‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 193 sur 207 · MALADES TRAITÉS DANS LEUU FAMILLE · texte numérisé non relu

MALADES TRAITÉS DANS LEUU FAMILLE

pratiquer OU je fais, tant à l'hôpital qu'en ville, plus de cent cinquante injections.

Les exceptions s'expliquent de la façon suivante : on détermine sûrement des accidents phlegmoneux, si, en premier lieu, la solution n'est pas parfaitement limpide; — en second lieu, si l'on n'a pas soin, avant d'introduire l'aiguille dans la peau, d'en faire sortir une à deux gouttes du liquide : les premières ont, en effet, une couleur sale, rouillée; • — en troisième lieu, si la morphine employée a été fournie par le fabricant sous forme de trochisques, comme celle de Merck (de Darmstadt) : la bonne morphine doit être en cristaux très fins et bien blanche ; j'ai vu la morphine de Merck déterminer, chez plus de quinze malades traitées le même jour, des phlegmons; — en quatrième lieu, si la solution n'est pas froide : j'ai vu des solutions chaudes ou tièdes déterminer des eschares de la peau, par suite de la présence d'acide chlorhydrique.

Je ci'oirais volontiers que c'est à la chaleur du liquide que sont dues les eschares signalées par Bonncfin à l'île Maurice, dont l'atmosphère est si chaude (1877, p. 8).

Ces conditions de traitement par les injections sous-cutanées de morphine bien observées, j'affirme que cette méthode donne des avantages très appréciables; c'est ainsi entre autres qu'elle permet de traiter un certain nombre d'aliénés dans leurs familles.

Il n'y a qu'à demander quelques jours de patience à l'entourage, une organisation protectrice pendant un court laps de temps, afin de laisser à la morphine le temps d'agir, et l'on obtient une atténuation de phénomènes et un calme qui rendent possible, dans certains cas, la continuation sans difficulté du traitement familial. Je l'ai fait bon nombre de fois, et des confrères exerçant en province, dont je publie plus loin les observations, l'ont fait aussi, et ils m'ont dit combien les familles avaient été heureuses de cette méthode, qui leur avait permis de conserver leurs parents au milieu d'elles.

Malades traités dans leur famille.

Plusieurs de mes confrères de province ont mis à profit les indications thérapeutiques que j'ai formulées, et ont bien voulu me

7.iO DU TRAITEMENT DE LA FOl-lE PAli LE CHLOUHYDRATE DE MORPHINE.

communiquer les notes suivantes sur des aliénés qu'ils ont traités à domicile :

1" Le docteur Lélu (d'Ôrbec) m'a appris récemment qu'en suivant les indications que j'ai données dans mes différents mémoires, il avait guéri deux mélancoliques , un homme et une femme , en l'espace de cinq semaines et dans leurs familles, avec des doses de 2 à 3 centigrammes.

T Le docteur Tartas (de Morcenx) a traité également dans leurs familles trois mélancoli({ues, et il a obtenu le même résultat lavorable.

3° Les docteurs A. et F. Juarez, aux Rosiers (Maine-et-Loire), ont recueilli et m'ont communiqué plusieurs observations d'aliénés qu'ils ont traités à domicile.

Ou s. I. — Folie iypémaniaqiœ avec idées et tentatives de suicide. Dose quotidienn e

maximum, 1 gramme.

M""' Deg..., âgée de cinquante-quatre ans, mère de six enfants qu'elle a nourris; sans antécédents héréditaires; très impressionnable, sujette à de fréquenles attaques de nerfs depuis 1862. Constipation habituelle.

iNous l'avons traitée par les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine, en augmentant progressivement les doses, qui ont atteint un maximum de 1 gramme en vingt-quatre heures, administré en treize fois. Les idées délirantes se sont amoindries successivement, pour disparaître en octobre 1879, État très satisfaisant, qui se maintient aujourd'hui. Les doses de morphine ont été graduellement abaissées.

Obs. il — Folie lypemaniaque anxieuse. Agitation, hallucinations. Guérison. Dose quotidienne maximtim, 8 centigrammes.

M"'* Françoise Dur , femme Fiée..., quarante-cinq ans, mariée, mère de quatre

enfants ; bonne santé habituelle.

Le 12 avril 1879, traitement par les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine, à la dose initiale de 3 milligrammes.

Au 1" mai, crise violente, même état mental. Dose de 30 milligrammes, nuilin e( soir.

Le 7 mai, 40 milligrammes matin et soir; la malade me salue et me parle d'un grand cauchemar qu'elle vient d'avoir.

L'amélioration devient de plus en plus marquée ; les doses sont abaissées. Le 23 mai, même état.

La malade continue à bien aller en novembre 1880.

MALADES TIÎAITÉS DANS LEUU FAMILLE.

Ub-^. IIL — Folie lypi'inaiiiiKjac. UaUnciuations, idi'i'n de perséculion. Trailement par les injections sous-cutanées de chlorhijdrate de morphine. Dose quotidienne iiiaximitni, 16 centigrammes.

\']\\e Sim..., soixante ans, sans antécédents héréditaires; bonne santé habituelle.

Le 1*'' mai 1879, traitement par les injections liypodermiques de chlorhydrate de morphine, à la dose initiale de 3 milligrammes.

Un mois après, les doses sont de 40 milligrammes matin et soir; l'état mental s'est un peu amélioré. Il est diflicile d'obtenir une réponse, il est absorbé presque toujours. Vomissements.

En juin, 80 milligrammes matin et soir. Les idées de persécution diminuent. Les doses sont abaissées jusqu'à la lin de juin, où l'éta', mental est très bon.

Le 15 juillet 1880, l'état du malade reste satisfaisant.

Obs. IV. — Folie hjpi'mnniaque. Refus d'aliments. Idées hypochondriaques. Dose quotidienne maximum, 8 centigrammes.

M. Pierre Gasbel..., trente ans, peintre, marié depuis six ans.

Le 6 novembre 1870, traitement par les injections hypodermiques de chlorhydrate de mor|»bine, à la dose de 5 milligrammes.

\jt "20, dose 30 milligrammes matin et soir. Vomissements. Commence à prendre un peu de nourriture.

Le 57, 40 milligrammes matin et soir. .Amélioration. La dose est diminuée. Le 7 décembre, l'étal est moins bon, et la marche ascensionnelle du traitement recommence.

Le 16 décembre, le malade va mieux; travaille; la dose est diminuée. Le 27 décembre, le malade est guéri.

Le malade, vu en novembre 1880, continue di; se bien porter et a repris ses occupalions.

(Jr^. V. — Folie lyprmiiniuiiue. Refus de iiiniiijer, de travailler. Dysmiiésic . Guérisonpar les injections sous-cutanées de morphine. Dose quotidienne maximum, 7 centigrammes.

M"' B..., couturière, vingt-cinq ans, malade depuis six ans à la suite de quelques contrariétés de famille.

Le T) juillet 1880, traitement par les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine, à la dose de 5 milligrammes.

Le 7 août, 35 milligrammes malin et soir. Vomissements. Beaucoup de somnolence.

Le 30 août, la malade travaille, reconnaît qu'elle se fait de fausses idées; mange bien.

En septembre, état slationnaire.

En octobre, l'amélioration se [irononce ; la dose de morphine est progressivement abaissée.

En décembre, la malade va très bien. Les injections sont continuées le soir, à 10 milligrammes, à cause d'insomnie.

7i2 DU TRAITEMENT DE LA FOLIE PAR LE CHLORHYDRATE DE MORPHINE.

Obs. VI. — Folie lijpémaniaquc. Guérisoii par les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine. Dose quotidienne maximum, 6 centigrammes.

M"" Aub..., vingt-quatre ans, malade depuis deux ans à la suite de frayeurs et de contrariétés affectives.

Le 6 octobre 1879, traitement par les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine.

A la dose de 20 milligrammes, matin et soir, commence à causer avec les personnes qui la soignent. A la dose de 30 milligrammes, matin et soir, qui a été atteinte en quinze jours, elle commence à prendre part aux occupations du ménage.

Les doses élevées jusqu'à 15 milligrammes sont abaissées, et le 11 novembre la guérison est complète.

S'est mariée depuis sa sortie et continue de très bien se porter.

Obs. VII. — Folie lypémaniaque. Idées hypochondriaques. Hallucinations de Vouie. Guérison. Dose quotidienne maximum, 8 centigrammes.

M™" Mor..., quarante-cinq ans, malade depuis cinq ans.

Traitée pendant huit mois par les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine.

La dose maximum a été de 82 centigrammes dans les vingt-quatre heures, en quatre fois.

La guérison se maintient.

Voici en outre plusieurs observations d'aliénés que j'ai personnellement traités dans leurs familles.

Obs. VIII. — Folie lypémaniaque. Idées de mort. Hyperesthésie du grand sympathique et du système cérébro-spinal. Guérison en dix jours. Dose maximum, 14 milligrammes.

M"'^ Bour..., âgée de soixante-cinq ans.

Le traitement est commencé le 18 décembre 1878, à la dose de I milligramme. La dose est augmentée chaque jour de 8 dixièmes de milligramme ; deux injections quotidiennes.

Le 23 décembre, la malade va beaucoup mieux; ses inquiétudes sont calmées ; la dose est de 7 milligrannnes malin et soir. Elle est maintenue jusqu'au 31 décembre, où l'état de guérison est complet; aucune anxiété, aucune sensation morbide; puis elle est diminuée progressivement jusqu'au 8 janvier, oîi cesse le traitement.

Janvier 1882, la guérison ne s'est pas démentie.

L'observation suivante empiamte une partie de son intérêt à la transfusion de sang que j'ai pratiquée.

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