‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 165 sur 207 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

La dose à donner varie suivant l'âge, la constitution, la force, et suivant la maladie. Elle doit, en général, être faible dans la première enfance et dans la vieillesse, elle peut être souvent aussi forte, sinon plus forte dans l'enfance que dans l'âge adulte.

La dose doit être très peu élevée chez les malades impotents, infirmes, alités, chez ceux qui prennent peu d'exercice. Il m'a paru que la non-tolérance et le bromisme qui se produit quelquefois avec une étonnante rapidité tenaient principalement à l'absence ou à la faiblesse de la perspiration cutanée et de l'élimination du médicament par les sécrétions.

Aussi il est indispensable de surveiller l'appétit des malades et de les engager à prendre de l'exercice, à aider à l'entretien d'une perspiration cutanée suffisante, et de provoquer même la sueur par des moyens naturels.

Des diurétiques doivent être régulièrement donnés pour favoriser la sécrétion urinaire et l'élimination du bromure de potassium par les reins, afin d'empêcher certaines éruptions cutanées de caractère désagréable pour les malades. Le fer doit être fréquemment associé au bromure de potassium, pour empêcher l'anémie et la cachexie qu'il produit assez souvent.

On peut juger par d'autres signes que la nausée réflexe, que le médicament n'est pas donné à dose assez élevée; ainsi l'absence de lassitude, de courbature, d'action anti-anaphrodisiaque, hypnotique, sédative générale indiquent certainement que le malade n'est pas suffisamment impressionné par le remède.

in. — C'est sur les indications exposées ci-dessus que je fonde le pronostic de la médication ; aussi la lassitude, les effets sédatifs généraux, l'infiuence hypnotique, la facilité de suppression des actes réflexes, l'action anti-anaphrodisiaque, sont de bons augures; mais lorsque l'excitation génitale est déterminée par le bromure, et à plus forte raison lorsqu'elle ne disparaît pas, il est à croire que le bromure de potassium ne produira aucun effet Satisfaisant.

La durée du traitement d'un épileptique ne saurait être aujourd'hui indiquée, sans s'exposer à l'erreur.

La thérapeutique curative du mal comitial est trop récente pour que l'expérience ait pu se prononcer définitivement à cet égard.

DE L'EMPLOI Dli r.ROMURE DE POTASSIUM.

Le nombre des observations d'épileptiques qui sont restés guéris depuis près de vingt ans, n'est pas assez considérable pour que l'opinion soit fixée. J'ai publié sur ce sujet une première série de faits tirés de la pratique d'Herpin (1), et j'ai donné un exemple qui devra être suivi. Ce sont, en effet, des observations de longue durée, qui autoriseront un jugement définitif sur la durée du traitement de l'épilepsie.

Jusque-là, en présence des rechutes survenues après six, huit ans et même plus, je considère que cette durée doit être au moins de dix ans ; et j'inclinerais à penser que le bromure de potassium doit rester, pour ainsi dire, un aliment pour l'épileptique qu'il a guéri, ou dont il a suspendu la maladie.

IV. Acciden ts et phénomènes morbides qui résultent de l'administration du bromure de potassium. — 1" Bromisme. — Le bromure de potassium (2) peut produire quelquefois, soit du bromisme dont il est nécessaire de connaître les signes avant-coureurs, soit quelques accidents du côté des voies respiratoires, soit des états morbides secondaires qui dépendent de la cachexie bromique, soit des éruptions cutanées.

I^e bromisme survient de deux façons différentes, l'une brusque, l'autre lente, dans des conditions pourtant identiques de doses, de durée de traitement, d'âge et de condition des individus.

La température extérieure ne m'a pas paru exercer la moindre influence sur la genèse de ces accidents.

La forme rapide, brusque du bromisme, s'est présentée de la façon suivante, chez des malades qui, depuis trois à quatre ans, prenaient du bromure de potassium aux doses de 6 à 10 grammes :

Titubation, difficulté considérable de la marche, impossibilité de s'exprimer, abaissement des paupières, somnolence, céphalalgie, diarrhée, regard éteint, stupeur; en même temps, l'écriture est tremblée, mal tracée, les phrases sont écrites d'une façon à peu près incompréhensible, parce qu'il y manque des portions de mots, des mots entiers. Dans les pages que je me suis fait écrire.

(1) ntiUi'lin (le Ihêrapputiquc, 15 mars 1870.

(2) Ce qui; je dis du hroniui'c de potassium s'applique aux bromures de sodium et de lithium.

RROMISME.

des mots sont répétés plusieurs fois; des lettres sont mises h l<i place d'autres. Ainsi, un malade très instruit m'a écrit le jour môme des accidents : « Je suis allé damir par cette grande chateur ru faubg Poiss. et de là rue basse du Rempart. En revenant, il m'a pris un tel mal de tête que j'allais tout branlant et qu'arrive au tcinleriesj'ai ététrèsfontintde marreur sur un instant, sur un trottoir » (sic).

La langue devient au bout de quelques heures, rouge, sèche et large. Les malades ont très soif.

Dans ces cas, il faut, le plus ordinairement, supprimer de suite l'administration du bromure de potassium. J'ai vu des accidents céder en quelques jours à des bains de vapeur sèche, à du café noir, à des purgatifs, à des tisanes diurétiques et à une alimentation liquide très nourrissante.

La forme lente du bromisme s'annonce sous deux aspects entièrement différents.

Dans le premier cas, l'intoxication lente s'annonce par un teint blanc mat de la peau et surtout de la peau de la face, par de l'hébétude, de la stupeur, de la sécheresse de la bouche dont le mucus devient collant, un amaigrissement considérable, par de la titubation, parun sommeil profond, par de la difficulté de parler et de trouver les mots; puis le malade tombe dans un état adynamique profond, le teint est jaune sale, les yeux sont caves et fixes, le visage est amaigri, l'expression est celle de la stupeur et de l'hébétude, l'individu est dans un état de profond abattement, la vue est excessivement affaiblie, l'ouïe est dure, la parole est hésitante, la voix éteinte, la conception des idées difficile, la mémoire obscurcie, les gencives sont douloureuses, quelquefois rouges, tuméfiées, la langue, les lèvres, la muqueuse buccale présentent un mucus filant, les narines sont obstruées par un mucus épais et des croûtes jaunâtres; les mains tremblent aussi pendant les mouvements volontaires, il existe en môme temps de la diarrhée. Dans ces conditions, la station debout, la marche sont impossibles, car l'individu trébuche et a toutes les apparences de l'homme ivre.

Dans ces cas la sensibilité générale était intacte, mais les actes réflexes étaient abolis.

Lorsque cet état d'intoxication s'aggrave, les individus tombent

DE L'EMPLOI DU BROMURE DE POTASSIUM

dans un coma de moyenne intensité, avec fièvre, et présentent alors quelquefois du catarrhe pulmonaire auquel ils pourraient succomber.

Lorsque le bromisme s'améliore, le malade reste pendant quelques jours somnolent, endormi, hébété; il est nécessaire de le faire manger, mais la difficulté de la déglutition est parfois si grande que l'on ne peut que faire avaler des aliments liquides, qui reviennent souvent par le nez. Dès que la fièvre a cessé, on trouve le pouls excessivement déprimé.

Tous les phénomènes vont du reste rapidement en décroissant, aussitôt que la médication instituée répond à la cause des accidents.

Le traitement qui m'a toujours le mieux réussi consiste d'abord dans la suppression du bromure, puis dans des bains de vapeur sèche, des tisanes sudorifiques et diurétiques, dans du café noir, une forte alimentation liquide, lait, bouillon, jus de viande, extrait do viande, vin et dans des lavements d'eau simple.

Il est des cas d'épilepsie et d'hystéro-épilepsie graves dans lesquels le bromisme doit être produit dans sa première forme lente et être maintenu pendant un certain nombre de jours (dix à trente).

Dans le second cas de bromisme lent, on 'observe des accidents cérébro-spinaux caractérisés par un délire général qu'accompagnent des hallucinations, des idées de persécution, des violences, de l'ataxie des membres et de la langue, du trouble de la parole. J'ai eu récemment encore l'occasion d'observer dans ces conditions un malade qui m'avait été adressé par un médecin de province, comme atteint de folie simple on vésanique.

Ce malade, épileptique, traité depuis plusieurs mois parle bromure de potassium à la dose de 6 à 8 grammes par jour, présentait des troubles bizarres qui furent pris par un médecin et deux internes de nos hôpitaux, pour une forme de paralysie générale. Je pensai, au contraire, que nous avions affaire à une variété de bromisme, et j'affirmai, que dans dix jours cet individu serait guéri.

Mon diagnostic se fondait sur les antécédents du malade, la marche rapide des phénomènes, sur la prédominance de l'état d'abattement, sur les caractères du regard, sur la démarche titubante, l'apparence de l'ivresse, l'absence de l'inégalité pupillaire.

Le traitement fut i^ait en conséquence : bains de vapeur sèche,

CACHEXIE BROMIQUE.

lavements fréquents d'eau simple, un purgatif, alimentation tonique, café noir, eau rougie.

En etïet, sept jours après, les phénomènes morbides avaient complètement disparu, et treize jours après être arrivé à Paris, ce malade retournait guéri dans sa province.

'2° Toux. — J'ai observé assez fréquemment chez des femmes, des enfants et des adolescents qui prenaient de 5 à 6 grammes de bromure, une toux sèche, quinteuse, avec respiration difficile, suivie de vomissements muqueux ou alimentaires et survenant par accès de deux à trois heures, surtout le soir ou pendant le repos au ht. Par sa forme, cette toux se rapproche tout à fait de celle de la coqueluche.— -Je l'ai vue durer des mois entiers, mais, au contraire, cesser rapidement lorsque le traitement est suspendu. — J'ai pu pourtant quelquefois l'arrêter en donnant au malade de la morphine ou de la belladone.

3" Etats morbides secondaires dépendant de la cachexie bromique. — A côté des accidents que l'on a désignés sous le nom de bromismc, il est nécessaire de réserver une place importante à ce que j'appellerai la cachexie bromique.

Cet état morbide, qui se caractérise par une décoloration considérable delà peau, des muqueuses, des bruits de souffle vasculaires, de la langueur dans les mouvemejits et dans le regard, un état de débilitation générale, de l'amaigrissement, doit être pour le médecin l'objet d'une sérieuse attention; mais il est facile d'y remédier lorsqu'on le reconnaît à temps.

L'état adynamirque a été le trait commun d'affections mortelles que j'ai observées sur quelques-uns de ces malades; anthrax gangréneux, érysipèle ambulant, pneumonie, etc. Les parents de tous mes malades m'ont dit qu'ils avaient pAli depuis quelque temps, qu'ils avaient maigri, qu'ils ne mangeaient plus régulièrement, qu'ils étaient toujours somnolents et que leur regard était éteint.

Quant à l'explication à donnera ces fîiits, je pense que la cachexie et Yadynamie bromiques avaient mis ces malades dans des conditions défavorables, pour supporter une maladie quelconque; j'ai observé, en effet, qu'aucune réaction ne s'est faite chez eux pendant le cours de la maladie, et que les signes pronostiques les plus graves se sont déclarés dès le début.

DE L'EMPLOI nu lîRO MURE DPOTASSIUM.

Je crois devoir conclure de ces accidents redoutables que tout malade qui prend du bromure de potassium à des doses dépassant 5 grammes par jour, doit être observé par un médecin tous les quinze jours au moins, et je considère comme dangereuse l'habitude qu'ont les pharmaciens de délivrer du bromure de potassium sur le vu d'ordonnances médicales qui ont déjà servi.

4° Eruptions cutanées produites far le bromure de potassium, — Quatre éruptions diverses peuvent se montrer sur la peau des individus qui prennent du bromure de potassium.

1" En premier lieu, une éruption partielle d'acné, que l'on peut comparer à l'acné simple et à l'acné indurée; elle se produit en général peu de temps après le début du traitement, lorsque les doses du médicament sont de 3 à 4 grammes.

L'éruption est précédée de démangeaisons assez incommodes, et se produit surtout sur la poitrine et la face; dans le premier cas elle se montre plus spécialement sur les épaules, et dans le second sur le front, le nez et les ailes du nez.

La forme des boutons est tout à fait celle de l'acné simple et de l'acné indurée.

Les pustules apparaissent en quantité très variable; mais leur nombre s'accroît surtout lorsque les doses du médicament sont fortes; rien n'est moins régulier à cet égard. Certains états delà peau paraissent favoriser la multiplicité de ces boutons, ainsi son épaisseur et sa lubréfaction par une sécrétion grasse. Les individus lymphatiques et sanguins y sont plus spécialement prédisposés.

Cette éruption est aussi plus abondante dans la jeunesse et l'âge adulte.

Les saisons chaude et froide n'ont aucune influence sur leur production.

Là durée de ces pustules est très variable, de huit jours au moins et même plus. Du reste, cette durée est complètement en rapport avec la persistance des fortes doses de bromure de potassium; c'est ainsi qu'un malade qui présente une forte éruption acnéiforme avec des doses de 5 grammes et au-dessus, voit diminuer le nombre des pustules lorsqu'il ne prend plus que 3 grammes et moins encore.

Les pustules laissent le plus souvent à leur suite, une tache d'un rouge plus ou moins vif, sous laquelle persiste un noyau induré.

ÉRUPTIONS BROMURÉES.

2" La seconde éruption n'a son analogue dans aucune des affections connues de la peau.

Elle consiste dans l'existence aux membres inférieurs, rarement ailleurs, de plaques de forme allongée, ou assez exactement arrondies, de plusieurs centimètres de diamètre, à bords mamelonnés, d'une teinte rosée ou rouge-cerise générale, mais jaunâtre, en quelques points, comme si du pus était infdtré sous l'épiderme.

Le siège de prédilection est le mollet, môme lorsque l'éruption récidive. — Chez deux de mes malades qui en ont été atteints trois et quatre fois, les plaques se sont toujours montrées au mollet.

Le centre des plaques est quelquefois mamelonné comme les bords; ces mamelons sont formés par des pustules acnéiformes qui se sont groupées pour constituer des tumeurs; ils peuvent faire à la surface de la peau une saillie de 3 à 4 millimètres et ont une base très dure ; ces mamelons restent arrondis pendant quelques jours, puis ils s'affaissent en partie, lorsque leurs sommets laissent suinter une sérosité puriforme. On voit alors, au centre de chaque mamelon, une dépression ombiliquée par laquelle suinte un liquide crémeux qui, en se séchant, forme des croûtesjaunâtres épaisses.

Ces mamelons sont très douloureux au moindre toucher, et la marche en est parfois rendue impossible. Il est à noter que le centre déprimé des mamelons est le siège d'une insensibilité absolue au tact et à la douleur.

Ces mamelons sont entourés d'une aréole rougeâtre et d'un peu d'œdème.

Ils s'affaissent lorsque le liquide qu'ils renferment s'en est échappé ; mais cet affaissement est très lent, et le suintement, qui peut durer un an, donne facilement naissance à des croiîtes épaisses très tenaces.

Ces plaques présentent quelquefois une persistance inouïe, parce qu'elles sont entretenues par des éruptions successives de nouveaux groupes de pustules et de nouveaux mamelons.

J'ai vu deux malades chez qui les tumeurs des jambes avaient été remplacées par des ulcères afoniques, ressemblant au rupia, dont le fond rosé présentait l'apparence de végétations et exhalait une odeur fétide. La pression sur ces ulcères déterminait une douleur analogue à celle des plaies par coupure des doigts.

DE L'EMPLOI DU BROMURE DE POTASSIUM

Chez un de ces malades la durée de ces ulcères a été de trois mois, et chez le second de sept mois.

Je n'ai jamais observé de tuméfaction ganglionnaire concomitante, ni de fièvre.

Lorsque ces tumeurs et ces ulcères guérissent, ils laissent à leur suite des traces indélébiles consistant en taches jaunâtres couvertes de squames; pendant les premiers temps, on sent dans le tissu cellulaire sous-cutané des noyaux au niveau desquels les malades accusent des démangeaisons, et même des douleurs, des crampes.

Le diagnostic de ces tumeurs et de ces ulcères a embarrassé plus d'un médecin à qui mes malades avaient été demander conseil, et j'ai vu des confrères qui n'ont voulu croire que c'était là une éruption bromurée que lorsqu'elle eut disparu en quelques jours, sous l'influence de la suspension du médicament.

11 suffit, en eff'et, le plus souvent, de quatre à six jours de nonadministration du bromure de potassium pour que l'éruption disparaisse.

Outre ce diagnostic, que l'on pourrait appeler négatif, on peut reconnaître la nature de ces tumeurs par l'existence simultanée de pustules d'acné sur d'autres parties du membre et du corps, par l'aspect des mamelons qui sont évidemment lormés par la réunion de plusieurs pustules d'acné groupées dans un petit espace, par l'apparence ombiliquée et l'insensibilité du centre des mamelons, par le suintement séro-purulent qui s'y fait et enfin, par la connaissance de la médication bromurée.

Le développement complet de ces tumeurs se produit ordinairement d'une façon rapide en quelques jours.

La durée de ces saillies varie nécessairement suivant que les doses sont fortes ou faibles, mais il m'a paru aussi ressortir de l'observation de nies malades, que cette durée est bien plus longue chez ceux qui sont sujets aux affections cutanées, et en particulier aux éruptions de natuj'e dartreuse.

J'ai rembarqué aussi que ces tumeurs se formaient plus souvent l'hiver.

Le traitement que j'ai suivi, dans ces cas, a consisté à faire usage de cataplasmes de farine de fécule, lorsque la rougeur et l'érythème périphériques étaient intenses, à éviter des marches fatigantes, à

ÉRUPTIONS BROMURÉES.

tenir le membre malade dans une position horizontale. Des applications continues de cérat opiacé ou d'eau alcoolisée m'ont donné les meilleurs résultats.

L'ouverture prématurée des pustules ne m'a pas paru favorable.

3° Le troisième genre d'éruption que j'ai observé est plus rare que les autres. Je ne l'ai vu que trois fois; il consiste dans des plaques rouges légèrement saillantes à la surface de la peau; elles sont plates et unies, de forme très variable, longues, oblongues, k bords nets ou irréguliers, d'une largeur de 4 millimètres à centimètres, d'une longueur également variable, qui a été, dans un cas, de 6 centimètres.

La couleur est celle dite pelure d'oignon, dans le centre, et d'un rouge cerise à la circonférence; ces deux teintes existent sur une grande largeur.

La saillie qu'elles forment est très légère et comparable à celle des plaques d'urticaire. Elles sont supportées sur un fond ferme, mais élastique au toucher, comme dans l'érythème noueux qu'elles rappellent tout à fait par la forme des élevures, la nodosité qui supporte chacune de ces taches, et la réapparition de certaines taches par le frottement. Leur rougeur disparait momentanément à la pression. Les plaques blanchissent par la compression des pai ties voisines. Les malades y ressentent des démangeaisons, le soir en se couchant, la nuit et lorsque la température est très élevée; la pression à leur niveau est peu ou pas douloureuse. Leur venue est annoncée par des démangeaisons et par des douleurs dans les membres, par une sorte de raideur. Les douleurs préliminaires ont été, dans un cas, tellement intenses que la malade a dù prendre le lit quatre jours avant l'apparition des taches.

Les élevures se montrent sur les membres inférieurs et supérieurs, le tronc, et épargnent la face ; leur nombre est au moins de quatre ou cinq dans chaque membre et de douze à quinze au plus. Elles paraissent et disparaissent avec la même rapidité, mais laissent toujours après elles la nodosité sous-dermique.

Dans un cas, les moitiés inférieures des deux membres inférieurs se sont tuméfiées et ont été le siège, pendant quatre jours, d'un œdème bien caractérisé.

Je n'ai vu qu'une fois, une véritable réaction fébrile générale,

DE [/EMPLOI DU BROMURE DE POTASSIUM

caractérisée par une élévation de température axillaire (38°, 2), de la sécheresse de la peau, par l'accroissement du nombre des pulsations (92 à 104) pendant cinq jours, puis par une sueur abondante.

Dans ces cas, je recommande beaucoup aux malades de boire des boissons diurétiques simples et nitrées, et de prendre des laxatifs.

Les voies digestives ne m'ont présenté, que dans deux cas, l'aspect saburral de la langue, la diminution de l'appétit. Dans le troisième cas, elles étaient a l'état normal.

J'ai observé cette éruption pendant l'hiver seulement.

La durée de cette éruption a été de douze jours chez les malades qui ont eu la fièvre, et de six mois chez celui qui n'a pas eu de fièvre; chez ce dernier l'éruption n'a réellement cessé qu'avec la venue de la saison chaude.

Quelques jours et même quelques semaines après la disparition des élevures et de toute espèce de rougeur, on sent encore, dans les parties correspondantes du tissu sous-cutané, des nodosités élastiques légèrement douloureuses à la pression.

J'ai constaté, une fois, une teinte jaunâtre ecchymotique de la peau, là où avait existé une de ces élevures.

L'apparition de ces élevures a coïncidé avec des doses assez élevées, et, en tous cas, prolongées de bromure de potassium ; c'est ainsi que les deux malades prenaient depuis trois ans de 4 à 5 grammes de médicament.

La première fois que je vis cette éruption, je pensai avoir affaire à un érythème noueux, en raison des douleurs des membres, de la forme de ces élevures, de leur couleur, de l'induration de leur base, mais elle présentait aussi, avec l'urticaire, un caractère commun, la disparition et la réapparition des plaques sous l'influence de la chaleur et des frictions.

La marche de l'éruption, sa durée et certains de ses caractères, m'ont fait penser que c'était une affection entièrement artificielle.

Ainsi, elle a persisté six mois, chez un malade, tandis que la durée maximum de l'érythème noueux et de l'urticaire est de trois semaines; si, dans l'érythème noueux la durée est plus longue, on voit les tumeurs s'ulcérer, tandis que, dans l'érythème noueux, le diamètre maximum des taches est de 2 à 3 centimètres, il a été chez mes malades de 6 centimètres.

ÉRUPTIONS BROMURÉES.

L'érythème noueux s'accompagne toujours de fièvre, ce qui n'a pas eu lieu chez un de mes malades.

Ce n'était pas de l'urticaire, parce qu'on ne trouve jamais l'éruption ortiée accompagnée de nodosité sous-cutanée, et pourtant cette affection artificielle se rapproche considérablement de l'urticaire par la couleur centrale et la teinte périphérique de ses élevures, par leur disparition et leur réapparition rapide et par la facilité de leur production sous l'influence des frictions, par l'existence d'un œdème dans les membres atteints.

Cette éruption artificielle m'a paru tenir k la fois de l'érythème noueux et de l'urticaire. Un de mes malades que j'avais envoyé à un célèbre spécialiste en maladies de peau, sans lui dire le traitement qu'il suivait, m'a apporté son ordonnance avec la mention : érythème ortié.

Chaque fois j'ai diminué pendant un certain temps la dose de bromure que j'ai ramenée à 2 grammes.

4° Plusieurs de mes malades ont été aussi atteints d'eczéma sécrétant des jambes et de pityriasis très étendu du cuir chevelu. Cette variété d'eczéma ne cède que lorsque les doses du médicament sont éloignées ou supprimées.

Ces éruptions diverses n'exercent aucune influence favorable sur l'épilepsie ainsi que le démontrent 41 observations, et même d'après ces observations les malades exempts d'éruptions ont guéri un peu plus que ceux qui en ont eu.

L'arsénic et les diurétiques sont les meilleurs moyens d'empêcher ces accidents cutanés.

V. Différences dans la tolérance des enfants pour le bromure de potassium et dans la tolérance des aaultes. — Ces différences sont notables : j'ai souvent remarqué que des enfants de huit à quinze ans supportaient des doses considérables avec une étonnante facilité et sans présenter de fatigue, de lassitude, d'hypnotisme, de lenteur de mémoire, d'obscurcissement d'intelligence, d'inappétence, de diarrhée, ni de diminution dans les actes réflexes de l'arrière-gorge.

L'enfant m'a paru moins impressionné que l'adulte par ce médicament, je parie de l'enfant valide, car l'enfant infirme, alité, présente moins de tolérance qiie l'adulte.

0/(0 DE L'EMPLOI DU BROMURE DE POTASSIUM

Ce fait de tolérance pouvait s'expliquer par une élimination par les reins plus rapide que chez l'adulte.

J'ai donc recueilli un certain nombre d'urines d'enfants et j'ai prié M. Sonnerat, ancien interne en pharmacie des hôpitaux, de m'aider dans ces recherches.

Première analyse. — Urine d'un enfant de sept ans prenant ^'■,50 de bromure de potassium par jour, depuis six mois.

Température extérieure : -|-27 degrés à-)- 30 degrés.

Caractères généraux. — Volume total pour vingt-quatre heures : 500 centimètres cubes, dans lesquels était contenu is',87 de bromure.

Ni albumine ni sucre.

Deuxième analyse. — Urine d'un enfant âgé de quatorze ans. Malade prenant 8s%75 de bromure par jour, depuis un an.

Température extérieure : -|- ^5 degrés à ~\- 30 degrés.

Caractères généraux de Vurine. — Volume total pour les vingtquatre heures : 1800 centimètres cubes, qui contenaient 2s'',94pour 800 centimètres cubes.

Ni albumine ni sucre.

Troisième anahjse. — Urine de vingt-quatre heures d'une enfant de onze ans, qui prend depuis un mois 13 grammes de bromure de potassium, volume total pour les vingt-quatre heures : 100 centimètres cubes qui sont mis en expérience.

Absence d'albumine, absence de bile.

On trouve par litre 7'%3 de bromure de potassium.

Quatrième analyse. — Voici l'analyse quantitative d'une urine de vingt-quatre heures d'un adulte qui prenait par jour depuis deux ans et plus, 10 grammes de bromure de potassium. La quantité rendue en vingt-quatre heures a été '"2 litres 90 grammes.

M. Sonnerat a opéré sur 360 grammes de cette urine, qui contenait 3s'',004 de bromure par htre.

Cinquième analyse. — Analyse de l'urine de vingt-quatre heures de M. S..., âgé de trente ans, prenant 7=', 50 de bromure par jour depuis un an.

Caractères généraux. — Volume total de la quantité émise en vingt-quatre heures : '2300 centimètres cubes.

ÉLlMliNATlO.M DES BUOMLRES l'Ail LE IlEliN.

L'ul'ilie n'est pas albumineuse et ne renlerme pas de sucre. L'urine de vingt-quatre heures renferme i)''',40 de bromure.

Sixième anal ij s e.—Uv'me d'un jeune homme de dix-neuf ans, prenant i(>''',50 de bromure de potassium par jour, depuis un mois.

Température extérieure : + 25 degrés àH- 30 degrés.

Volume total pour les vingt-quatre heures : centimètres cubes qui renferment 12^', 94 de l)romnre.

Ni albumine ni sucre.

11 est donc émis dans ce cas plus de bi'omiu'u qu'il n'en a été pris chaque jour.

Le fait ne nous paraît pas extraordinaire, l'aljsorplion complète du médicament pouvant avoir été l'alentie la veille pour une raison ou poui' une autre cts'ètrc opérée le lendemain, en même temps que celle du bromure ingéré.

Septième analyse. — Urine de vingt-quatre heures d'une femme de vingt-cinq ans, qui prend depuis deux mois 5 grammes de bromure de potassium.

Volume total pour les vingt-quatre heures : IGOU centimètres cubes.

Ni sucre ni albumine.

L'urine de vingt- quatre heures renferme 4^'Vl8 de bromure.

J'ai cherché en outre à savoir si l'emploi de diurétiques, tels que de la scille conseillée par Carie, augmentait beaucoup la quantité de bromure éliminée par les reins. J'ai fait prendre à la malade qui fait l'objet de la sixième analyse, pendant un mois, 5 grammes de bromure de potassium additionné de 50 centigrammes de teinture descille, et j'ai prié M. Soimerat de l'analyser. Le résultat n'a pas été conforme à ce que je croyais; peut-être la cause de la diminution de l'élimination par les reins doit-elle être cherchée dans le fait que la huitième expérience s'est foite en été, à une époque où l'élimination par la peau est plus active qu'en hiver, époque où eut lieu la septième expérience.

Huitième analyse. — Urine de vingt-quatre heures de cette malade :

Volume de 1175 centimètres pour vingt-quatre heures.

Ni sucre ni albumine, 2"'', 73 de bronuire par litre.

La plupart de ces résultats ne me donnant pas imc représentation

VOISIN. — Ll'i;oiis cliniques. il

DE L'EMPLOI DU HROMURE DE POTASSIUM

suffisante des doses ingérées de bromure, je me suis demandé si le médicament ne s'éliminerait pas en notable quantité avec les matières fécales, et j'ai fait recueillir sur une malade qui prenait depuis trois mois 5 grammes de bromure de potassium, les fèces de vingt-quatre heures.

Neuvième analyse des matières fécales, obtenues par un purgatif drastique, de la malade qui a fourni l'urine pour la septième analyse; elle prend depuis trois mois 5 grammes de bromure de potassium.

Ces matières fécales ne renferment pas de bromure de potassium, ou si elles en renferment, ce sont des traces seulement que les moyens chimiques ne nous permettent pas de déceler.

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