HUITIÈME
LEÇON
Folie hystérique.
Messieurs,
La folie hystérique existe surtout chez la femme; mais on la rentiontre chez l'homme. Pour ma part je l'ai ohservée. Elle peut exister chez des femmes sujettes à des attaques convulsives et en être la conséquence, ou bien elle peut remplacer des attaques, ou bien elle se produit chez des individus qui n'ont jamais eu d'attaques et dans des conditions telles que l'on peut dire que son existence dépend du même état nerveux que celui qui détermine les attaques, et que 'olie et attaques sont les éléments du même état nerveux hystérique.
Le délire, a dit M. Briquet, se voit assez fréquemment chez les lystériques; on le trouve dans deux circonstances différentes : le )lus souvent il accompagne les autres formes d'attaques comme phénomène secondaire; quelquefois, au contraire, le délire est le ait dominant, il constitue l'attaque et il ne s'accompagne que des iccidents hystériques ordinaires.
La folie hystérique existe exceptionnellement dans le début de 'adolescence, c'est-à-dire avant quinze ans, mais enfin elle existe, linsi que je vous en citerai un exemple.
La folie hystérique est, pour M. Moreau (de Tours), le type de l'état lerveux par le mélange, l'amalgame chez le môme individu de phélomènes nerveux musculaires, cutanés, sensoriaux et psychiques. A\ folie hystérique se caractérise à première vue et d'une façon très ;aisissantepar des troubles de la sensibilité générale, de la sensibiité morale, des pleurs, des rires, des sanglots, des variations continielles du caractère et une mobilité d'allure incessante. C'est ainsi
VOISIN. — Leçons cliniques. 9
FOLIE ACQUISE
que souvent ces innombrables caprices de l'esprit désolent les personnes de l'entourage de ces malades.
L'élément moral joue un rôle considérable dans cette affection, et toutes les déviations possibles du sentiment se trouvent ici représentées. La fréquence de la lucidité des facultés intellectuelles étudiées isolément explique le nombre de folles hystériques qui se présentent devant les tribunaux pour se défendre contre leur interdiction. Je dis, lorsqu'on les étudie isolément, car prise dans son ensemble, l'intelligence est presque toujours déviée. Le jugement en particulier est une des facultés les plus troublées; la pondération, l'appréciation juste des choses, des actes les plus simples, n'existe pas chez ces individus lorsqu'ils sont dans la période préparatoire.
Lorsqu'il y a du délire, ses formes les plus ordinaires sont, d'après M. Moreau : la manie, la mélancolie stupide ; les conceptions déUrantes de toutes sortes liées ou non à des hallucinations; les idées de suicide et d'homicide, l'érotisme; la dipsomanie, les impulsions à détruire, à frapper, à mordre, à déchirer, à injurier, à taquiner, à chercher querelle; un irrésistible besoin d'étreindre fortement les objets qui se trouvent à leur portée. La folie dite morale a aussi les plus grands rapports avec la folie hystérique ; ces malades mettent en effet au service de leurs passions maladives les plus mauvais instincts, et pour arriver à leur fin, les démarches les plus compromettantes ou au moins les plus inattendues leur sont quelquefois indifférentes : elles tuent et empoisonnent môme.
Leur conduite est souvent en désaccord avec leur position et leur manière d'être antérieure. J'ai lu un certain nombre de lettres écrites par ces malades et dans toutes apparaissait une grande originalité, un oubli des bienséances et un penchant notable vers tous les ordres de satisfaction physique.
Je crois, d'après ce que j'ai observé, que les femmes ainsi malades éprouvent des sensations utérines, vaginales, abdominales, gastriques, etc., qui les portent à satisfaire les organes qui en sont le siège, et c'est ce qui produirait chez elles la dipsomanie, l'érotomanie, la kleptomanie.
Voici deux lettres écrites par une malade de cette catégorie; vous verrez que cette femme nommée L... écrit à son mari, qu'elle injurie toujours et qu'elle traite ordinairement comme le dernier des