a pu être faite.

Malgré l'absence d'autopsie nous ne doutons pas du diagnostic de la maladie.

Il s'agit là d'une de ces périencéphalites à formes insidieuses si bien décrites par ^almeil; l'existence de la fièvre prouve un état inflammatoire.

Le délire a revêtu dans ce cas cette forme hypochondriaque sur laquelle M. Raillarjer a appelé l'attention.

Comme il y avait en même temps que le délire du tremblement de la langue, de la liminution de l'odorat, nous faisons rentrer ce cas dans les observations de paralysie ;énérale à la première période.

Les névralgies passagères qui depuis longtemps tourmentaient la malade et qui iepuis quatre mois étaient devenues plus tenaces, pourraient bien avoir quelques raplorls avec la paralysie générale.

La même influence qui a amené la folie paralytique a pu produire les névralgies ; lour nous, nous pensons qu'on pourrait en outre accuser les névralgies d'avoir amené 'inflammation de l'encéphale par action réflexe. Ne voit-on pas tous les jours les iouleurs dentaires amener des fluxions, des conjonctivites, etc., et ces fluxions iroduire des inflammations?

Ce n'est pas là, d'ailleurs, la seule observation que nous ayons de paralysie générale urvenuechez des individus affectés depuis longtemps de névralgies.

Nous ferons remarquer que cette malade n'a pas présenté de délire expansif ni ambiieux, mais qu'elle employait des termes et des chiffres très exagérés pour exprimer es soutfrances; ne pourrait-on pas appeler ce délire un délire d'exagération?

Obs. XIX. — Paralysie générale ayant débuté par du délire hypochondriaque. — Délire de satisfaction consécutif.

Le 5 décembre 1874, M. B..., âgé de trente-huit ans, était dans l'état suivant : Grand, fort, teint jaune, pâleur de la face.

Pupilles égales. Légère ataxie de la langue et des lèvres. Parole fréquemment ;nonnée et traînée, mémoire indécise pour les faits récents, la date du jour, l'âge de es enfants.

11 a encore par moments des idées hypochondriaques. En résumé, ce malade a irésenté pendant plusieurs mois avant le début de la paralysie générale, des modifialions du caractère, et l'affection a commencé par un délire mélancolico-hypoclion- Iriaque subit, que je crois pouvoir rapporter en partie à la constipation.

PARALYSIE GÉNÉRALE

Dans les premières lignes de l'observation suivante, on trouve notées les conceptions hypochondriaques et mélancoliques. Bien que l'observation n'ait pas pu être suivie jusqu'à la fin, elle est cependant assez nette pour pouvoir rentrer dans notre deuxième groupe : il s'agit bien là d'une paralysie générale à la première période.

Obs. XX. — Paralysie générale. — État mélancolique et hypochondriaque

au début.

La nommée R..., trente-six ans, est entrée à la Salpètrière le 10 novembre 1868, dans un état de dépression mélancolique, ayant des conceptions hypocondriaques. 19 novembre. — Ne sait pas où elle est; fait de la charpie.

Obs. XXI. — Paralysie générale ayant débuté par du délire mélancolique

et hypochondriaque.

La nommée G..., trente-ans, lingère, est entrée le 7 juin 1868 dans le service de M. Raillarger, à la Salpètrière, dans un état de tristesse et avec des conceptions hypochondriaques.

Pâleur de la face; pupilles égales, très peu contractiles à la lumière artificielle. Vue, ouïe normales. Oreilles bien faites. Le poivre n'est reconnu ni au goût ni à l'odorat.

La langue tirée hors de la bouche tremble considérablement. Mouvements fibrillaires dans les lèvres et au menton lorsqu'elle parle.

Les mains tenues en l'air ne tremblent pas. État normal de la force musculaire des quatre membres.

Sensibilité générale normale. Sensibilité et contraclilité électro-musculaires normales. Elle ne gâte pas.

J'ai appris par sa sœur qu'il n'existe pas d'antécédents héréditaires , que la cause qui a pu déterminer la maladie est une vie très dissipée, et que l'affection a débuté il y a un an par la cession de tout travail, de toute occupation régulière.

La maladie datait d'environ un an lors de l'enti^ée de G... dans le service de M. Baillarger. Les troubles somatiques étaient assez marqués (perte de l'odorat, tremblement de la langue et des lèvres, troubles de la pai^ole). Au délire rnélancolico-hypochondriaque du début s'est ajouté plus tard du délire de satisfaction : les trois formes de délire pouvaient être observées dans la même journée, sans que rien en justifiât l'apparition.

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