DÉLIRE MÉLANCOLIQUE ET HYPOCHONDRIAQUE
Obs. XXII. — Paralysie générale ayant déhutâ par du délire mélancolique cl hypochondriaque.
La nommée G...., quarante-huit ans, lingère, est entrée en 18G6 dans le service de M. Baillargur.
Je la vois le 1" mai 1863. La maladie n'a point varié depuis son entrée à laSalpêtrière.
Elle se trouve bien dans le service ; est contente. La parole est hésitante et tremblante par moments.
J'apprends de ses parents qu'elle a deux enfants, qu'elle a eu beaucoup de chagrin en ménage ; que depuis sept à huit ans la menstruation est devenue irrégulière, et qu'elle a eu plusieurs syncopes.
Bien que la maladie n'ait pas varié chez G... depuis deux ans, il s'agit là d'une paralysie générale à la première période; le délire hypochondriaque a été signalé pendant tout le cours de cette première période.
Obs. XXIIL — Paralysie générale. — Idées hypocliondriaques et de mélancolie. — Idées de richesses (i une période avancée de la maladie.
La nommée L..., Irente-deux ans, est entrée à la Salpèlrière le 1" mai 1871, à la suite d'un certificat constatant qu'elle était hallucinée. Pas d'antécédents héi'éditaires.
En 1868, elle a été traitée pour un eczéma aux mains avec de la pommade au calomel. Il lui est survenu de la faiblesse des mains, du tremblement de la parole, et presque l'impossibilité de parler. Le calomel a été supprimé à ce moment. Elle n'a présenté alors aucun trouble de rinlelligence.
L'eczéma est revenu en 1870. Traité par des bains sulfureux et de la pommade au précipité rouge, l'eczéma a disparu.
La maladie actuelle a débuté en avril 1871. On a constaté une difficulté de parler par moments jusque dans ces derniers temps. — De plus, elle avait des idées tristes ; elle se plaignait de ses voisins, disait qu'on voulait la voler, et puis est devenue très incohérente.
A eu rarement dos idées de richesses.
Transférée le 18 mars 1873.
Chez cette malade, l'hypochondrie a été observée dès le début de la maladie. Elle disait que quelque chose lui rongeait le ventre, plus tard elle se plaignait beaucoup encore sans qu'on pût savoir quelles étaient ses douleui^s; elle disait que sa langue était paralysée.
Le délire ambitieux n'est pas noté dans l'observation.
Obr. XXIV. — Paralysie générale ayant présenté dès le début du délire mélancolique et hypocJiondriaque. — Attaques apoplecti formes. — Hallucinations terrifiantes. — Mort. — Autopsie.
La nommée M , cinquante-trois ans, est entrée dans mon service le 1-i décembre
1871, après être restée deux mois à l'asile Sainte-Anne.
Elle est tombée le 27 mai 187 i dans le coma à la suite d'une attaque apoplecliforme, — T. A., 420,3.
En touchant une main ou un avant-bras, on détermine de petites secousses cloniques. Ces secousses se communiquent aux membres inférieurs.
Respiration râlante. La région de la commissure labiale gauche est phlegmoneuse. Traînée lie de vin correspondant à un empâtement sous-cutané qui se prolonge jusqu'au niveau dusterno-mastoïdien, à deux travers de doigt au-dessous du maxillaire. Mort.
Autopsie. — L'encéphale pèse 1150. Hyperliémie méningée considérable.
Épaississement et état fibroïde de la partie de méninge qui couvre l'espace interpédonculaire antérieur.
Les deux moteurs oculaires communs sont bridés fortement par cette méninge.
Adhérences des bulbes olfactifs à la méninge. Ces bulbes et les nerfs sont ramollis.
Les nerfs optiques paraissent sains. Les moteurs oculaires communs sont égaux. Les moteurs oculaires externes sont d'inégale grosseur. Le gauche est de moitié plus petit. Les hypoglosses paraissent sains.
La méninge qui tapisse la protubérance est très ferme, épaissie, "^ainsi que celle du bulbe.
Les deux lobes du cervelet sont symétriques. La méninge qui les couvre ne présente rien de particulier, n'est pas adhérente.
Épaississement et état granulé fin de l'épendyme du quatrième ventricule.
Hyperémie considérable des vaisseaux des méninges ; ecchymoses en plusieurs points.
Adhérences des méninges avec la substance corticale en plusieurs points des lobes sphénoïdaux et frontaux.
La substance corticale est dans ces parties notablement ramollie, et le grattage produit facilement des crêtes.
Des coupes perpendiculaires et transversales faites d'avant en arrière montrent en un grand noml)re de points de l'hyperhémie de la substance corticale et centrale.
L'épendyme des ventricules latéraux est épaissi.
Une coupe perpendiculaire de la protubérance passant transversalement par les noyaux d'origine de la troisième paire montre que ces noyaux sont fortement hyperhémiés, très colorés, et que lasubslance grise qui leur est immédiatement inférieure est excessivement arborisée dans une étendue de 6 millimètres, jusqu'aux fibres pédonculaires transversales et longitudinales.
Moelle. — Méningite spinale postérieure avec traclus pseudo-membraneux. Corps fibroïdes de l'arachnoïde au milieu desquels les lacines postérieures sont cachées et comprimées.
Rien de semblable en avant.
Congestion pulmonaire. — Mollesse du foie.
nÉLIRE HYPOCHONDRIAQUE.
)iis. XXV. — Paralysie générale. — Idées hypochondr laques dans le début, puis quelques idées do richesse et de satisfaction. — Hallucinations terrifiantes. — Eschares du ventre et des pieds.
La nommée L..., âgée de cinquante ans, est entrée dans mon service le 21 décembre 867, après être restée deux mois à l'asile Sainte-Anne, oîiellc avait été placée comme itteinte de paralysie générale, avec des idées hypocliondriaques.
Aucun antécédent héréditaire.
La maladie a commencé, il y a deux ans, pas une perle complète de la parole penlanl trois mois, et causée par le chagrin qu'elle a ressenti en apprenant la mort de on lils, capitaine au long cours.
Après une suite d'actes extravagants on a dù la placer dans un asile.
Elle arrive ici avec des ecchymoses bleuâtres sur la figure, et les cheveux remplis le poux.
La physionomie est complètement hébétée. Elle tourne la lète en tous sens, marnotfe des mots sans signification; remue continuellement les bras et les mains. Immobilité des membres inférieurs.
3 avril. — État stationnaire.
Transférée à Fains.
Dans ce cas, révolution de la maladie a été extrêmement lente; j... était malade depuis deux ans avant d'entrer dans mon service; ïlle est restée cinq ans et quatre mois à l'asile. Elle a résisté à iiverses complications (complications pulmonaires , eschares, induré des pieds), mais la déchéance intellectuelle fut bien plus apide que la déchéance somatique.
Pendant les trois premiers mois de son séjour, c'étaient les idées ,ristes, les conceptions hypochondriaques qui dominaient (la maade disait : Ayez pitié, je vais mourii^) ; plus tard sont survenues les dées ambitieuses et de satisfaction; néanmoins le délire mélan- ;olique et le délire hypochondriaque reparurent par intei^valles.
Obs. XXVI. — Paralysie générale ayant débuté par des troubles de la mémoire et du délire lypémaniaque et hypochondriaque .
La nommée S..., quarante-quatre ans, est entrée dans mon service le 3 juillet 1873, Jans un état de tristesse vague. Les certificats de placement portent: De la dépression •nélancolique des idées et une tentative de suicide.
Son mari m'apprend qu'elle a été prise, il y a sept ans, d'un profond chagrin qui a été ;ausé par la mort de son frère, que sa mémoire a baissé depuis ce temps, et qu'elle a îté très impressionnée pendant la Commune, par un séjour prolongé qu'elle a dù faire ians une cave pendant les absences de son mari.
PARALYSIE GÉiNÉRALE.
Depuis dix-huit mois, elle a eu à plusieurs reprises de petites secousses cloniques dans le côté droit de la face. Depuis trois ans, elle a moins bien soigné son ménage. Il y a f(uinze jours elle a perdu les clefs de chez elle. Depuis quelque temps elle dormait au théâtre et dans les réunions de parents ou d'amis.
Elle est devenue très triste depuis peu; elle a cherché à se noyer dans une baignoire : Elle a dit, en outre, deux fois à son mari qui lui parlait : Tu me parles mais je suis morte.
Le lendemain de son entrée, je notai l'état suivant : physionomie indifférente, tête bien faite. Diamètres au-dessus de la moyenne.
Pupilles égales : je ne puis savoir, vu son état de mutisme, si elle voit et entend normalement.
Même difficulté pour les autres sens.
Pas d'ataxie des lèvres ni de la langue.
On n'a pu obtenir d'elle aucune parole depuis son entrée.
Pas d'engorgement cervical postérieur.
Obs. XXVII. — Paralysie générale. — Délire hypochondriaque précédant les idées de grandeur. — Mort. — Autopsie.
La nommée L... est entrée dans mon service le 29 octobre 1873.
Le certificat précédant son entrée porte qu'elle est atteinte de paralysie générale avec idées hypocondriaques.
Donne santé jusqu'à la mort d'un de ses enfants survenue il y a un an. Depuis cette époque, on a constaté du trouble dans ses idées. Elle répétait toujours la même chose, pleurait souvent et beaucoup; elle avait dutremblement du corps et surtout des mains . Dès le début, la parole a été tremblée, ânonnée. Jamais d'idées de grandeur ni de satisfaction, mais au contraire, délire triste; dormait peu. Menstruation normale.
11 y a huit jours, elle a été placée à l'Hûlel-Dieu, d'où elle a été envoyée à Sainte- .■\nne.
A son arrivée ici, elle se présente avec un aspect calme, mais les cheveux en désordre, la physionomie indifférente. Vue boiuie ; pupille gauche plus large que la droite. Ouie normale. Oreilles symétriques. La langue tirée hors delà bouche ne tremble pas, mais il se fait des luouvements fibrillaires aux deux commissures. Parole hésitante, ânonnée. Mémoire affaiblie.
27 mai. — Affaiblissement progressif. Marche et station debout très difficiles, l'état d'ataxie est considérable. L'équilibration est impossible. La bouche est semi-ouverte, et la langue tirée hors de la bouche tremble beaucoup. Parole ânonnée et bredouillée. Sensibilité à la douleur conservée. Pupilles égales en ce moment. « Mes yeux sont beaux, » dit-elle.
Sueurs abondantes. Eschares au sacrum.
12 juin. — Mort.
Autopsie. — L'encéphale pèse 1000 grammes. Cerveau très mou. Beaucoup de sérosité incolore dans la cavité arachnoïdieinie. Épaississement et teinte rouge des méninges cérébrales dans la plus grande partie de leur étendue. Elles adhèrent au cerveau dans ses parties antéro-supérieures. Presque partout, elles sont louches et présentent dans leur épaisseur des traclus blancs. Là oîi les méninges n'adhèrent pas, la surface du cerveau est le siège d'un pointillé très rouge, surtout au niveau des lobules