‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 53 sur 207 · DOMINATION DES INSTINCTS · texte numérisé non relu

DOMINATION DES INSTINCTS

ommes, une lettre dans les termes les plus tendres pour obtenir de ni un cadeau : et remarquez que dans ces lettres, il perce toujours m trait qui lait allusion aux besoins physiques et k leur satisfaction.

Une autre femme, nommée D..., écrivait ces jours derniers à son l'ère qu'elle ne veut pas recevoir quand il vient la voir, qu'il lui nvoyât du gibier, du beurre, du café; tout ce qu'il faut, disait-elle, lour faire une noce, sans oublier la petite goutte. Notez que cette amme est toujours de très bon ton, très réservée et qu'elle se défenirait avec énergie d'avoir écrit de semblables lettres, si on l'interogcait sur ce chapitre.

Vous avez pu lire dernièrement dans les journaux le récit des xcentricités commises par une princesse hystérique, qui allait ;oucher dans ses écuries sur de la paille et frayait familièrement ivec ses gens. Cette forme de folie hystérique peut conduire aussi à 'assassinat: ainsi afait la femme Carigon, traduite devant les assises lu Loiret pour avoir tiré un coup de pistolet sur un médecin, indigne lu reste, de ce nom. Ainsi a voulu faire dernièrement à ma connaissance la femme d'un de mes amis qui pendant près de deux ans a été chaque matin dans le chocolat qu'il prenait une pincée de îoison.

C'est à cette même forme de folie hystérique que se rattachent ;es cas de folie hystérico-religieuse observés dans le moyen âge urtout.

J'ai vu de ces malades possédées de la manie de voler tout ce qui st à leur portée. Ainsi une hystéro-épileptique que j'ai dans mon ervice, prend tout ce qui lui tombe sous la main, et elle crie, vocière lorsqu'on se plaint de ses vols.

En voyant ces malades soutenir aussi énergiquement qu'elles n'ont ien volé, et en se rappelant l'observation de cette jeune fille de qua. orze ans qui avait complètement perdu la mémoire, je serais porté , croire que la plupart des actes désordonnés et répréhensibles ommis par ces malades sont commis sans conscience de leur part t qu'elles ne s'en souviennent pas.

(juclques-uncs de ces folles arrivent parfois à des actes d'aniiialité. Ainsi on a surpris la fille Ch..., que je vais vous présenter laintenant, occuper à masturber le chien qui court dans le service. Il encore masturbant d'autres femmes. Or, tous renseignements

FOLIE ACQUISE

pris, j'ai su que cette jeune fille était très pudique avant sa maladie.

Obs. XXXIV. — Cette fille Ch... habitait autrefois Bruyères, dans les Vosges : elle y fut prise d'attaques d'hystérie et de délire maniaque qui nécessitèrent son envoi à Paris et son admission d'urgence à l'hôpital. Après deux mois de traitement par des injections de morphine, elle guérit complètement. Mais son beau-père et sa mère ayant refusé de la reprendre, elle en devint très triste et fut reprise de folie. Dans les premiers temps, elle nous redemandait encore de retourner à Bj'uyères, et de la ramener dans les Vosges, à son cher village de Bruyères. Mais aujourd'hui vous la voyez tombée dans la folie la plus complète. Elle est toujours souriante : par moments elle est prise d'un délire furieux, se livre à des violences, crie : « Caput... les Prussiens sont là !!! » Lorsqu'on touche les points hyperesthésiés, elle jure. Mais ce qui domine chez elle, au point de de vue de la sensibilité, c'est l'anesthésie de presque tout le corps. Vous voyez, messieurs, que je puis lui enfoncer, même devant elle, une épingle au travers de la main sans qu'elle en souffre.

Néanmoins il faut savoir que ces malades ont souvent une énergie telle, ou bien sont tellement préoccupées par leurs hallucinations qu'elles ne veulent pas manifester la douleur qu'elles ressentent. Mais dans ces cas,Mès que l'on pique, ou si l'on pince, leurs pupilles se dilatent immédiatement. C'est un bon moyen de diagnostic de la conservation de la sensibilité.

Dans la folie hystérique, on observe assez souvent des troubles vasculaires. Souvent c'est une teinte violacée ou cyanosée qui apparaît sur la peau. Le pouls est d'une petitesse extrême, telle que l'on ne peut prendre de tracé sphygmogt^aphique. D'autres troubles spasmodiques des artères donnent lieu à un refroidissement notable de la main.

Enfin, j'ai constaté chez une fille C, qu'il existait une hyperthermie de J à 2 degrés sur le bregma et sur l'inium. Pour éviter la sensation douloui^euse qui accompagne l'hyperthermie, cette malade se met souvent la tête sous la pompe ou dans le ruisseau. Comme chez notre première hystérique, nous avons à noter chez elle quelques actes de bestialité ; tantôt elle s'étouffe en mangeant gloutonnement et tantôt elle mange à même dans son écuelle.

J'ai vu dans un asile d'aliénés, à Auch, une hystérique qui était fort distinguée avant sa maladie, mais qui avait fini par arriver à un tel état de déchéance, qu'elle mangeait ses excréments et qu'elle restait accroupie pendant des journées entièi^es.

HVPERTHERMIE CRANIENNE.

La jeune malade que je veux encore vous montrer, la nommée est une jeune fille de vingt ans; un peu obtuse dans son enfance, lie devint plus tard très intelligente et très habile ouvrière. Dans sa îunesse on l'avait surmenée, on l'avait fiiit travailler à l'excès. Sur es entrefaites cette jeune fille devint réglée. Sa santé en fut un peu branlée et l'on eut à noter dès ce moment des troubles de caractère. ]lle prit sa mère en grippe, elle disait du mal d'elle et elle lui jouait es tours; un jour même elle en vint à l'insulter publiquement, à lui eprocher d'être une marâtre ; le lendemain elle imagina d'étaler à a. fenêtre de sa chambre le linge sale de la maison, voulant ainsi trouver que sa mère n'avait pas soin d'elle ; et quand on lui reprohait sa conduite, elle répondait en poussant des cris. Dès sa jeulesse, cette fille eut l'idée très précoce du mariage.

En parcourant son observation, je vois, parmi les caractères de sa olie, qu'elle était grossière, gloutonne, vorace; elle allait même usqu'à voler des gâteaux chez les pâtissiers. Enfin, elle avait de mauaises habitudes.

Sur ces entrefaites apparurent des attaques franches d'hystérie, [ui se répétèrent assez souvent.

Quand on l'interroge, elle répond, à moins que ce ne soit sa mère jui lui parle, car elle refuse de lui rien dire ou bien elle lui répond les injures. Sans doute elle est en proie à des hallucinations. 5es réponses sont incohérentes et elles dénotent la gloutonnerie, a bestialité. Elle vient de me confier qu'hier on lui avait apporté /ingt-huit litres de haricots blancs. Elle manifeste donc une idée 3xagérée de possession, mais je vous fais remarquer qu'il n'y a pas :1e troubles de la parole, ni de tremblement de la langue, ni des lèvres.

Dans les premiers temps, elle se plaignait d'une forte chaleur au sommet de la tête, et en effet tandis que la température axillaire était de 37°, elle a^^lit, au niveau de l'inium, une température de 41". Nous avons constaté cette température au moment de ses accès de violente manie.

Plusieurs fois je lui ai demandé de m'écrire plusieurs phrases : elle griffonne encore, mais ses phrases sont incohérentes et les mots écrits en partie seulement.

Nous avons essayé du traitement par le drap mouillé, par les in-

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jections de morphine, mais la malade nous étant arrivée après quatre ans de maladie, sa cure est très difficile.

En résumé, vous le voyez, messieurs, la folie hystérique peu chez certaines malades, laisser longtemps parfaitement intactes les facultés intellectuelles; mais, par contre, il existe des cas, comme ceux que je viens de présenter, dans lesquels les malades arrivent rapidement à un état de bestialité absolument complète et de déchéance morale incurable.

La folie hystérique a des rapports pathologiques évidents avec la fonction menstruelle; vous verrez bien certainement, dans votre pratique, des femmes qui, à chaque période menstruelle, deviennent singulières, excentriques, coquettes, exaltées ou tristes, moqueuses, qui commettent des actes indiquant un manque de jugement, une grande légèreté, et qui se laissent aller à de mauvais instincts et à la débauche même.

Elles parlent à tort et à travers.

Ces états durent cinq à six jours et ils se reproduisent à chaque menstruation, mais ils laissent après eux, dans l'intervalle des périodes cataméniales, une certaine exagération de la sensibilité et une teinte d'excentricité.

Ces états sont, chez beaucoup de femmes, comme le rudiment de la folie hystérique et constituent, pour un certain nombre, un germe qui ne demandera souvent pour se développer plus tard que des grossesses répétées, c'est-à-dire un excès de fonc tionnement utérin ou des perturbations morales.

Cette malade, que vous allez voir, démontre bien l'un de ces modes pathologiques de la folie hystérique.

Plusieurs années avant qu'elle devînt aliénée, la menstruation s'accompagnait chez elle d'exaltation, de légèreté, d'excentricité même dans la conduite et dans les paroles. Ces phénomènes duraient de sept à huit jours.

Une dame, que je soigne, présente à chaque période menstruelle, depuis de longues années, de l'excentricité dans la tenue, dans les paroles et une somnolence qui se produit aussitôt qu'elle est assise.

J'ai observé cette somnolence ou plutôt ce besoin irrésistible de dormir, chez une dame, fille d'une aliénée qui s'est suicidée, laquelle

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