‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 194 sur 207 · MALADES TRAITÉS DANS LEUR FAMILLE · texte numérisé non relu

MALADES TRAITÉS DANS LEUR FAMILLE

Obs. IX. — Folie lijpemaniaqm avec idées de suicide. Anémie grave. Transfusion du sang. Chlorhydrate de morphine. Guérison. Dose maximum, 3 centigrammes.

M. Lef... (de Viroflay) vient me consulter au sujet de sa femme, âgée de quarante et un ans.

.le la vois le 1" juin 1875. Elle vient de passer neuf mois dans une maison de santé.

La maladie date de septembre 1874, à la suite de ménorrhagies considérables, dont elle a été atteinte pendant trois semaines. Il en est résulté un état de faiblesse considérable, une difficulté énorme de marcher, des nausées, des vomissements, de l'inappétence, du refus de manger. Tentatives fréquentes de suicide. Le nombre des globules est de 2 900000 par millimètre cube.

La menstruation a cessé de septembre en décembre 1874.

Le 5 août, avec l'aide des docteurs Godart, Burlureaux et Delaunay, je pratique la transfusion de 70 grammes de sang de sa domestique, dans là veine médiane gauche.

Avant la transfusion du sang, la température axillaire était de 36%8 et le pouls à 72. Cinq minutes après, elle est de 37°,5, et le pouls reste à 72.

La malade n'éprouve rien d'appréciable pendant l'opération. A cinq heures vingt minutes, frissonnement général; à cinq heures vingt-cinq, douleur à l'aine droite, où «xiste une hernie ; à six heures et demie, douleur très aiguë à la main droite; assoupissement; à neuf heures un quart, un peu de toux ; la malade est très calme.

Le 6 août, la malade est calme, a dormi.

Le 7 août, la malade a été agitée. Température axillaire, 37 degrés; pouls, 80. Les garde-robes restent faciles depuis. La malade descend seule dans son jardin pour aller aux cabinets; elle dit qu'elle compte aller se promener demain. Le 9 août, lempéralure, 37,5.

Le 12 août, apparition des règles.

Le 15 août, je fais donner à la malade du chlorhydrate de morphine à l'intérieur; dose initiale, 2 milligrammes, à répéter trois fois par jour.

L'appétit devient bon; les nuits sont à peu près calmes; la dose a été augmentée progressivement et atteint, le 28 août, 3 centigrammes en trois fois

Le 2 septembre, le calme est plus grand. J'examine le sang et je constate que le nombre des globules est supérieur à 4657 000; il est tenace et s'étale difficilement sous le couvre-objet. La dose de morphine sera progressivement abaissée par milligramme jusqu'à 2 centigrammes.

Le traitement cesse à la fin d'octobre, la guérison est complète.

J'ai reçu plusieurs fois des nouvelles de M"'« Lef..., sa santé est restée bonne. Je l'ai revue en novembre 1879 ; elle a pu supporter sans trouble d'esprit la perte de son fils, mort d'une méningite cérébrale.

Mai 1882, la guérison ne s'est pas démentie.

Obs. X. — Manie hystérique . Traitement dans la famille. Guérison en quinze jours. Dose maximum, 4 centigrammes.

J'ai été appelé, le 10 mars 1880, par M. le docteur auprès de M"" X..., âgée de ■vingt et un ans, que je trouve dans un état d'agitation très intense. Elle était sur son

lU DU TRAITEMENT DE LA FOLIE PAR LE CHLORHYDRATE DE MORPHINE.

lit, échevelée, dans une tenue désordonnée, le regard égaré, la voie enrouée. Le langage, incohérent, portait sur les faits les plus divers, anciens et récents. Par moments, elle poussait de bruyants éclats de rire; en d'autres, elle pleurait; parfois la physionomie exprimait la terreur. Elle répondait aux questions posées, mais aussitôt après le délire recommençait.

Traitement par les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine. Dose initiale de 1 milligramme, les injections faites deux fois par jour, et la dose augmentée de 2 milligrammes chaque fois.

Au bout de cinq jours, l'agitation était calmée, et la malade pouvait être emmenée aux environs de Paris, oîi le traitement fut continué.

Au douzième jour, les doses ne furent plus augmentées.

Au quinzième, l'état mental étant devenu à peu près normal, elles furent dimi nuées, et enfin supprimées à la fin du mois. Depuis juillet 1880, la malade s'est très bien portée.

Obs. XI. — Folie lypémaniaque. Idées de suicide. Guérison par le chlorliyirate de morphine à la dose maximum deZ centigrammes.

Je suis appelé, le 20 juin 1876, auprès de M'"^ de L.., âgée de trente-deux ans. La maladie a commencé il y a quatre ans, et a été manifestement causée par la ruine de son mari.

Traitement par le chlorhydrate de morphine (en solution au trentième) pris par la bouche. Dose initiale, 2 milligrammes.

Le 21 juin, 3 milligrammes à huit heures du matin, à midi et à six heures du soir. Elle a éprouvé le soir un peu d'étourdissement.

Doses variant de 2 à 6 centigrammes par jour pendant le mois de juillet.

Le août, l'amélioration s'est accentuée, on n'observe plus que de l'irritabilité. Les idées délirantes ont disparu. Dose : 3 centigrammes par jour en trois fois.

Le 5 août, la malade se rend aux eaux de Bagnoles. Même dose.

Le 20 aoiît, elle va bien. Dose, 2 centigrammes en trois fois.

Le 25 septembre, la guérison est complète ; la malade prendra chaque jour pendant un mois 1 centigramme de médicament.

En résumé, cette jeune femme était atteinte de folie lypémaniaque causée par des chagrins, caractérisée par des idées de suicide, des conceptions délirantes de natur3 triste, du mutisme. Je l'ai traitée par le chlorhydrate de morphine ; je l'ai laissée dacs sa famille, et j'ai pu la guérir en deux mois.

Obs. XII. — Folie hystérique à forme maniaque. Traitement à domicile. Guérison en cinq semaines. Dose maximum, 5 centigrammes.

Je suis appelé, le 16 avril 1879, à donner des soins à M"" G..., âgée de seize ans. Sujette depuis deux ans à des attaques hystériques; depuis plusieurs mois les attaques se sont rapprochées et le caractère est devenu plus difficile. Le 17 avril, commencement du traitement. Dose de morphine injectée : 2 milligrammes deux fois par jour. Le 19, dose biquotidienne : 4 milligrammes.

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