‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 164 sur 207 · VINGT-HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-HUITIÈME LEÇON

De l'emploi du bromure île potassium dans les maladies nerveuses. Modes d'administration Doses. Durée du traitement. Bromisme. Cacliexie bromique. Éruptions cutanées. Différence dans la tolérance suivant les âges.

Messieurs,

Dans une précédente leçon, je vous ai exposé le traitement de l'épilepsie. Je veux y revenir aujourd'hui pour vous entretenir tout spécialement de la médication bromurée.

Mon attention s'est depuis longtemps portée sur les phénomènes physiologiques du bromure de potassium, du côté du tube digestif, des parties génitales, de l'appareil respiratoire, du système nerveux, des sens, de la peau et des membres; j'ai fait remarquer, dès 1866, que la sensibilité tactile et aux piqi'ircs de la langue, de la bouche, du pharynx, de l'épiglotte ne présente aucune modification; tandis que la sensibilité réflexe de la base de la langue, du""'' voile du palais, du pharynx et de l'épiglotte était diminuée ou abolie, lorsque les malades prennent des doses de 4 grammes et plus. J'ai observé que le larmoiement que l'on produit en introduisant une cuiller dans l'arrière-gorge disparaissait le dernier.

Le médicament a été employé, dans les premiers cas que j'ai soignés, à des doses variant de 2 à 10 grammes. Il était inutile dans l'épilepsie liée à des lésions cérébrales, congénitales ou accidentelles; il donnait les meilleurs résultats dans l'épilepsie dont la cause prédisposante est une grande impressionnabilité, une exaltation de la sensibilité, dans celle qui est produite par des émotions, des impressions pénibles, la peur, l'onaiii.sme, dans l'épilepsie héréditaire do nature purement névrosique, et dans celle

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DE L'EMPLOI DU BROMURE DE POTASSIUM

qui résulte de la force excito-motrice de la moelle. J'ai aussi noté que le bromure diminuait et même supprimait l'éréthisme nerveux des épileptiques, les secousses, les soubresauts qu'ils ressentent si fréquemment.

J'ai eu l'occasion d'insister sur l'influence de ce médicament, sur la force excito-motrice de la moelle et sur le moyen de reconnaître l'état de cette force pendant l'administration du bromure de potassium (1). L'action du médicament doit être surveillée, disais-je, de telle sorte que l'on arrive à suspendre la nausée que l'on produit en introduisant une cuiller, à la base de la langue, jusqu'à l'épiglotte même.

La suppression de la nausée réflexe, et, par conséquent, la diminution de la force excito-motrice de la moelle, étaient une condition nécessaire pour la réussite. Les' insuccès constants signalés par ({uelques-uns de mes confrères et collègues me paraissaient tenir à rinsuffisance des doses, insuffisance qui suppose la persistance de la nausée et par conséquent l'absence d'efl'ets sur la moelle.

Je me propose de vous exposer maintenant de quelle façon je comprends le mode d'administration de cet agent thérapeutique; la surveillance de son action médicamenteuse; quels sont les phénomènes qui indiquent que la dose thérapeutique n'est pas assez forte et ceux qui apprennent qu'elle est exagérée; quels sont les signes qui permettent de bien augurer de l'acLion du médicament, la durée qu'il faut donner au traitement, les caractères dubromisme; certains accidents cérébro-spinaux qui en sont la conséquence, les états morbides secondaires qui résultent de la cachexie bromicjue, les éruptions cutanées que détermine ce sel et les modifications du caractère qui se manifestent chez les sujets soumis au traitement.

11 me restera à vous dire les différences que la tolérance et la posologie du bromure de potassium peuvent présenter chez l'adulte et chez l'enfant.

L Mode d'administration du bromure de potasdum. — Le premier point sur lequel j'insisterai auprès de vous est de ne jamais se

(1) Annales médicu-psydwlogiqiies, t. X, juillet 1867.

MOUE IJ AniAllMSTUATION.

servir que d'un bromure pur, exempt d'iode, de suUaLc de potasse et de chlorure de potassium.

Le médecin doit, s'il veut réussir dans le traitement, s'assurer lui-même de la qualité du médicament, ou en faire faire une analyse soignée. L'expérience m'a appris, pour l'épilepsie, entre autres qu'il était de la plus grande importance de surveiller la pureté de ce sel.

Aussi j'ai pris l'habitude de faire analyser le bromure que prennent tous mes malades, tout en me réservant de l'essayer moi-même au moyen des procédés simples que chacun connaît : l'épreuve en particulier par l'amidon et l'acide nitrique ou le bichlorure de mercure seul, pour reconnaître l'iodure de potassium; celle par le nitrate d'argent et l'ammoniaque pour déceler l'existence du chlo rure (1).

Quant au mode d'administration du bromure, je me suis toujours conformé aux règles suivantes.

Les malades versent chaque matin, dans un verre rempli d'eau, la quantité de bromure pesée d'avance, additionnent ou non cette eau d'un peu de sirop d'écorce d'oranges amères et en boivent le liquide en deux moitiés, l'une au commencement du déjeuner, l'autre au commencement du dîner. J'ai souvent remarqué que l'ingestion du bromure avant le repas mettait les malades à l'aljri de la sensation pénible épigastrique que provoque quelquefois ce médicament pris à jeun.

Je recommande aussi aux personnes qui prennent du bromure de l'avaler sans le garder dans la bouche; en agissant ainsi je les expose moins à la carie dentaire que peut produire le contact du bromure.

(1) La présence de l'iodure de potassium se reconnaît :

I" En ajoutant au bromure de potassium, de ramidon et de racide nitrique; la coloration bleue indique la présence de l'iode;

"2" En traitant la solution suspecte par le bichlorure de mercure qui ne donne rien avec le bromure pur, et qui forme avec l'iodure de potassium un très beau précipite rouge de bioduré de mercure.

La présence du chlorure se reconnaît par l'action successive du nitrate d'afgent et de l'aininoniaque en excès. La solution ammoniacale sursaturée par l'acide nitrique reproduit à l'état de chlorure d'argent tout le chlorure de potassium primitivement mêlé an bromure.

DE l/EMPLOI DU BROMURE DE POTASSIUM.

II. Doses. — Critérium d'action thérapeutique. — Il faut continuellement surveiller les effets physiologiques du médicament si l'on veut améliorer ou guérir l'épilepsie, et si l'on veut éviter les accidents du bromisme.

En premier lieu, il est nécessaire d'étudier souvent chez le malade, l'état des actes réflexes qui appartiennent au bulbe et à la moelle.

Je me suis jusqu'à présent très bien trouvé d'explorer entre autres l'état de la nausée, du larmoiement et de la toux que l'on détermine en introduisant une cuiller à la base de la langue jusqu'à l'épiglotte ; celui de l'éternument et du larmoiement produits par la titillation des narines et des fosses nasales avec les barbes d'une plume.

J'ai l'habitude d'augmenter les doses jusqu'à ce que je sois arrivé à supprimer complètement la nausée réflexe et à promener jusqu'à l'épiglotte un levier en bois.

Il m'a paru favorable d'avoir pour le bromure de potassium des indices de dose thérapeutique, qui permettent d'en augmenter, ou d'en diminuer rationnellement les quantités, et de graduer l'intensité de la médication d'après des données physiologiques.

J'ai été heureux, du reste, de voir Cl. Bernard, que j'avais entretenu de cette question, approuver ma manière de procéder, dans ses leçons au Collège de France.

M. Besson, élève de M. le professeur Sée, a aussi adopté ce critérium d'action thérapeutique.

J'emploie ce moijcn d'épreuve chez tous les malades que je soigne et j'étudie l'état de ces actes réflexes avant de commencer l'administration du bromure, puis je continue à faire ces examens pendant toute la durée du traitement, tous les huit jours, tous les quinze jours au plus.

J'augmente la dose, jusqu'à ce que je sois arrivé à supprimer entièrement la nausée réflexe; et alors je cesse de l'augmenter et je ne lui fais plus subir que de légères variations.

C'est ainsi que j'ai obtenu des résultats satisfaisants chez un nombre assez important de malades que j'ai traité depuis près de vingt ans.

En agissant ainsi, je me suis assuré que les doses à employer variaient de 50 centigram.mes à 12 grammes par jour.

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